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Six enjeux pour la prochaine mairesse de Montréal

Benoît Philie | Agence QMI

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Reconstruction de l’échangeur Turcot, congestion, immigration, développement immobilier...  La nouvelle mairesse de Montréal à la suite du scrutin aura du pain sur la planche d’un bout à l’autre de la métropole.

«Le Journal de Montréal» a consulté trois experts des affaires municipales pour mieux cerner les enjeux majeurs à venir pour la Ville de Montréal.

-Développement immobilier dans Pierrefonds-Ouest

L’avenir de Pierrefonds-Ouest pourrait se jouer avec le résultat de l’élection d’aujourd’hui. L’administration du maire sortant Denis Coderre a annoncé en 2015 qu’elle souhaitait développer un nouveau quartier de 5500 unités d’habitation dans ce secteur de l’Ouest-de-l’Île de Montréal. D’une superficie d’un peu moins de 400 hectares, le projet pourrait accueillir environ 15 000 personnes et nécessiterait la construction d’un boulevard urbain dans l’emprise de l’autoroute 440 qui traverserait la rivière des Prairies depuis la pointe ouest de Laval. Le plan propose de conserver des espaces verts.

Vive opposition

Des consultations publiques ont toutefois démontré une vive opposition. Projet Montréal propose pour sa part que les anciennes terres agricoles deviennent un grand parc provincial. Selon l’experte des affaires municipales Danielle Pilette, il s’agit d’un des principaux enjeux pour le futur maire de l’île, car la décision finale devra être prise par la prochaine administration.

-Chantiers et transport

Avec deux chantiers majeurs en cours et une imposante réfection des infrastructures de la ville, Montréal est loin d’en avoir fini avec les travaux.

Ceux-ci pourraient durer encore une dizaine d’années. Selon le maire Denis Coderre, la Ville accuse un lourd retard en raison d’une négligence des administrations précédentes dans la maintenance des infrastructures.

Les chantiers éparpillés dans tous les coins de la métropole, en plus des travaux sur le pont Champlain et l’échangeur Turcot, ont donné des maux de tête aux automobilistes cet été.

Solution temporaire

Les grands chantiers à l’œuvre à Montréal ne régleront que momentanément le problème de congestion, estime pour sa part le chargé de cours en sciences politiques à l’UQAM, Florent Michelot. «Avec l’échangeur Turcot, il y avait moyen d’intégrer plus de transport en commun et d’espaces verts, mais à Montréal, c’est la norme de construire des infrastructures qui ne sont pas pensées pour autre chose que la voiture et le camionnage», déplore-t-il.

-Neutralité religieuse

La question du «vivre ensemble» entre les différentes communautés culturelles sera cruciale dans les prochaines années, assure Caroline Patsias, experte en politique municipale. Or, dans l’ensemble du Québec, cette question concerne principalement Montréal, comme il s’agit du plus important bassin d’immigrants de la province. Le gouvernement du Québec vient d’adopter la loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, dont les répercussions devraient surtout se faire sentir dans la métropole. «Cette loi ne se pose pas de la même façon à Montréal qu’elle se pose à Rivière-du-Loup», explique l’experte.

Le maire sortant Denis Coderre a indiqué qu’il refusait d’appliquer la nouvelle loi à Montréal, considérant qu’elle priverait de nombreux citoyens de services essentiels et stigmatise les femmes. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, envisage de recourir à l’injonction si les municipalités refusent de collaborer. La question est donc loin d’être réglée.

-Rétention des familles et accès au logement

Nombre de familles préfèrent s’installer à l’extérieur de l’île et en banlieue, vu le prix trop élevé des maisons et la pénurie de logements assez grands pour accueillir plusieurs enfants. Selon Caroline Patsias, le problème vient aussi du manque d’espaces verts et d’un faible sentiment de sécurité dans le centre de Montréal.

«Quand vous avez des enfants, vous voulez du calme, des parcs. Vous voulez des zones piétonnes et des chiens qui n’attaquent pas les enfants. Vous n’avez pas les mêmes besoins que lorsque vous êtes un jeune professionnel célibataire, affirme l’experte en politique municipale. Et il y a aussi la qualité des écoles qui joue pour beaucoup, mais cela relève du provincial.»

Faible revenu

La question de l’accès au logement pour les personnes à faible revenu sera cruciale pour le prochain maire, explique la chercheuse. Avec la loi 122, la Ville peut maintenant décider de l’endroit où implanter les logements sociaux, et acquérir des terrains et des immeubles pour le faire. Elle peut aussi dorénavant intervenir auprès des propriétaires de taudis.

-Gouvernance

Montréal fait face à un problème de gouvernance, estime l’experte en politique municipale Caroline Patsias. «Coderre a entrepris une recentralisation des arrondissements, mais cela ne fait pas l’affaire de certains d’entre eux. Certains trouvent difficile de travailler avec la Ville-Centre. Cela cause des frictions», dit-elle. Elle ajoute que le prochain maire devra revoir la structure organisationnelle de la métropole.

L’adoption de la loi 122 en février, qui accorde plus de pouvoir aux municipalités, a supprimé les référendums locaux. «Il faudra donc que la Ville trouve un autre moyen pour consulter les citoyens en dehors des périodes électorales», dit Mme Patsias.

Selon Danielle Pilette, experte des affaires municipales, la gouvernance pose aussi problème dans l’arrondissement Ville-Marie, qui est celui où siège le maire de Montréal. «Le maire de l’arrondissement est aussi le maire de Montréal. Les citoyens ne peuvent pas se faire entendre et sont donc privés de représentation et de structure de proximité.»

Cela a causé des expériences de «gouvernance malheureuse» dans l’arrondissement, croit-elle, notamment avec la Formule E.

-Environnement et développement durable

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CREM) a publié un document pour informer le prochain maire des dossiers incontournables en développement durable pour la période 2017 à 2021, soit la durée du mandat de la prochaine administration. Pour l’experte en politique municipale Caroline Patsias, la question environnementale, mais surtout celle du réchauffement climatique, doit être au cœur des réflexions de la Ville si celle-ci veut se poser comme une métropole internationale.

Transport et accès à l’eau

Voici quelques enjeux mentionnés par la population lors des consultations publiques qui ont eu lieu à l’été 2017:

L’optimisation des transports en commun par le prolongement de la ligne bleue et de la ligne orange, l’ajout de lignes d’autobus et de voies réservées pour les transports en commun.

Ajouter 2000 hectares d’aires protégées en milieux terrestres sur l’île de Montréal pour atteindre 10 % du territoire. Selon le CREM, il faut donc non seulement conserver les zones actuellement protégées, mais aussi en créer d’autres.

Favoriser l’accès à l’eau et aux berges du Saint-Laurent avec la création de plages, par exemple, et protéger les ruisseaux sur l’île.

Généraliser la collecte des matières recyclables dans tous les bâtiments publics et ajouter des bacs de matières organiques dans des lieux ciblés, comme les parcs. Favoriser la création de ruelles vertes.

Assurer une meilleure gestion des eaux pluviales et mettre en action le « plan de drainage » élaboré à la suite du déversement des eaux usées de 2015, qui propose des aménagements urbains conçus pour éviter ce genre de situations.

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