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Exténués, des parents veulent de l'aide pour leur fils

Hugo Duchaine | Agence QMI

Des parents de Drummondville à bout de souffle et d’argent veulent à tout prix obtenir de l’aide en santé mentale pour leur fils de 11 ans, qui souffre de graves problèmes psychiatriques.

«Voir son fils se faire des blessures et de ne pas être capable de l’aider, c’est atroce, ce n’est pas vivable [...] Mon fils a son congé [de l’hôpital] et je n’ai aucune ressource devant moi, après cinq mois d’hospitalisation», confie en sanglots Suzanne Girard.

Xavier est atteint d’un trouble déficitaire de l’attention (TDAH), du syndrome Gilles de la Tourette, de crises de colère et d’automutilation, entre autres. Hier, Mme Girard et son conjoint Marc-André Duval le ramenaient à la maison après cinq mois à l’Hôpital Rivière-des-Prairies.

Une bonne nouvelle pour le couple à faible revenu, qui devait faire des allers-retours entre Drummondville et Montréal de deux à trois fois par semaine. Par contre, les parents, qui ont aussi trois autres enfants, se disent complètement impuissants, se retrouvant à nouveau sans aide devant les problèmes de leur fils.

«Les comportements pour lesquels on l’a hospitalisé sont toujours présents», déplore la mère de 39 ans, en montrant les bras de son fils, couverts de blessures qu’il s’inflige.

Les parents rentrent à Drummondville « laissés à eux-mêmes » alors que le seul hôpital pour leur fils est à plus de 100 km.

«Ça n’a aucun bon sens, Trois-Rivières n’avait même pas les services pour lui», lance Mme Girard.

«On se fait souvent reprocher d’habiter loin», renchérit son conjoint.

Abandonnés

Ils veulent garder leur fils à la maison, mais Xavier, dit sa mère, a besoin d’un environnement contrôlé et peut tomber en crise en cinq secondes si quelque chose ne se passe pas comme lui l’a prévu.

«Il faut lui apprendre à vivre avec ses particularités. Nous essayons de le lui montrer, mais ce n’est pas évident», dit son père épuisé.

Les parents sont bien conscients que le cas de leur fils est complexe, mais ne savent plus vers quelles ressources se tourner pour obtenir du soutien ou du répit. Ils se sentent abandonnés par le système de santé.

«J’ai écrit des pages complètes recto verso pour décrire toutes ses crises, en espérant d’avoir de l’aide au bout du compte, parce que depuis qu’il est bébé, je vois que mon fils ne va pas bien [...] Je ne sais jamais quand mon fils va se mettre quelque chose autour du cou », dit Suzanne Girard avec inquiétude.

Elle déplore que les médecins lui proposent seulement des exercices de respiration pour son fils et un système de récompenses avec jetons pour encourager un comportement normal.

«Ces outils-là sont bons quand il est calme [...], mais me faire proposer un système de jetons quand mon fils se frappe la tête, on n’est pas à la bonne place», rage-t-elle.

L’école

Le retour à la maison marquera aussi le retour à l’école pour le garçon de 11 ans. Mais même s’il va dans une classe spécialisée, il ne peut pas y rester plus de deux heures par jour. Sa mère doit donc aussi porter le chapeau d’éducatrice à la maison.

En plus du stress quotidien causé par les problèmes de leur fils, Suzanne Girard et Marc-André Duval doivent aussi vivre avec la crainte de ne pas joindre les deux bouts.

Les nombreux allers-retours à Montréal ont coûté cher à la famille, qui subsiste avec le salaire de préposé aux bénéficiaires de M. Duval. Ce dernier, qui travaille de nuit, peine à dormir le jour, à courir les rendez-vous pour son fils.

«Un manque flagrant de ressources»

Il y a «un manque flagrant de ressources» partout en province en ce qui concerne la santé mentale, qui est considérée comme le «parent pauvre» du système de santé, selon le directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers, Pierre Blain.

«Entre-les [hôpitaux à Montréal et Québec] où il y a des soins spécialisés pendant une certaine période de temps, on doit ensuite être pris en charge dans notre région et c’est là qu’en santé mentale, il peut y avoir un problème», explique M. Blain.

Généralisé

Selon lui, le problème vécu à Drummondville par Suzanne Girard et Marc-André Duval n’est pas unique, mais bien généralisé dans la province, citant des personnes qui lui en ont d’ailleurs récemment parlé dans les Laurentides.

«Les gens doivent se battre, je suis obligé d’utiliser ce mot-là, pour avoir de meilleurs services malheureusement», poursuit-il.

Pierre Blain reste toutefois optimiste. Il souligne qu’un plan d’action a été fait l’an dernier et qu’il est en train d’être mis en place. Il espère maintenant qu’il sera accompagné de plus de ressources et d’argent de la part du gouvernement.

«Moins sexy»

Pour Paul Brunet, président du Conseil de la protection des malades, la santé mentale est «moins sexy» que les soins d’urgence ou les soins à domicile pour monsieur et madame Tout-le-Monde.

Il remarque aussi, à son grand désarroi, qu’il existe peu de services à l’extérieur de l’hospitalisation pour ceux qui ont de graves problèmes de santé mentale.

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