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Cacher son corps «attise la curiosité un peu malsaine des garçons»

TVA Nouvelles

Des élèves de la région de Québec ont lancé un mouvement pour protester contre le code vestimentaire que leur imposent leurs écoles.

«Plus on rapetisse la cage, plus on contraint les règlements, plus on a envie de taper sur les barreaux et plus on a envie de se libérer!», dit de façon imagée l’une des instigatrices du Mouvement des Carrés jaunes, Célestine Uhde, en entrevue à l’émission de Denis Lévesque.

«Mais plus on donne de l’air, plus on donne la possibilité de respirer à travers les règlements, c’est beaucoup plus facile pour nous de nous sentir à l’aise, de nous sentir saines dans notre marge de manœuvre», poursuit celle qui fréquente l’école secondaire Joseph-François-Perrault, à Québec.

«Ça a commencé l’an dernier par des discussions avec des filles de mon niveau sur les codes vestimentaires sexistes, sur les effets que ça avait sur nous, les adolescentes, et aussi sur la sorte de propagande de la culture du viol que ça faisait», détaille Célestine Uhde.

Son groupe a décidé de sonder la population étudiante au début de l’année sur ce sujet délicat. «Ça nous indiquait que tous les élèves étaient d’accord avec nos revendications.»

Célestine et ses acolytes du Parlement étudiant, dont elle est présidente, entreprennent alors de modifier le code vestimentaire pour qu’il reflète davantage leurs valeurs. Elles estiment que ce code est sexiste et qu’il heurte de plein fouet les valeurs féministes et égalitaires.

«La question n’est pas de savoir pourquoi on veut dévoiler nos épaules, mais pourquoi on aurait besoin de les cacher? Je pense que de faire passer la concentration des garçons avant notre intégrité, notre capacité à nous habiller comme nous le souhaitons et notre éducation, je trouve que c’est complètement ridicule... Parce que c’est quand même de notre corps qu’il est question», plaide-t-elle.

Hypersexualisation

Hypersexualisation des femmes, culture du viol, objectivation des adolescentes: les Carrés jaunes s’attaquent à de nombreux phénomènes de société qui freinent l’épanouissement collectif des femmes.

«Les codes vestimentaires dans les écoles, dans la mienne, dans celles de la région de Québec et aussi dans plusieurs de la région de Montréal, sont absolument aberrants sur ce point-là et nous, c’est ça qu’on veut faire changer», poursuit l’adolescente avec aplomb.

L’animateur Denis Lévesque lui fait remarquer que le Mouvement des Carrés jaunes prône exactement le contraire – c’est-à-dire «montrer plus de peau» – que ce que prêchent certaines religions: cacher le corps de la femme pour ne pas tomber dans l’hypersexualisation.

«J’aime beaucoup votre question, répond Célestine Uhde, car c’est une question que je me fais souvent poser en tant que porte-parole. Je réponds en disant que plus on encourage la femme à se cacher, plus ça attise la curiosité un peu malsaine des garçons.»

«Depuis toujours en tant que femmes, on se fait dire cache-toi pour ta sécurité, sors pas dehors après 10h en short, tout ça, mais, en fait, on se le fait dire comme si, au fond, si on s’habillait sexy et qu’on subissait une agression, c’était de notre faute, et non celle de la personne qui commet l’agression», enchaîne-t-elle d’un débit rapide. Dans ce cas, on culpabilise la victime et on victimise le coupable, c’est quand même aberrant.»

Voyez en deux parties l'entrevue intégrale avec Denis Lévesque dans la vidéo en haut et au milieu de ce texte.