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La réalité virtuelle pour comprendre une personne démente

Stéphanie Gendron | Agence QMI

Des intervenants qui travaillent dans des centres d’hébergement pour aînés de Chaudière-Appalaches étaient sous le choc après avoir pu ressentir et voir grâce à la réalité virtuelle comment se sentent les personnes démentes qu’ils accompagnent tous les jours.

Les casques de réalité virtuelle et les écouteurs plongent les participants dans la réalité d’Edie, un homme atteint de démence qui se lève au beau milieu de la nuit pour aller uriner.

La technologie permet de voir qu’il perçoit mal les ombres jusqu’à halluciner un inconnu dans la pièce ou que certains motifs sur les murs et les planchers lui font croire qu’un tapis est un trou noir dans lequel il peut tomber.

«C’est percutant. Ça nous rend plus empathiques d’être dans les souliers d’Edie», résume Marylou Mercier, une intervenante dans un centre d’hébergement de la région de L’Islet. Ses collègues et elle reçoivent cette semaine la formation, une première au Canada, qui utilise la réalité virtuelle.

Honte

Cette technologie rend l’expérience très réelle. Les intervenants entendent le cœur de l’homme dément battre plus fort lorsque sa femme s’impatiente ou lorsqu’il a des hallucinations et ressentent pratiquement sa honte lorsqu’il constate qu’il a uriné dans un panier à linge, alors qu’il était persuadé de l’avoir fait dans la toilette.

«Quand on voit ça, on ne peut pas l’oublier», estime la formatrice Marie-France Dozois, propriétaire de CDS Boutique à Sherbrooke et qui a acheté la licence de la formation australienne, le fruit de deux ans et demi de recherche. «Tous les intervenants devraient suivre cette formation», croit-elle. Les proches sont aussi visés.

Le fait d’avoir vécu quelques minutes dans la peau d’une personne démente pourrait orienter les actions de l’éducatrice spécialisée Catherine Chouinard. Elle cite en exemple un moment où Edie s’accroche dans les cadres qui se trouvent sur le mur du couloir pour éviter son impression de tomber dans le «trou» que représente le tapis à ses yeux. «Auparavant, on aurait peut-être pensé à décrocher les cadres, pensant qu’il voulait seulement longer les murs, alors que tout ce qu’il faut faire c’est enlever ce tapis», dit l’intervenante.

Stimulations

En plus de cette formation, le personnel des CHSLD de Saint-Jean-Port-Joli, Saint-Eugène et Sainte-Perpétue utilisent maintenant des chariots de stimulations, qui comprennent entre autres une vieille radio avec de la musique d’avant, des coussins chauffants et mous qui sentent la lavande et un chat en peluche qui miaule, vibre, ronronne et bouge. «Les outils aident à réduire l’agitation et l’anxiété de certains aînés en portant leur attention sur une activité significative pour eux», a dit Christine Pelletier, technicienne en éducation spécialisée au CISSS de Chaudières Appalaches. On y retrouve aussi des bas, qu’une aînée peut trier par paire, une activité qui a du sens pour elle et qui est bonne pour sa dignité.