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Le maire Tremblay quitte

La fin d’une époque à Saguenay

Pierre-Alexandre Maltais | Agence QMI

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Moins de deux mois avant de tirer sa révérence en tant que maire, Jean Tremblay a accepté de tracer le bilan de ses 20 années à la tête de Saguenay dans une entrevue exclusive accordée au «Journal de Québec». Fidèle à lui-même, c’est sans grands regrets qu’il compte amorcer cette nouvelle étape de sa vie.

Outre Denis Coderre ou Régis Labeaume, aucun autre maire québécois n’aura réussi à occuper le devant de la scène comme Jean Tremblay l’a fait au cours des dernières années, pour le meilleur comme pour le pire. Encore aujourd’hui, le principal intéressé dit parfois ne pas comprendre pourquoi les médias lui ont accordé autant d’attention.

«Quand je me suis présenté, ça ne m’est jamais venu à l’idée que je serais si populaire», avoue candidement le maire Tremblay.

«Les maires de Montréal et de Québec, peu importe qui tu vas mettre, sont appelés à être populaires à cause de la ville. Le maire de Saguenay, ce n’est pas la même chose. Pourquoi j’ai été si populaire, j’ai encore de la misère à comprendre... Sans doute que mon opinion était intéressante», confie celui qui a été élu maire de Chicoutimi pour la première fois en 1997, puis maire de Saguenay à partir de 2002.

Populaire chez lui

Plus que son rayonnement national, c’est surtout la confiance que lui ont accordée les Saguenéens, élection après élection, qui fait la plus grande fierté de Jean Tremblay. Malgré les controverses qu’il a pu soulever, les électeurs ont toujours voté massivement pour lui, comme en font foi les résultats aux élections de 2005 (72 %), 2009 (78 %) et 2013 (63 %).

À la lumière de cette popularité, et même s’il dit vouloir passer à autre chose, Jean Tremblay refuse de fermer la porte à un éventuel retour en politique provincial ou fédéral.

«C’est très probable que le téléphone sonne. Je me sens encore plus en forme que quand j’ai commencé, malgré que je suis quand même content que ça se termine après 20 ans. Je vais certainement faire quelque chose d’autre, mais quoi exactement, je ne le sais pas encore.»

Accomplissements

Parmi ses plus grands accomplissements, Jean Tremblay n’hésite pas à parler du quai de croisière de La Baie, qui a permis de sauver l’arrondissement après la fermeture de l’usine Port-Alfred en plus d’amener des touristes étrangers en masse dans la région.

La création de Promotion Saguenay, l’organisme paramunicipal dont il aura été président depuis 2002, vient tout juste après dans son palmarès. «C’est l’outil qui m’a permis de réaliser mes projets», dit-il.

Chose certaine, le départ de Jean Tremblay de l’hôtel de ville marquera un virage dans la façon dont Saguenay est gérée, mais aussi sur la place qu’occupera la capitale régionale dans le reste de la province au cours des prochaines années.

4 millions $ à trouver pour une église de Beauport

Dès le moment où il prendra sa retraite, c’est du côté de Québec que Jean Tremblay entend d’abord consacrer ses énergies, alors qu’il tentera d’amasser pas moins de 4 millions $ pour transformer une église de Beauport en sanctuaire national.

«Ça fait un an et demi que je m’en occupe et j’ai l’intention d’être beaucoup plus actif à l’avenir, et je vais m’impliquer beaucoup plus dans la fondation Sainte-Thérèse-de-Lisieux. À date, c’est le seul projet dans lequel j’ai l’intention de m’investir», indique Jean Tremblay, qui est reconnu depuis longtemps pour sa ferveur religieuse.

Au lendemain des élections du 5 novembre, le maire entend profiter de son temps pour effectuer le démarchage pour amasser les fonds nécessaires afin d’entreprendre des rénovations majeures à l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, située sur la rue Bertrand, à Beauport.

«C’est probablement une des églises les plus actives à Québec. Il y a beaucoup d’achalandage, alors on veut faire un aménagement autour, mais surtout, faire la promotion spirituelle. Sainte-Thérèse, c’est quasiment la spiritualité pour les nuls. Elle attire partout dans le monde», explique le politicien qui s’est battu pendant une dizaine d’années afin de pouvoir réciter la prière avant chaque séance du conseil municipal de Saguenay.

