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«L’enfer sur terre», dit la fille du couple

Courtoisie SPVM

Le Montréalais accusé d’avoir tué sa femme par jalousie était si possessif et contrôlant qu’il avait déjà coupé sa famille du monde extérieur, uniquement parce que sa fille avait parlé à un garçon.

«C’était comme l’enfer sur terre, c’était rare une journée où je ne pleurais pas», a émotivement témoigné la fille d’Ahmad Nehme, ce lundi au procès pour meurtre de son père.

Dania Nehme, maintenant âgée de 21 ans, a ainsi raconté le climat de terreur qui régnait depuis des années dans sa famille et qui a culminé jusqu’au 5 juillet 2012, lorsque l’accusé aurait poignardé sauvagement sa propre femme, car il aurait été convaincu à tort qu’elle le trompait.

Le meurtre allégué s’est déroulé dans le condo familial de LaSalle, alors que les enfants du couple étaient présents.

Une mère aimante

Pourtant, la victime Catherine de Boucherville était une femme aimante et toujours prête à aider les autres, se souvient sa fille.

«C’était une mère dédiée à sa famille, pleine d’amour et de compassion, elle aimait mon père, ça faisait 20 ans qu’elle avait lâché sa carrière de traductrice pour lui, à sa demande», se souvient Dania Nehme.

Sa relation avec sa mère était excellente et elles étaient comme des meilleures amies, a-t-elle dit. Sauf que comme Ahmad Nehme leur interdisait de sortir, leurs activités se limitaient à parler ou à cuisiner ensemble.

C’est aussi Mme De Boucherville qui amenait sa fille à l’école pendant son secondaire, car cette dernière ne pouvait pas prendre l’autobus.

«Il disait que c’était pour les pauvres, et il ne voulait pas que je parle aux garçons dans les bus», a expliqué Dania Nehme.

Contrôle total

À contrario, Ahmad Nehme était un père ultra contrôlant, selon sa fille. Une fois, alors que cette dernière étudiait à l’École musulmane de Montréal, elle aurait été surprise à parler à un garçon.

«Il nous a coupé le câble, l’internet, et il a confisqué tous nos appareils électroniques a-t-elle témoigné. On ne pouvait sortir que pour aller à l’école, il nous a isolés pendant six mois, je pensais me suicider, j’ai voulu fuguer», a-t-elle dit.

Mme De Boucherville n’avait rien pu faire pour calmer son époux, a témoigné Dania Nehme.

«Elle avait beaucoup de peine, ma mère était désolée pour ses enfants», a dit la témoin.

Pendant des années, le meurtrier allégué aurait ainsi contrôlé la vie de sa famille tout en les rabaissant et en les insultant.

Dania Nehme dit avoir commencé à se faire insulter à l’âge de cinq ans. Elle se souvient aussi qu’à sa graduation, sa mère lui avait donné l’autorisation de sortir après la cérémonie. Le père, qui n’avait pas personnellement dit oui à cette sortie, aurait piqué une crise de colère d’une rare violence.

En plus de tout renverser dans la chambre de sa fille, il l’aurait copieusement insultée.

«J’avais ma robe de graduation et il m’a dit : "tu as l’air d’un rat, j’aurais aimé que tu ne sois pas ma fille, tu es une pute, une salope", avant de nous isoler pendant plusieurs mois. Il se giflait en disant que je lui faisais honte.»

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