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Craintes et incertitudes autour d’une Corée du Nord «nucléaire»

Avec le test mercredi d'un nouveau type de missile intercontinental balistique, la Corée du Nord a atteint, selon son dirigeant Kim Jong-Un, son but poursuivi de longue date: devenir un État nucléaire à part entière.

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Les États-Unis et leurs alliés ont toujours soutenu qu'ils n'accepteraient pas une Corée du Nord nucléaire, mais ont dû regarder impuissants Pyongyang avancer dans ses ambitions atomiques.

Le Nord affirme avoir testé un nouvel ICBM, le Hwasong-15, susceptible de transporter «une ogive lourde extra-large» capable de frapper la totalité du territoire continental américain, selon KCNA.

Pyongyang n'a fourni aucune image susceptible d'être analysée par des experts indépendants, mais les premières évaluations de la trajectoire montrent qu'il s'agit en effet d'un missile plus puissant, avec une portée estimée à 13 000 kilomètres.

«Un tel missile aurait un rayon d'action suffisant pour atteindre Washington D.C. (la capitale fédérale américaine) et en fait n'importe quelle partie des États-Unis continentaux», estime David Wright, expert en contrôle des armements.

Pyongyang doit encore démontrer qu'il maîtrise la technologie clé pour assurer la survie des ogives à leur rentrée dans l'atmosphère depuis l'espace.

La déclaration de Kim Jong-Un selon laquelle le Nord a enfin réalisé sa «grande cause historique, l'achèvement d'une force nucléaire d'État» fait déjà grand bruit.

On ignore si cela signifie qu'il n'y aura plus à l'avenir de tests de missiles ou d'essais nucléaires. Mais cela laisse entendre clairement que Pyongyang croit désormais être en possession d'un arsenal nucléaire constitutif d'une force de dissuasion crédible et opérationnelle.

«À mes yeux, l'achèvement (de la force nucléaire) semble assez solide, pas seulement en termes de qualité, mais aussi de quantité», dit Melissa Hanham, experte de l'Institut Middlebury.

Les États-Unis et leurs alliés continueront vraisemblablement de refuser de reconnaître la Corée du Nord en tant qu'État nucléaire. Le ministre américain de la Défense James Mattis a concédé que le test de mercredi était une étape en vue de missiles balistiques qui représentent «une menace partout dans le monde».

Le but ultime de la Corée du Nord a toujours été de représenter une menace crédible de frappe nucléaire contre les États-Unis. Elle assimile souvent son arsenal nucléaire à une «épée chérie» capable de la protéger d'une invasion de «l'ennemi impérialiste» américain.

Certaines capitales vont sans doute frémir à l'idée d'une Corée du Nord nucléaire, mais d'autres pourraient y voir une possibilité d'ouverture diplomatique.

Le Nord a toujours maintenu que ses armements nucléaires étaient non négociables et qu'il ne s'adresserait aux États-Unis que d'égal à égal. C'est la position qu'il dit avoir atteinte désormais.

De manière significative, le communiqué officiel sur l'essai de missile contient une «déclaration solennelle»: le Nord se comportera toujours en «puissance nucléaire responsable» et ne représentera aucun danger pour les pays tiers tant qu'il n'est pas lui-même menacé.

Cependant, s'asseoir à la même table qu'un pays qui serait parvenu à son objectif en violant systématiquement de multiples résolutions de l'ONU constituerait un énorme recul, pas simplement pour les États unis, mais pour la communauté internationale tout entière.

Mais force est de constater que les pressions considérables exercées sur Pyongyang ne l'ont pas fait bouger d'un pouce et les appels au dialogue devraient se multiplier.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence mercredi et comme il est d'usage en pareil cas, tous les regards devraient être tournés vers la Chine.

Le seul allié d'importance du Nord est de plus en plus irrité par ses provocations. Mais l'intérêt stratégique de la Chine est d'éviter l'effondrement du régime nord-coréen qui déboucherait sur une Corée réunifiée alliée des États-Unis.

La Chine milite pour un «double moratoire», le gel des exercices militaires conjoints entre Washington et Séoul contre le gel des programmes militaires nord-coréens.

Washington a refusé avec constance un tel compromis, mais si le Nord dit vrai, cette approche pourrait de toute façon être obsolète.

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