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«J’ai l’impression d’être une plante qu’on a enlevée de son pot»

Immigration Canada a mis à exécution la menace qui pesait sur une résidente de Thetford Mines d’origine française et sa fille de 8 ans. Elles ont été renvoyées en France jeudi dernier, laissant derrière elles un papa impuissant face à la situation.

Enceinte de trois mois de ce père québécois, Sylvain R. Lemay, avec qui elle a déjà eu un premier fils, Élisa Jeandeau nie avoir négligé de remplir les formulaires exigés pour qu’on puisse l’autoriser à demeurer au Canada.

Or, vendredi matin, le duo mère-fille est arrivé à Paris à la suite d’un long vol éprouvant. À leur arrivée, elles ont été escortées par des policiers pour un bref interrogatoire, avant d’aller rejoindre la jeune sœur de Mme Jeandeau, qui les a hébergées pendant quelques jours.

«On a passé tout le week-end avec ma petite sœur et son conjoint, qui ont essayé d’adoucir un peu pour moi, et surtout pour Élia, la séparation, car pour l’enfant, c’est compliqué. Il y a beaucoup de crises de larmes, elle pleure beaucoup encore, car elle ne comprend pas, elle n’a que 8 ans», témoigne la jeune femme à l’émission de Denis Lévesque.

La mère de famille, qui vivait au Québec depuis 2010, a amorcé des démarches dans son pays d’origine pour se trouver un logement et obtenir de l’aide financière.

«C’est un peu compliqué, car ça fait huit ans qu’on est sortis du système français, que je n’ai pas cotisé au niveau des impôts, que je n’ai pas travaillé en France. Donc, pour eux, je repars vraiment à zéro.»

Un pantalon comme celui de papa

La petite Élia vit péniblement les premiers jours sans son papa. «Pour vous donner une idée, nous sommes allées nous promener dimanche soir avec ma sœur et mon beau-frère et elle a vu un monsieur qui avait un pantalon identique à celui de Sylvain dans la rue, raconte-t-elle. Elle s’est mise à pleurer en pensant qu’il nous avait abandonnées.

Depuis son retour en sol français, Mme Jeandeau doit se «serrer la ceinture» avec une modeste somme d’argent – autour de 400$ – rapportée du Canada.

Elle met en pratique le conseil que lui a donné son conjoint, dans la voiture avant la séparation: «Juste pour que ce soit moins dur pour [ma fille], j’essaie de lui faire voir ça comme des vacances», explique-t-elle en sanglotant.

Mais son moral est au plus bas. «C’est dur, j’ai du mal tous les jours, j’ai l’impression d’être une plante qu’on a enlevée de son pot. Mais je me tiens, parce que j’ai un enfant, j’avance pour elle. Sylvain et mon fils, c’est la même chose, c’est dur pour eux, je suis au courant de la situation.»

De son côté, Sylvain R. Lemay reste au Québec avec leur fils de 5 ans, qui est né dans la Belle province. «Les temps sont durs, il faut changer notre logement, car notre propriétaire ne veut pas nous garder. Le changement d’école s’avère aussi plus compliqué que ce que l’on pensait», confie-t-il à Denis Lévesque.

Le petit garçon ne comprend pas ce qui se passe. Il s’ennuie de sa mère et de sa grande sœur, se réveillant la nuit pour pleurer. «C’est dur pour tous les deux», admet M. Lemay, qui souhaite lancer un site de sociofinancement dans le but d’amasser des fonds pour aider sa conjointe.

Voyez l’entrevue intégrale avec Denis Lévesque dans la vidéo en haut de ce texte.

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