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Riches en jouant aux jeux vidéo

François-David Rouleau - Agence QMI

Gagner sa vie en jouant à des jeux vidéo ? Personne n’aurait pu le prédire à l’époque de Donkey Kong, Pac-Man et Tetris ! C’est pourtant la réalité pour les meilleurs joueurs de la planète, et plusieurs jeunes Québécois sont aujourd’hui propulsés au rang de vedettes des sports électroniques.

En forte expansion sur tous les continents, les compétitions attirent des foules impressionnantes, et l’e-sport connaîtra une année charnière au Québec en 2018.

Preuve que l’époque où le Québec était exclu des compétitions électroniques est bel et bien révolue : grâce à l’assouplissement des règles de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) entourant ce type d’événement, l’un des plus gros rassemblements du genre au pays, le DreamHack, aura lieu en septembre prochain au Stade olympique.

Même des établissements scolaires aux quatre coins de la province démontrent maintenant leur intérêt envers la discipline. Il suffit dorénavant d’une reconnaissance du sport et de l’appui d’un partenaire majeur pour que l’e-sport connaisse une croissance fulgurante dans la Belle Province.

Bye-bye les préjugés

Le Journal de Montréal présente l’ampleur de ce véritable phénomène générationnel. Celui-ci fascine les milléniaux, à un tel point que la popularité de l’e-sport pourrait surpasser celle des sports traditionnels d’ici 25 ans, selon les experts.

Vous lirez le parcours fascinant de plusieurs « gameurs » québécois. Des jeunes qui esquivent les nombreux stéréotypes reliés aux jeux vidéo en réussissant avec brio d’exigeantes études universitaires dans des domaines de pointe. Ils vivent leur passion tout en se remplissant les poches.

Felix Lengyel

Courtoisie Overwatch League

Une star controversée

Expulsé de la première ligue d’Overwatch, Félix Lengyel fait fortune sur Twitch.

Félix Lengyel, véritable vedette des sports électroniques et de la plateforme Twitch, avait grimpé à grande vitesse les échelons vers les hautes sphères des jeux vidéo. Personnage controversé, sa route dans la ligue Overwatch a pris un virage abrupt et déplorable à la mi-mars. Il fait maintenant fortune grâce à la diffusion en continu.

Chaque mois, le Lavallois âgé de 22 ans peut empocher plus de 30 000 $ uniquement avec ses abonnés de Twitch, une plateforme de services de diffusion en continu spécialisée dans les sports électroniques et jeux vidéo. Suivi par plus de 400 000 adeptes, plus de 10 000 d’entre eux sont des abonnés payants. Selon leur entente et leur popularité, les joueurs peuvent recevoir environ trois dollars par abonné payant par mois.

Malgré son expulsion, Lengyel continue donc à très bien gagner sa vie.

Celui-ci a évolué jusqu’en mars chez les professionnels, sous les couleurs du Fuel de Dallas, franchise de la ligue Overwatch, un jeu de tir à la première personne disputé en équipe. Il s’était exilé en Californie pour la saison inaugurale du circuit géré par Blizzard Entertainment. Il résidait donc en banlieue nord de Los Angeles, à Burbank, afin de participer aux matchs et s’entraîner avec sa dizaine de coéquipiers.

Propos racistes

Mais ses écarts de conduite sur les médias sociaux l’ont ligué contre Overwatch qui l’a suspendu pour des propos racistes et insultants, en plus de lui imposer une amende de 4000 $. Avec cette deuxième offense, le Fuel a donc décidé de le larguer en le remplaçant aussitôt par un Coréen.

Il faut savoir qu’en début de saison, en janvier, le Québécois avait tenu des propos homophobes face à un adversaire des Outlaws de Houston. La ligue l’avait donc suspendu durant quatre matchs en plus de lui imposer une amende de 2000 $. Le Fuel avait renchéri en décidant de le suspendre jusqu’à la mi-février.

