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Scandale des Paradise Papers

Trudeau aurait manqué de jugement

Guillaume St-Pierre | Agence QMI

AGENCE QMI

Justin Trudeau a manqué de jugement en déclarant sans reproche son ami Stephen Bronfman avant que la lumière soit faite sur son rôle dans un stratagème pour cacher des millions dans un paradis fiscal, dénoncent l’opposition et des experts.

«Je pense que le premier ministre aurait dû attendre de voir s’il va y avoir des accusations et des enquêtes. Je pense que c’est un grand manque de jugement», a déclaré le bloquiste Gabriel Ste-Marie, mercredi.

Plus tôt dans la journée, en conférence de presse au Vietnam, Justin Trudeau a passé l’éponge sur les allégations liant M. Bronfman au scandale des Paradise Papers.

Le premier ministre a affirmé avoir «reçu des assurances» que «tout était conforme» et on est «satisfaits de ces assurances, a-t-il plaidé au sujet des activités offshore de M. Bronfman, le grand architecte du financement au Parti libéral du Canada.

Incohérence

Les propos du premier ministre tranchent avec ceux de la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier. Elle plaide que la loi lui interdit de commenter le cas particulier de M. Bronfman. Or, elle ajoute que les révélations des Paradise Papers serviront éventuellement aux enquêteurs de l’Agence du revenu du Canada (ARC).

L’opposition a vite relevé cette incohérence dans le message libéral.

«Si, pour le premier ministre, il n’y a pas de problème à parler de Stephen Bronfman, la ministre du Revenu national peut-elle prendre le téléphone, appeler le premier ministre et lui dire qu’il se mêle de ses affaires, parce que cet homme pourrait faire l’objet d’une enquête actuellement ?» a pesté le conservateur Gérard Deltell.

«Le premier ministre réalise-t-il à quel point cela est irresponsable et imprudent d’affirmer l’innocence de Stephen Bronfman unilatéralement ?» a renchéri Candice Bergan.

La ministre Lebouthillier a refusé de dire si M. Bronfman faisait l’objet de vérifications.

Enquêtes

La spécialiste en fiscalité Marwah Risqy croit elle aussi que M. Trudeau aurait dû «s’abstenir de tout commentaire», dans les circonstances.

«La personne la plus importante en autorité au pays vient de dire que, selon lui, la situation de M. Bronfman est conforme. Est-ce qu’il s’agit d’un message aux enquêteurs de l’ARC ?», se questionne-t-elle.

Le conservateur Alain Rayes se demande lui aussi si «l’intervention politique du premier ministre au nom de son ami proche est un signal clair aux enquêteurs qu’il y a une règle pour les libéraux et une autre règle pour tous les Canadiens qui paient de l’impôt.»

Selon une fuite de documents obtenus par le Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI), Stephen Bronfman se serait associé à l’ex-sénateur libéral Leo Kolber pour mettre sur pied différents stratagèmes afin de cacher 60 millions $ US dans les paradis fiscaux.

D’autres révélations sur les fortunes

Le Prince Charles

Le prince Charles aurait fait pression pour que les accords internationaux sur les changements climatiques soient modifiés, alors même qu’il venait d’investir secrètement sa fortune personnelle dans une compagnie basée aux Bermudes qui aurait profité de ses propositions, révèle la BBC. Le fils de la reine d’Angleterre se serait retrouvé en conflit d’intérêts en 2007, après l’achat de 150 000 $ en actions d’une compagnie appartenant à un ami et qui souhaitait que les accords de Kyoto et de l’Union européenne sur les changements climatiques permettent l’achat de crédits carbone provenant des forêts tropicales, ce qui n’était initialement pas prévu.

L’homme le plus riche de France

Le milliardaire français Bernard Arnault aurait contourné l’impôt pour l’achat d’une luxueuse demeure à Londres et d’un yacht privé de 101 mètres de long, le Symphony. Les journalistes du «Monde» ont découvert que ces biens appartenaient, sur papier, à d’opaques compagnies dont les finances transitent par six paradis fiscaux, dont l’île de Jersey ou Malte. Le super-riche a répondu que l’État connaît ce complexe arrangement, et il soutient n’en tirer aucun bénéfice fiscal.

Sept ans au Tibet, 20 ans sans impôt

Le réalisateur Jean-Jacques Annaud aurait placé ses revenus tirés du film à succès «Sept ans au Tibet», sorti en 1997, dans le paradis fiscal des îles Caïmans. Le journal «Le Monde» a révélé que depuis 20 ans, son argent a transité par les paradis fiscaux de l'île de Guernesey ou encore les îles Vierges britanniques, le tout avec l’aide de grandes banques comme la Royal Bank of Scotland ou la City National Bank. Il a nommé sa compagnie-écran Uspallata Limited, du nom de la ville en Argentine où il a tourné le célèbre film avec l’acteur Brad Pitt.

Oxford et Cambridge

Les célèbres universités britanniques Oxford et Cambridge, et près de la moitié des collèges qui y sont associés, ont investi des dizaines de millions de livres sterling dans des fonds situés dans des paradis fiscaux, selon le quotidien «The Guardian» de Londres. Même si elles reçoivent de l’argent du gouvernement anglais, ces institutions auraient investi dans le plus grand secret dans des entreprises d’exploration pétrolière et de forages en eaux profondes.

La Banque de Montréal

La Banque de Montréal a fait face à un véritable casse-tête pour organiser des réunions deux fois par année aux Bermudes, le strict minimum requis par la loi pour y avoir une filiale, révèle la CBC. La banque canadienne devait envoyer en avion au moins quatre directeurs lors d’assemblées pour la firme qu’elle a achetée en 2011, Lloyd George Management, qui comprendrait une boîte aux lettres aux Bermudes, mais pas de locaux, d’employés, de téléphones, ni de vrais clients. Dans un communiqué, la BMO reconnaît que sa filiale aux Bermudes n’a pas de « clients actifs », mais assure être en conformité avec les lois.

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