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Le préfet s'excuse au nom des policiers pour les blessés du référendum

Michaela CANCELA-KIEFFER | Agence France-Presse

Des premiers gestes qui pourraient faciliter un dialogue entre les séparatistes catalans et le gouvernement sont apparus vendredi en Espagne, à trois jours de la date initialement envisagée en Catalogne pour une déclaration unilatérale d'indépendance qui fait trembler l'Europe.

À la mi-journée, alors que le chef du gouvernement Mariano Rajoy était réuni avec son conseil des ministres, le président catalan Carles Puigdemont a annoncé qu'il repoussait son intervention devant le Parlement catalan, initialement prévue lundi.

Les séparatistes envisageaient une déclaration d'indépendance unilatérale au cours de cette séance.

L'annonce de Carles Puigdemont pourrait être interprétée comme un geste puisqu'il ne cherche pas à tout prix à maintenir la séance de lundi en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle. Elle pourrait aussi viser à gagner du temps, en raison de divisions dans son camp.

Elle intervient après des déclarations du responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, réputé proche du président régional, où il réclame symboliquement «un cessez-le-feu» symbolique au gouvernement.

«Cela signifie que dans les prochaines heures et jours, nous ne prenions pas des décisions qui pourraient être irréparables», a-t-il expliqué.

Puis, à l'attention de son camp indépendantiste, il a appelé à «réfléchir et savoir clairement si la précipitation ne risque pas d'abîmer le rêve et de gâcher un projet (d'indépendance) n'ayant jamais été si proche».

Grave crise politique

Ces déclarations se produisent alors que les tensions entre Madrid et Barcelone ont plongé l'Espagne dans sa plus grave crise politique depuis que ce pays est redevenu démocratique, en 1977.

Une crise qui divise la Catalogne, où vivent 16% des Espagnols et où la moitié de la population n'est pas indépendantiste selon les sondages.

L'impasse semble pour l'instant totale, alors que le gouvernement central de Mariano Rajoy écarte toute possibilité de médiation.

«Pour dialoguer, il faut rester dans la légalité», a aussi déclaré jeudi Mariano Rajoy ce qui a été rappelé par le porte-parole du gouvernement vendredi.

L'instabilité dans cette région grande comme la Belgique alarme tous les Espagnols, mais aussi l'Europe.

«Défaire l'Espagne, c'est-à-dire un État-nation (...), c'est défaire l'Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c'est le Pays basque, et après c'est le Pays basque français, et après c'est l'Italie du Nord, et après c'est la guerre», a estimé sur BFMTV l'ancien Premier ministre français Manuel Valls, originaire de Barcelone.

Les séparatistes catalans envisagent de déclarer l'indépendance après la publication de résultats définitifs d'un référendum d'autodétermination qui s'est tenu le 1er octobre et qu'ils estiment déjà avoir emporté avec près de 90% des suffrages et 42,3% de participation.

Ils pourraient chercher à profiter de l'élan plus favorable dont ils disposent dans l'opinion catalane, qui est aussi scandalisée par les violences policières ayant fait au moins 92 blessés et quelque 800 personnes ayant requis une assistance médicale.

Des excuses

Le préfet de région, principal représentant de l'État en Catalogne, a pour la première fois présenté des excuses vendredi au nom de ses agents.

À Madrid pendant ce temps l'Audience nationale, spécialisée dans les affaires touchant à la sécurité nationale, a entendu le chef de la police catalane, son adjointe et les dirigeants des deux principales associations indépendantistes pour des faits de «sédition», des manifestations remontant au 20 et 21 septembre.

Josep-Lluis Trapero, Jordi Sanchez (Assemblée nationale catalane et Jordi Cuixart (Omnium) en sont ressortis libres, le parquet n'ayant pas requis leur placement en détention. Et les deux indépendantistes ont appelé au dialogue. «Il faut accepter la réalité, il y a un conflit politique, qui ne peut se résoudre que par la voie politique», a dit Jordi Cuixart.

Depuis le début de la crise actuelle, la justice a agi avec fermeté contre les indépendantistes. Le Tribunal constitutionnel a en particulier interdit avant sa tenue le référendum d'autodétermination de dimanche, et il a encore suspendu jeudi la session annoncée pour lundi du Parlement catalan.

Économie touchée

L'onde de choc de la crise politique a atteint le secteur économique: Caixabank, première banque de Catalogne et troisième d'Espagne, doit tenir vendredi un conseil d'administration extraordinaire pour décider si elle va déplacer son siège social hors de la région en crise.

Jeudi, c'est Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne qui a annoncé le transfert de son siège social à Alicante, dans le sud-est du pays, après la dégringolade de son cours en Bourse.

Les banques craignent les conséquences d'une éventuelle sortie de la Catalogne de la zone euro au cas où son indépendance serait proclamée.

Parmi les armes du gouvernement figure la suspension de l'autonomie régionale dont jouit la Catalogne, une mesure que le gouvernement central n'exclut pas et que réclament des voix de plus en plus nombreuses en Espagne.

Mais une telle suspension échaufferait encore davantage les esprits en Catalogne, risquant de déclencher une spirale de violence.

 

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