Il avait goûté au tribunal populaire sur les réseaux sociaux.

« Les gens étaient très furieux. J’ai reçu énormément de messages personnels en raison de la nature délicate du sujet. Je me suis vraiment fait ramasser de tous les bords », relate Lengyel, qui était le seul Québécois de cette ligue.

Se décrivant comme un joueur agressif et arrogant dans le feu de l’action, sa popularité lui avait ouvert les portes du Fuel. Cette même arrogance lui a cependant coûté son poste.

À sa saison inaugurale, la ligue Overwatch ne pouvait se permettre autant de controverses ternissant son image. Elle a donc pris les grands moyens pour faire respecter l’ordre et lancer des messages sociaux clairs.

Dans les six chiffres

Les joueurs professionnels de la ligue Overwatch reçoivent une rémunération assurée de 50 000 à 120 000 $, selon diverses sources du milieu. Selon le site coréen Daily eSports, la moyenne salariale s’élèverait davantage à 80 000 $. Il faut y ajouter les bourses et les revenus parallèles, comme les commandites et les contributions du réseau Twitch.

Début vingtaine, sans avoir complété son diplôme d’études collégiales, Lengyel empochait donc une petite fortune avec ses nombreuses sources de revenus.

« C’est payant, affirme-t-il. Les revenus de la diffusion en continu sur Twitch sont gigantesques. Et tout dépend des commanditaires. Je ne dirai pas mon revenu, mais je gagne facilement dans les six chiffres. »

Depuis qu’il est tombé joueur autonome, « xQc » a gagné en popularité en engrangeant de nouveaux abonnés. Fait d’armes qu’il a publié à ses quelque 82 000 abonnés Twitter en les remerciant. En mars, il figurait dans le top 100 du réseau, selon des indicateurs de popularité.

Plus de 500 000 $

Le champion incontesté sur Twitch, Tyler « Ninja » Blevins, attire plus de cinq millions d’adeptes en jouant à Fortnite, un jeu de survie multijoueur. Sur YouTube et Twitter, il est suivi par plus d’un million d’abonnés.

Il a récemment révélé dans une entrevue à la chaîne financière CNBC qu’il empoche plus de 500 000 $ par mois uniquement grâce à sa chaîne Twitch. Par année, il s’agit d’un salaire de six millions de dollars !

Preuve confirmant qu’il est possible de faire une véritable fortune avec les jeux vidéo et les sports électroniques.

Elliot Bastien Carroza-Oyarce

Dominic Chan - Agence QMI

Un produit du printemps érable

Elliot Bastien Carroza-Oyarce gagne sa vie dans l’univers de Mario Bros.

N’eût été le printemps érable 2012, Elliot Bastien Carroza-Oyarce, alias Ally, n’aurait peut-être jamais plongé tête première dans l’univers enivrant de Super Smash Bros.

Durant la plus longue et importante grève étudiante de l’histoire du pays, qui a mobilisé le Québec durant près de huit mois, le joueur a peaufiné ses habiletés au populaire jeu Smash sur la console Wii U de Nintendo. Si bien qu’il a décidé de ne jamais retourner au cégep Ahuntsic, à Montréal, se tournant plutôt vers une carrière professionnelle.

« J’avais perdu de l’intérêt envers mes études. Je ne croyais pas que la grève allait durer si longtemps. J’avais joué à Smash durant tout l’été 2012 et quand j’avais vu que le conflit n’était toujours pas réglé en retournant à l’école, en août, je croyais avoir perdu mes acquis, raconte le Montréalais âgé de 27 ans qui vit maintenant à Flint, au Michigan.

Je préférais jouer à Smash et voyager, poursuit celui qui a visité le Japon, le Brésil, l’Espagne, la France et les États-Unis. J’aimais beaucoup ce rythme de vie. Je pouvais aussi gagner de l’argent avec ma passion. J’ai fait le pari risqué de me lancer à fond dans le sport électronique.

