/regional/troisrivieres/mauricie

Inondation: un octogénaire s'empêche de sortir

 - Agence QMI

AMÉLIE ST-YVES

Un veuf de 80 ans s’empêche parfois de sortir pour ne pas manquer un appel du gouvernement du Québec, car il attend toujours qu’un évaluateur vienne voir sa maison, quatre mois après qu’elle eut été inondée.

La maison sur pilotis d’André Marion à Yamachiche n’est plus à niveau. Dans le salon de la modeste demeure d’un étage, on sent clairement que le plancher n’est plus droit.

Selon lui, les deux mois passés dans l’eau le printemps dernier, mais aussi les vagues faites par un bateau qui allait trop vite sur le lac Saint-Pierre le 26 avril, ont donné le coup de grâce à sa petite résidence.

Sa maison devra être nivelée. Mais l’homme dépend du programme d’aide financière de Québec pour faire effectuer les travaux. Il ne vit que de sa pension et ne dispose pas des quelques milliers de dollars que cela peut représenter comme dépense.

Quatre mois après le début de la crise, il attend toujours la visite d’un évaluateur, nécessaire pour recevoir les sous.

M. Marion aime sortir, entre autres pour aller voir sa fille et ses petits-enfants, mais il préfère rester à la maison, dernièrement, pour ne pas manquer l’appel de l’évaluateur. Même s’il a un répondeur, il veut décrocher quand il recevra l’appel qu’il attend depuis plusieurs semaines déjà.

«Ça me rentre dedans, pas juste un peu. J’ai hâte qu’on m’apporte l’argent nécessaire pour réparer, au moins que je sache que je suis encore correct chez nous pour le temps que je suis en vie», dit-il.

Évaluateur

La visite de l’évaluateur dépend du moment où la réclamation a été effectuée, selon le ministère de la Sécurité publique. M. Marion dit avoir procédé dès le début juin.

Il a relancé le gouvernement par téléphone au moins deux fois, et on lui a assuré qu’il n’était pas oublié.

Jusqu’à présent, il a pu bénéficier d’une avance de 1500 $ de Québec et de 600 $ de la Croix-Rouge. Son fils lui a construit de nouvelles marches pour accéder à la maison et a fait d’autres petits travaux. Il a également été nécessaire de faire nettoyer la demeure, qui avait été repeinte l’été dernier.

André Marion adore sa maison située en Mauricie, dont les murs sont ornés de photos, surtout de sa femme décédée le 23 décembre 2002, avec qui il a été marié pendant 43 ans.

Souvenirs

«Il ne reste que ça, des souvenirs, ici. Je regarde les photos et je lui parle encore, je m’ennuie», explique-t-il.

Il a acheté cette résidence avec sa femme en 1995. Dès le départ, ils y vivaient six mois par année et prenaient ensuite la route vers une maison mobile, aux États-Unis, une habitude que M. Marion a maintenue.

Il était d’ailleurs en Caroline du Sud quand les inondations ont commencé à frapper, début avril. Il a vu sa maison pour la première fois à la télévision tandis qu’il était en visite chez sa fille, à Charlemagne, sur le chemin du retour.

«Je me suis dit que ma maison avait l’air d’un bateau dans l’eau, que j’allais tout perdre. Je me suis dit que je ne pouvais pas vivre tout ça, que ça n’avait pas de bon sens», raconte-t-il.