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Tampa est vulnérable et mal préparée aux ouragans

Agence France-Presse

Avec d’immenses plages de sable blanc, de grands hôtels et plusieurs millions d'habitants dans l'agglomération, la baie de Tampa, sur la côte ouest de la Floride, est considérée comme la zone la plus vulnérable aux États-Unis face à un ouragan comme Irma.

Le dernier ouragan majeur à frapper les villes de St Petersburg, Clearwater et Tampa date de 1921. Les habitants attribuent cette longévité à une légende indienne qui donnait des pouvoirs magiques aux grains de sable de Siesta Key, classée plus belle plage des États-Unis.

Mais le charme semble rompu avec Irma, tempête de catégorie 3 qui remonte lentement vers le nord avec des vents de près de 200 km/h.

«Si vous vivez à Naples, Fort Myers, Sarasota, dans la région de la baie de Tampa, cette tempête est potentiellement le pire scénario craint par les météorologistes et les services de secours», a déclaré dimanche le sénateur de Floride Marco Rubio.

«Il y a longtemps que la région de Tampa n'a pas subi d'ouragan, et les gens ne se souviennent peut-être pas de l'effet que ça fait», a-t-il expliqué.

Selon une étude de la société basée à Boston Karen Clark and Co, la baie de Tampa est la zone la plus vulnérable en cas de tempête aux États-Unis, avec des dégâts qui pourraient atteindre 175 milliards de dollars.

La première cause est géographique. Située sur la côte ouest de la péninsule de Floride, St Petersburg borde elle-même une péninsule à l'ouest de la baie qui se jette dans le golfe du Mexique. La ville de Tampa est elle construite au fond de la baie.

Cette langue de terre «crée un large entonnoir, notamment quand les vents d'un ouragan se rapprochent de l'entrée de la baie,» explique cette étude qui date de 2015.

«Une forte tempête qui avance dans la bonne direction va entraîner une masse d'eau énorme, qui va se retrouver piégée dans la baie et inonder des zones importantes de Tampa et St Petersburg», précise l'étude.

Un autre facteur est topographique. Les vagues, poussées par l'ouragan se déversent sur une côte au faible dénivelé et située sur un plateau continental plat.

Tampa pourrait être frappée par une marée de tempête, souvent le phénomène le plus meurtrier pendant un ouragan, deux fois plus importante que Miami, située sur la côte est où le plateau est abrupt.

La densité de population augmente aussi les risques. En 1921, quand un ouragan de catégorie 3 a touché Tampa, la région comptait environ 10.000 habitants.

Elle accueille désormais trois millions de personnes, dont la moitié vit à moins de trois mètres au-dessus du niveau de la mer.

Dans son bulletin, le Centre américain des ouragans (NHC) prévoyait une montée des eaux entre 1,50 m et 2,40 m. Une estimation basse selon le gouverneur de Floride Rick Scott, qui a évoqué une élévation entre 3,00 m et 4,60 m. «La côte ouest est très, très plate», a-t-il souligné.

Rick Scott, un Républicain, a banni toute référence au changement climatique dans sa communication, une décision critiquée par ses détracteurs selon qui cela n'a pas permis à Tampa de se préparer pour le Jour J.

Des immeubles d'habitation, des hôtels - et même un hôpital - ont été construits en bord de baie ces dernières années, malgré le risque d'une montée des eaux.

Un récent rapport de CoreLogic estime que plus de 450 000 foyers de la baie seraient affectés en cas d'ouragan majeur.

Beaucoup de résidents ont été pris par surprise quand Irma a changé de direction, et les délais pour évacuer sont désormais très courts.

Le maire de Tampa, Bob Buckhorn, a pourtant assuré que la ville faisait tout pour que les habitants puissent quitter la zone côtière, appelée Zone A.

À ceux qui pensaient «se recroqueviller pendant l'ouragan», il a cité l'ancien boxeur Mike Tyson: «Tout le monde a un plan jusqu'à ce qu'il prenne un direct au visage, et bien on va bientôt en prendre un».

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