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Implantation retardée des menus du Dr Barrette

Réorganisation difficile, délais, objectifs «irréalisables» et contrats sans appel d’offres avec le privé: l’implantation des nouveaux menus pour aînés, dévoilés en grande pompe par le ministre Barrette, est chaotique et sera retardée dans la majorité des établissements.

Le projet de révision de l’offre alimentaire en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) devait être implanté dans tous les établissements du Québec d’ici le 31 mars, selon le document du ministère de la Santé, dont «Le Journal de Québec» a obtenu copie.

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Or, presque tous les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) n’atteindront pas l’objectif fixé par le ministre Gaétan Barrette. Certains font même affaire, sans appel d’offres, avec des fournisseurs privés de nourriture transformée pour dissimuler les retards.

En 2016, le ministre Barrette a fait une sortie spectaculaire afin de déguster publiquement les nouveaux menus et promettre leur arrivée imminente dans les CHSLD.

En raison de l’ampleur du projet et de l’investissement en temps et en énergie, de nombreuses directions des services alimentaires de la province ont demandé au ministre Barrette de reporter la date d’échéance pour mener le projet à terme.

«Notre CIUSSS a obtenu un report. Notamment, parce que nous comptons un nombre important de CHSLD [...] et en raison du menu multiethnique particulier à l’installation de l’Hôpital chinois de Montréal», a expliqué dans un courriel le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Nourriture livrée en taxi

Alors que le plan devait permettre «l’harmonisation et l’amélioration des services alimentaires», les directions semblent laissées à elles-mêmes. Dans certaines régions, il n’existe aucune ligne directrice. La distribution dans certains CHSLD est également rocambolesque, alors que des administrations ont même utilisé des taxis pour livrer la nourriture.

Les syndicats qualifient le projet «d’irréalisable» à cause des compressions dans le système de santé et du manque de reconnaissance des salariés.

«On lance des ballons et, après ça, on essaie de mettre des plasters pour colmater les fuites», a affirmé Guy Laurion, le vice-président à la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN.

«On ne donne pas les moyens et le soutien au personnel pour rendre la marchandise», dit-il.

Flou budgétaire

L’aspect budgétaire du projet semble également loin d’être défini pour l’ensemble des CIUSSS. Ils ont tous répondu que le projet s’est fait à «coût nul», pigé à «même le budget de fonctionnement». Toutefois, ils ont tous dû acheter de l’équipement neuf et payer des dizaines d’heures de formation.

«Nous sommes à évaluer l’impact budgétaire» et «trop tôt pour évaluer l’impact budgétaire», ont répondu les directions.

Le privé appelé en renfort dans certains centres

Des directions d’établissement ont contourné les règles et demandé à des entreprises privées de fournir de la nourriture transformée afin d’atteindre les objectifs du ministre.

Depuis le mois de janvier, une entreprise de la Rive-Sud de Québec fournit des purées et des produits hachés à des CIUSSS, et ce, sans contrat ou appel d’offres. «Ce sont des ententes qui sont verbales, il n’y a pas de contrat signé. Il n’y a rien de clair», a admis Frédéric Rousseau, le président de Aliments Ambrosia à Lévis qui concocte des purées alimentaires aux formes qui s’apparentent le plus à la réalité.

Contact direct

M. Rousseau souligne que certains CIUSSS l’ont contacté directement afin qu’il puisse fournir leur distributeur. «Je suis complémentaire aux orientations du ministre», relate-t-il. Depuis, l’entreprise marchande directement avec le Distributeur alimentaire Colabor, qui le paie et dispense les produits aux établissements.

«Comment ils s’organisent, c’est de leurs affaires. Moi, ce que je veux, c’est leur vendre de la marchandise», a-t-il dit. Pour le moment, cette entente reste temporaire. Elle devrait se terminer lorsque les CIUSSS auront complété leur transformation alimentaire chaotique. «Ils se servent de nos produits pour se dépanner», confie M. Rousseau.

Ce dernier soutient que le gouvernement devrait demander à des distributeurs privés, ayant déjà l’expertise dans le domaine, pour fournir les cuisines des CHSLD de la province. M. Rousseau signale qu’il serait capable de fournir tous les CHSLD du territoire d’ici deux semaines, et ce, avec les valeurs nutritionnelles réclamées par le ministre Barrette.

Suivre les règles

Selon nos informations, le CIUSSS de Chaudière-Appalaches a eu recours à ce type de distribution en raison des retards dans l’implantation. «Nous avons une centrale de production pour les mets texturés. Actuellement, nous n’avons pas reçu l’équipement requis pour nous permettre de fournir l’ensemble de ce que nous souhaitons desservir», a souligné Carole Bordes, la directrice adjointe logistique au CIUSSS.

Elle assure que l’administration a respecté les règles d’octroi de contrat et soutient qu’elle n’a jamais pris contact directement avec l’entreprise de transformation alimentaire, contrairement aux informations obtenues par «Le Journal de Québec».

«Nous sommes conformes à la procédure. Nous avons demandé à notre distributeur de service la possibilité d’acheter des mets texturés.»

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