/news/law

Le jury est séquestré au procès de Randy Tshilumba

Michael Nguyen | Agence QMI

Le jury est maintenant séquestré au procès du jeune homme qui a tué l’employée d’un Maxi à Montréal. Il délibérera jusqu’à ce qu’il en arrive à un verdict unanime.

«Restez ouverts, mais soyez critiques», a dit la juge Hélène Di Salvo juste avant d’envoyer les jurés dans leur salle de délibération, mardi au palais de justice de Montréal.

Après avoir entendu la preuve, sept hommes et cinq femmes ont maintenant la tâche de décider du sort de Randy Tshilumba, accusé du meurtre au premier degré de Clémence Beaulieu-Patry, une jeune femme qu’il connaissait de vue du secondaire.

Le 10 avril 2016, l’accusé de 21 ans avait fait irruption dans le supermarché de la rue Papineau et avait poignardé à 14 reprises la jeune femme de 20 ans. Une dizaine de jours plus tôt, Tshilumba avait été voir Mme Beaulieu-Patry pour lui demander de sortir ensemble, mais cette dernière avait refusé.

Juste après le drame, Tshilumba s’était réfugié dans les toilettes d’un Tim Hortons, où il avait contacté des proches. Il avait aussi fait des recherches sur internet, entre autres sur la façon de se débarrasser de la preuve.

Maladie

Pour la défense, il ne fait aucun doute que Tshilumba devrait être déclaré non criminellement responsable de son geste.

Des psychiatres ont témoigné que l’accusé souffrait de troubles mentaux. Ce dernier aurait développé une conviction erronée que la victime et ses amies voulaient le tuer. Tshilumba avait juré que le jour du drame, il voulait «faire la paix» avec Clémence Beaulieu-Patry, mais qu’il a «compris» qu’elle allait commettre une tuerie. Il s’est donc défendu, a-t-il témoigné.

Des proches ont affirmé que l’accusé avait commencé à manifester des comportements étranges des mois avant le drame.

La Couronne, de son côté, est convaincue qu’il s’agit d’un meurtre au premier degré. Les recherches internet, le port de gants au Maxi et le comportement de Tshilumba après le meurtre ne sont que quelques éléments tendant à pointer vers la préméditation, a plaidé la poursuite.

Psychiatre

L’expert-psychiatre embauché par la défense s’était potentiellement placé en conflit d’intérêts, a d'ailleurs affirmé la Couronne juste après la fin de la preuve. Cette déclaration avait été lancée en dehors de la présence du jury, si bien que les médias ne pouvaient pas le rapporter avant le début des délibérations.

Durant son témoignage, le Dr Louis Morrissette a conclu que Randy Tshilumba souffrait d’un trouble délirant. Or, Me Catherine Perreault de la Couronne a appris par la suite que l’expert a également eu comme patient le gérant du Maxi qui était présent sur les lieux au moment du drame.

Comme le Dr Morrissette n’en a jamais parlé pendant son témoignage, Me Perreault a demandé de rouvrir la preuve, le jour même où les plaidoiries devaient débuter.

«Le gérant a subi un choc post-traumatique et en mai dernier, le Dr Morrissette l’a rencontré, a résumé la juge Hélène Di Salvo. Le Dr Morrisette a dit avoir vaguement entendu parler de l’affaire.»

La poursuite souhaitait réinterroger l’expert afin de vérifier tout potentiel conflit d’intérêts. Me Philippe Larochelle de la défense, de son côté, a plaidé qu’il n’y avait aucune preuve de situation à risque.

Après avoir écouté les avocats, la magistrate a finalement décidé de ne pas rouvrir la preuve. Le bénéfice de l’exercice serait mince et il n’y avait aucune preuve de conflit d’intérêts, a expliqué la juge.

«S’il y a un manquement déontologique, ce sera pour une autre instance», a conclut la Couronne, laissant entendre que le Collège des médecins pourrait se pencher sur l’affaire.

Dans la même catégorie