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Une sinistrée préfère démolir sa maison

TVA Nouvelles

Une femme de Laval préfère démolir sa maison, inondée le printemps dernier, tellement elle est découragée devant la complexité des démarches auprès du ministère de la Sécurité publique pour obtenir de l’aide.

«Je ne suis plus capable. Je me fais dire une chose par un agent et le contraire quand je parle à un autre agent. Ça me dépasse. Je préfère démolir et tourner la page», exprime Anic Sauvé, résidente de la 21e Avenue à Laval.

Cinq mois après les inondations, Mme Sauvé n’a pas de réponse claire à savoir si elle pourra rénover sa maison ou si elle devrait la faire démolir.

«J’ai l’impression de me faire dire n’importe quoi. Est-ce que je peux juste mettre ma maison à terre maintenant ?»

Le rapport d’évaluation reçu du Ministère estime les dommages à sa propriété à 34 000 $. Mais la soumission obtenue d’un entrepreneur chiffre les travaux sur sa maison à 88 000 $ afin qu’elle soit conforme aux exigences de la Ville de Laval qui demande un solage hydrofuge.

«Le décret du gouvernement dit que si les dommages excèdent 50 % de la valeur municipale de la maison, il faut démolir. Ma maison est évaluée à 104 000 $. Je dois me fier au 33 000 $ ou au 88 000 $ ? Le Ministère ne veut pas me répondre et me demande de faire faire une autre soumission», a dit Mme Sauvé.

Rien de facile

Il est ardu d’obtenir des soumissions pour les sinistrés parce que plusieurs entrepreneurs ne veulent pas engager des frais sans savoir s’ils auront les contrats ou même si les travaux seront entrepris. «Quand on dit qu’on est sinistrés et qu’on a besoin d’une soumission pour le Ministère, on se fait raccrocher au nez. Les entrepreneurs ne veulent plus se déplacer et il y en a même qui exigent 500 $ pour le faire», affirme-t-elle.

Aucune solidarité

Finie la belle solidarité qu’on a vue lors des inondations, selon elle. «C’est chacun pour soi maintenant, entre les sinistrés. Une voisine a refusé de me donner le nom de son entrepreneur. C’est rendu qu’on est en compétition pour avoir l’aide dont on a besoin.»

Mme Sauvé doit obtenir deux soumissions de démolition puisque le Ministère exige tout en double. «J’étais à la ville et je pleurais en leur demandant de m’aider à mettre ma maison à terre. Je suis monoparentale, j’ai toujours compté à la cenne pour réussir à m’acheter cette maison et la laisser à ma fille, mais maintenant je suis prête à abandonner.»

Elle aura droit à une rencontre lors de la tournée du ministère de la Sécurité publique à Laval. «Peu importe ce qu’ils me diront, je ne suis juste plus capable», dit-elle.

50 M$ pour les sinistrés

Le ministère de la Sécurité publique (MSP) dit avoir distribué 50 millions $ aux sinistrés sur un engagement d’au moins 350 M$ promis.

La tournée mise en place par le ministère de la Sécurité publique pour rencontrer les sinistrés individuellement se poursuit à travers les régions touchées par les inondations du printemps dernier. Après Deux-Montagnes cette semaine, les agents du Ministère seront bientôt à Laval et Ahuntsic-Cartierville.

«Rien que dans ces deux journées de rencontres à Deux-Montagnes, plus d’un million de dollars ont été distribués», dit Olivier Cantin, porte-parole du Ministère, qui précise qu’au total les sinistrés de Deux-Montagnes ont reçu à ce jour 2,6 millions $.

Rencontres

Alors que 5962 dossiers sont en traitement au Ministère, plus de 2207 rencontres personnalisées auraient été réalisées afin d’accélérer le traitement des demandes.

«Ce qui est bien lors de ces journées, c’est que tous les intervenants sont présents : les agents du MSP, mais aussi ceux du MAMOT (ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire), les municipalités, la Croix-Rouge ainsi que la Régie du bâtiment du Québec (RBQ)», explique Louise Quintin du MSP.

Selon elle, il n’y a pas de cas types parmi les sinistrés qui se présentent aux rencontres. « Certains restent dix minutes, d’autres, une heure. Il y a des cas de succession, de vente de maison. Tous les cas sont tellement différents, c’est pour ça que ces rencontres personnalisées sont très utiles. En général, les gens repartent satisfaits. »

Témoignages différents

« Je n’ai pas eu beaucoup de réponses à mes questions. On dirait que les agents manquent de formation. Ils peuvent seulement me répéter ce qui est dans le rapport d’évaluation, donc des choses que je savais déjà.»

- Kevin Geffert, de Deux-Montagnes

«On est très satisfaits. On est venus avec notre entrepreneur Daniel Fortin qui avait rénové notre maison il y a 20 ans et qui va maintenant la démolir. On n’était pas encore passés chez le notaire, mais la maison venait d’être vendue quand les inondations sont arrivées. C’est correct pour nous de démolir. On part à loyer !»

- Réal Forand et Louise Goyette Forand, de Deux-Montagnes

«Pour ma part, je suis satisfaite. On a éclairci des points très obscurs. Disons qu’on est plus alignés vers les étapes qui vont nous permettre de retrouver notre maison.»

- Linda Mazzola, de Deux-Montagnes

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