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Une relation de la mafia tourne autour de La Grande roue

Hugo Joncas et Félix Séguin | Bureau d'enquête

Un entrepreneur relié à la mafia est en affaires avec La Grande Roue de Montréal, une nouvelle attraction très en vue sur le site fédéral du Vieux-Port.

Steve Vogl, que les enquêteurs spécialisés considèrent comme une relation du crime organisé italien, se rend régulièrement à La Grande Roue, a constaté notre Bureau d’enquête. Et pour cause : le promoteur de la nouvelle attraction, à contrat avec Ottawa, lui a confié les services de traiteur.

En 2015, nous avons obtenu une photographie de Vogl dans une réunion avec des patrons de la mafia montréalaise, dont Nicola Spagnolo et l’avocat Leonardo Rizzuto, le fils de l’ancien parrain Vito Rizzuto.

Bâtisses Steve Vogl

La Grande Roue, inaugurée en grande pompe au début du mois de septembre sur les terrains de la Société fédérale du Vieux-Port, a obtenu l’appui d’organisations financées par les fonds publics, comme Tourisme Montréal et la Société de développement commercial du Vieux-Montréal.

Notre Bureau d’enquête a intercepté Vogl la semaine dernière, alors qu’il arrivait sur le site. «Je m’occupe de rien, je vends du manger !» a-t-il d’abord expliqué, avant d’affirmer qu’il n’a «absolument rien à voir avec La Grande Roue».

Lourd passé

Vogl, 52 ans, a écopé de plusieurs peines de prison depuis 1984, ici et aux États-Unis : vol à main armée, trafic de drogues, vol de carte de crédit...

Ce lourd passé n’a pas échappé à la Régie des alcools et des jeux du Québec, qui refusait, en 2004, d’accorder un permis de bar à l’un de ses associés, qui avait caché son partenariat avec lui.

«M. Steve Vogl [...] a de nombreux antécédents judiciaires, notamment en matière de vol, vol à main armée, complot, usage d’arme à feu, vol de carte de crédit, complot en vue de trafic et trafic de substances inscrites en annexe de la Loi réglementant certaines drogues», soulignaient les régisseurs.

Ils affirmaient aussi qu’« il est impossible de déterminer avec précision les sources de financement de l’établissement » que Vogl et son associé souhaitaient ouvrir, rue Crescent, dans le centre-ville de Montréal.

«Pas au courant»

Rien pour empêcher La Grande Roue de Montréal de faire affaire avec lui. «Steve est un fournisseur d’alimentation sur notre site, confirme Jeff Jorgensen, président de l’entreprise. On les prend et on les revend dans nos cafés.»

Il assure tout ignorer de la photo de son fournisseur en compagnie de cadres de la mafia, publiée dans Le Journal en 2015. «Moi, je lis le Globe and Mail et la Gazette, dit l’homme d’affaires. Je ne suis pas au courant de toutes les photos qui existent de M. Vogl.»

Le patron de La Grande Roue assure aussi que personne n’a porté son passé criminel à son attention.

L’entreprise de Vogl ayant obtenu le contrat à La Grande Roue, Innovation alimentaire inc., s’est enregistrée le jour même où la Société du Vieux-Port de Montréal annonçait l’érection de cette nouvelle attraction, le 6 avril dernier.

Jeff Jorgensen, son père Niels et un investisseur néerlandais, Guustaves de Wit, ont obtenu le contrat de La Grande Roue en 2015, en répondant à un appel d’intérêt.

Steve Vogl : passé criminel et fréquentations mafieuses

1984

Condamné deux fois à trois ans de prison, à Montréal, notamment pour vol à main armée et possession d’une fausse carte de crédit

1992

Condamné à 90 mois de prison pour trafic de drogues à New York

2015

La police de Montréal le photographie deux fois en compagnie de chefs de la mafia et d’autres gangs, au restaurant Jargo, boulevard Saint-Laurent, et au café du prestigieux magasin Holt Renfrew, au centre-ville. Il nie toutefois s’être rendu à cette dernière rencontre.

Avril 2017

Revenu Québec inscrit une hypothèque légale de 62 671 $ sur sa résidence du quartier Pierrefonds, en vertu de la Loi sur la taxe de vente et de la Loi sur les impôts.

Septembre 2017

La Ville de Montréal lui envoie un préavis de vente sur sa maison pour des taxes impayées de 8693 $.

Ottawa n’a pas de droit de regard

Ottawa dit n’avoir aucun droit de regard sur les sous-traitants de La Grande Roue de Montréal.

« Nos baux ne nous permettent pas d’approuver les fournisseurs de nos locataires », dit Jimmy Laforge, porte-parole la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM), où s’est installée l’attraction.

Le promoteur a signé un bail avec la SVPM après avoir répondu à une « déclaration d’intérêt », un document où l’organisme fédéral déclarait publiquement qu’il souhaitait voir s’installer une grande roue sur son site, en 2015.

La SVPM a envoyé cette déclaration à trois promoteurs, dont La Grande Roue de Montréal inc. de Jeff et Niels Jorgensen, qui a remporté le contrat. La Société refuse de nommer les deux autres entreprises ayant reçu les documents.

Le bail de La Grande Roue est valide jusqu’en avril 2022 et pourra être renouvelé si les parties s’entendent.

– Avec la collaboration de Andrea Valeria

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