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Menacée d’expulsion pour les crimes commis par son ex-mari

Une immigrante victime de violence conjugale vit un véritable cauchemar judiciaire depuis quatre ans et pourrait être expulsée du Canada en raison de crimes commis par son ex-mari.

«J’ai immigré ici pour travailler et maintenant je me retrouve dans une maison pour violence conjugale. Mes enfants n’ont rien, je n’ai rien. Je n’ai même pas un sou pour prendre l’autobus», explique la femme de 39 ans, les larmes aux yeux, en tenant son garçon de deux ans dans les bras.

Victoria, originaire d’une île située dans l’océan Indien, a accepté de témoigner à condition de taire son identité, car elle craint des représailles et veut protéger ses enfants de 15, 9 et 2 ans.

Elle est arrivée au Québec en 2014, quatre ans après que son époux soit venu s’installer près de Montréal pour travailler. Celui-ci avait rempli les documents nécessaires pour faire venir sa famille, qui espérait fuir la pauvreté.

Agression sexuelle

Or, le mari a été accusé d’agressions sexuelles au Canada entre-temps. Son dossier de résidence permanente a été mis sur la glace entraînant l’invalidité du visa de résidence de sa famille.

«Mais il ne m’avait rien dit. J’avais tout vendu ce que j’avais chez moi et quand je suis arrivée à l’aéroport avec les deux enfants, ils m’ont dit que je devais reprendre l’avion parce que mon mari avait fait un délit», raconte Victoria, la tête basse.

La Commission de l’immigration et du statut de réfugié a conclu à l’expulsion, une décision que Victoria a toutefois contestée en appel pour des raisons «humanitaires». Le jugement est attendu d’un jour à l’autre.

La femme est sans statut depuis quatre ans et ne peut étudier, travailler ou bénéficier de l’aide sociale. Son ex-époux a plaidé coupable en février et risque aussi l’expulsion.

Divorce

Malgré tout, la femme vivait dans le même appartement que lui, dans la couronne nord et ils ont eu un autre enfant en sol canadien.

«Dans ma culture, on ne peut pas abandonner son mari comme cela, juste parce que quelqu’un dit quelque chose. On était marié depuis 17 ans», dit-elle.

La femme a fini par demander le divorce en janvier après avoir été victime de violence conjugale. Elle a trouvé refuge dans un centre pour femmes battues avec ses trois enfants il y a quelques semaines et a porté plainte contre le père.

«Je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne peux pas retourner dans mon pays, car je n’ai nulle part où aller et mon garçon de deux ans est Canadien», dit-elle.

L’Agence des services frontaliers du Canada lui reproche d’être restée avec son ex-mari même s’il était accusé d’agression sexuelle. On plaide aussi pour son expulsion, car on considère que sa demande de résidence permanente est liée à celle de son ex-mari.

L’avocat de Victoria, Stéphane Handfield, estime qu’il s’agit d’arguments inacceptables.

«C’est un non-sens. Elle n’est pas responsable des gestes posés par son ex-mari, qui ne l’a même pas avisée de sa situation avant de la faire venir au pays», plaide-t-il.

«On est dans une sphère de violence conjugale... Reprocher à une femme de rester avec son tortionnaire, en 2018, c’est un manque de jugement», ajoute Me Handfield, en faisant référence au syndrome de la femme battue.

Il estime que le dossier de sa cliente doit être traité sans considération pour celui de l’ex-mari. Si l’appel est accordé, le renvoi sera annulé et Victoria pourra demander la résidence permanente.