Sanctuaire national

L’objectif ultime de la fondation Sainte-Thérèse-de-Lisieux est d’amener la Conférence des évêques catholiques du Canada à conférer le titre de sanctuaire national au site de Beauport.

Il n’y a que cinq sanctuaires nationaux au Canada, dont l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré près de Québec et l’ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Au total, ces cinq lieux de pèlerinage recevraient plus de 4 millions de visiteurs annuellement.

Conférences

Jean Tremblay prévoit aussi donner une série de conférences dans différentes églises du Québec afin de mobiliser les fidèles pour cette cause qui lui tient à cœur.

«On n’a pas encore commencé et on a déjà ramassé 135 000 $, et on pense aller chercher 4 millions $. On se fie aux dons privés de partout dans la province pour y arriver.»

4 dossiers qui ont marqué la carrière de Jean Tremblay

Durant ses cinq mandats, Jean Tremblay est devenu l’un des maires les plus médiatisés au Québec, et c’est en grande partie grâce à ses déclarations-chocs, ses sorties à l’emporte-pièce et sa personnalité unique qui lui ont valu une place de choix dans l’espace public québécois. «Le Journal de Québec» a abordé avec lui quatre dossiers qui ont fait parler de lui au-delà des limites de Saguenay.

1.En août 2012, Jean Tremblay fait une sortie en règle contre la candidate péquiste Djemila Benhabib dans la foulée de la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois, en s’en prenant notamment à ses origines algériennes et au fait qu’il n’est « pas capable de prononcer son nom ».Ce qu’il en pense aujourd’hui«Je redirais encore la même chose. C’est sûr. Je suis catholique et je crois en Dieu. Non seulement je dirais encore, mais je vais le dire encore. Elle, elle avait le droit de dire “décrochons les crucifix”, mais moi je n’aurais pas le droit de réagir ? J’ai droit à mon point de vue. Son nom venait de sortir, c’était dur à dire ce nom-là, et j’ai encore de la misère à le dire.»

2.Le 15 avril 2015, au terme d’une bataille de près de 10 ans, Jean Tremblay perd son combat en Cour suprême pour pouvoir réciter une prière avant chaque séance du conseil municipal de Saguenay, et est condamné à payer 30 000 $ en dommages.Ce qu’il en pense aujourd’hui«Je suis un peu amer envers les juges. Qu’ils aient décidé ça de façon unanime et qu’on m’ait donné des dommages punitifs... D’ailleurs, je suis certain qu’ils n’auraient pas osé faire ça à un musulman. Je me dis qu’on devrait tous être sur un même pied, surtout nous qui avons fondé le Québec. S’il arrive quelque chose à un musulman, ça fait le tour du Québec et c’est la fin du monde, mais quand c’est un catholique, on se réjouit.»

3.En septembre 2016, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) débarque en trombe dans les bureaux de la Ville et de Promotion Saguenay. Bien que le maire ait été visé par l’enquête, on apprend plus tard que des voyages faits par deux proches du maire (Bernard Noël et Fabien Hovington) sont la seule raison qui a amené les enquêteurs à fouiller l’hôtel de ville.Ce qu’il en pense aujourd’hui«Ça a fait mal paraître la Ville, et surtout, c’était des gens qui étaient proches de moi, des amis. C’est des conseillers qui étaient exemplaires, et ça m’a rendu méfiant envers les gens qui sont exemplaires. Oui, ça m’a déçu, je me suis senti trahi par deux amis que j’admirais.»

4.Lors de la création de la ville fusionnée de Saguenay, en 2002, l’une des toutes premières choses que fait Jean Tremblay est de congédier sur-le-champ le directeur général de l’époque, Bertrand Girard, un geste déclaré illégal qui s’est soldé par des dédommagements de plus de 583 000 $ à payer à l’ex-dg.

Ce qu’il en pense aujourd’hui

«Ça a été la clé qui nous a permis de prendre la direction [de la Ville]. Ce que je reproche aux villes, c’est que ce sont les fonctionnaires qui mènent. Nous, on a dit non : c’est les élus qui mènent. Lui, dans sa mentalité, c’était lui qui menait. Il avait deux amis autour de la table du conseil, et il a quand même été congédié unanimement à cause de ça.»

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