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Diffusé à TVA

«Fugueuse»: une série pour abattre des préjugés

Yan Lauzon

 - Agence QMI

ART-VISITE DE PLATEAU | FUGUEUSE

Sébastien St-Jean / Agence QMI

En s'intéressant à Fanny, une adolescente de 16 ans vulnérable, manipulée par un garçon et prête à se prostituer par amour, la série «Fugueuse», actuellement en tournage et attendue en janvier prochain à TVA, risque d'alimenter bien des discussions dans les chaumières québécoises. C'est aussi ce que souhaite son auteure, Michelle Allen.

S'inscrivant dans la lignée de sa série dramatique «Pour Sarah», sa plus récente histoire expose un phénomène de société auquel elle tient à sensibiliser la population.

«L'objectif, c'est d'abord d'arrêter de juger. Fanny vient d'une famille aimante. C'est aussi d'éveiller, de faire prendre conscience de nos comportements, d'être plus allumés, mieux préparés», précise la scénariste.

Idées préconçues

Quand elle a amorcé sa recherche pour l'écriture de «Fugueuse», Michelle Allen croyait elle aussi savoir beaucoup de choses sur celles qui sont ainsi ensorcelées.

«J'ai été très sollicitée émotivement, très interpellée. J'ai des préjugés, moi aussi: les filles doivent toutes avoir des problèmes de santé, être un peu droguées, elles ont dû être abusées... Ce n'est pas ça», confie Michelle Allen.

Pour Danielle Proulx, qui joue la grand-mère de Fanny (rôle défendu par Ludivine Reding), le contact avec le destin de l'adolescente a aussi été surprenant et instructif.

«Fanny est super bonne à l'école, elle réussit bien, elle a plein de projets, elle est vivante, très saine, mais elle se fait prendre dans une arnaque et c'est difficile d'imaginer que c'est ça qui peut se passer», détaille-t-elle.

Selon Claude Legault, qui prête ses traits au père de l'adolescente, c'est parce qu'«on leur présentait surtout des pauvrettes qui arrivaient de familles défavorisées et maganées» que les gens entretiennent encore plusieurs préjugés.

Soif d'amour

Pour lui, c'est le besoin criant d'être aimées qui fait que les adolescentes tombent dans le piège d'habiles manipulateurs.

«Ces rapaces-là se promènent, ils attrapent les filles qu'ils peuvent. À 16 ans, tu veux l'amour, tu cherches l'amour», ajoute Claude Legault.

Bien souvent, appuie Danielle Proulx, lorsque la communication entre la fille et ses parents est rompue ou très difficile, le risque de plonger dans un autre univers est encore plus grand.

«S'il y a une rupture de lien, si les parents se ferment, le danger est énorme de perdre les filles complètement. Elles vont toujours choisir l'amoureux, le désir d'absolu. La soif d'amour inextinguible de cet âge-là c'est fou. C'est beau, mais c'est dangereux.»

La grande séduction

Dans «Fugueuse», tout n'est pas noir. Au contraire. Mais l'univers où est entraînée Fanny n'est que du tape-à-l'oeil.

«Ce que les gars proposent, c'est wow!, c'est le party, la liberté. Il y a donc de la lumière, mais c'est du clinquant, détaille Michelle Allen. Tout n'est pas sombre. La fille est en lune de miel, elle a du fun et elle est valorisée... S'il y a plus de sensibilisation, cette lumière-là va moins séduire.»

«Si on réussit à faire ce qu'on veut, je pense que ça va faire réfléchir bien du monde, assure pour sa part Claude Legault. Il faut protéger les familles. L'onde de choc est terrible. C'est une bombe atomique.»