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La protection des sources journalistiques au cœur du débat

Jean-Luc Lavallée | TVA Nouvelles

DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

L’avocat Christian Leblanc, qui tente d’éviter aux journalistes Marie-Maude Denis et Louis Lacroix de témoigner au procès de Nathalie Normandeau, affirme que leur carrière serait «terminée» s’ils révélaient leurs sources confidentielles.

Le procureur, qui représente à la fois les intérêts de Radio-Canada et de «L’Actualité», a plaidé leur cause, vendredi, dans le cadre de sa requête en cassation visant à faire annuler l’assignation à comparaître des deux journalistes.

S’ils étaient contraints par le tribunal de révéler leurs sources et s’ils obtempéraient, la confiance du public serait irrémédiablement compromise envers les journalistes, qui ne pourraient plus accomplir leur travail adéquatement, a-t-il plaidé, invoquant l’importance de la protection des sources, de la liberté de presse et du droit du public à l’information.

«Si on ne peut plus avoir de sources confidentielles, on ne peut plus faire son travail. Il n’y a pas de demi-mesure», a déclaré Me Leblanc.

«Ce qui est en jeu, c’est la liberté de presse, une liberté fondamentale considérée par la Cour suprême comme une des plus importantes», a-t-il rappelé, citant une jurisprudence abondante en la matière.

Le législateur, a-t-il souligné, a renforcé la protection des sources journalistiques l’automne dernier à la suite de l’adoption d’un projet de loi fédéral à cet effet.

Requête en arrêt des procédures

Rappelons que la chasse aux sources a été lancée par les avocats de la défense au procès de l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau et de l’ex-ministre Marc-Yvan Côté, qui oeuvrait chez Roche lors de la période visée par les accusations de fraude, complot, abus de confiance et corruption.

La défense tente d’illustrer un abus de l’État qui serait responsable de fuites d’éléments de preuve dans les médias, notamment à l'émission «Enquête» de Radio-Canada. Elle reproche aussi à l’UPAC de ne pas avoir agi de façon diligente à l’interne pour contenir cette «épidémie de coulage» qui a privé les accusés, prétend-elle, d’avoir droit à un procès juste et équitable.

Témoignage en dernier recours

Quelle que soit l’identité des taupes, l’avocat des journalistes affirme que le témoignage des journalistes n’est pas pertinent au débat puisque la défense a déjà «tous les éléments» pour plaider sa requête en arrêt des procédures en raison des admissions de la Couronne sur la provenance de certaines fuites à l’UPAC.

Qui plus est, selon Me Leblanc, s’ils révélaient leurs sources, l’information ne permettrait pas d’innocenter les accusés. L’avocat a rappelé que les journalistes doivent témoigner «en dernier recours», comme le prévoit déjà le test de Wigmore dans la jurisprudence.

En après-midi, la défense devait à son tour présenter ses arguments. Le juge André Perreault a déjà averti les parties qu’il ne fera pas connaître sa décision vendredi. Il faudra donc attendre à la semaine prochaine - ou la semaine suivante - avant de savoir si les journalistes Louis Lacroix et Marie-Maude Denis devront témoigner.

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