Je peux maintenant dire que c’est beaucoup mieux que ce que je croyais au départ », assure-t-il en entrevue téléphonique avec Le Journal, en marge d’un tournoi à Toronto.

89 fois champion

S’il mettait la totalité de son énergie à sa discipline, Ally pourrait y faire une véritable fortune. Il n’est évidemment pas à plaindre puisqu’il gagne très bien sa vie, lui qui représente la réputée équipe Cloud9.

« C’est ma faute, je suis un peu paresseux, parce que je pourrais diffuser plus de contenu en continu sur Twitch et YouTube, admet celui qui n’est pas le plus assidu sur ces plateformes, où il est possible d’empocher de grosses sommes. Tout est une question d’horaire, de priorité et de volonté.

Je dois commencer à le faire bientôt, dit le champion de 89 tournois. Pour ce que je fais dans le jeu électronique, mon revenu est très bon, il frôle les six chiffres. Je suis chanceux.

Et avec la diffusion en continu sur Twitch, je pourrais ajouter quelques milliers de dollars par mois », évalue-t-il.

Carrière aux États-Unis

Il y a deux ans, Elliott Bastien s’est exilé aux États-Unis, où il vit chez une amie en banlieue de Flint. Il a rencontré Brittany en 2008 lors d’un tournoi de Smash à Niagara Falls. Comme il a lié une belle amitié, il a fait ses valises pour le Michigan. Il y est plus facile d’y faire carrière et de voyager à travers le continent.

« Prendre l’avion à partir de Montréal chaque semaine, c’était trop dispendieux et compliqué. J’avais cette opportunité de vivre au Michigan, je l’ai donc prise. C’est aussi plus difficile de gagner sa vie dans le sport électronique au Québec en raison des lois et des événements. Si j’avais à déménager à nouveau, j’irais en Californie », mentionne le joueur.

Ally n’a toutefois pas renié ses racines québécoises puisqu’il vient régulièrement saluer sa famille. Il clame d’ailleurs fièrement l’un de ses nombreux triomphes alors qu’il fut le premier Canadien, et par le fait même le premier Québécois, à remporter l’édition 2016 du Championnat Evolution qui a eu lieu à Las Vegas. Il avait alors empoché la plus grosse bourse de sa carrière, soit un chèque de 16 000 $.

Tant et aussi longtemps qu’il progressera et explorera le monde, Elliot poursuivra sa carrière. Sa liberté et sa flexibilité n’ont aucun prix. Il sera toujours temps de reprendre ses études en langues après sa carrière dans l’univers de Mario Bros.

stephanie harvey

Joel Lemay - Agence QMI

La figure québécoise

Stéphanie Harvey est influente dans l’industrie mondiale des sports électroniques.

Tête de proue des sports électroniques au Québec, Stéphanie Harvey a grandement aidé à démocratiser et démystifier son domaine dans la province depuis 15 ans. Sans se décrire comme une pionnière, la femme de 31 ans se démarque par ses nombreux chapeaux sur la scène internationale.

« MissHarvey » ne laisse personne indifférent sur son passage. Elle vit à 100 km/h sa grande passion, les sports électroniques. Toutefois, elle ne tire pas ses principaux revenus des bourses des compétitions auxquelles elle participe à Counter Strike : Globale Offensive, un jeu de tir à la première personne disputé en équipe.

Elle fait plutôt la majeure partie de ses gains avec ses commanditaires internationaux et ses présences dans les grands événements électroniques de la planète.

« Mes gains annuels en tournoi ne sont vraiment pas représentatifs de mon salaire. Je ne suis pas dans les meilleurs joueurs au monde qui gagnent assurément un demi-million de dollars par année. Quand je me déplace pour être sur un panel d’experts dans un tournoi, c’est très lucratif », a expliqué celle qui revenait tout juste de Pologne quand elle a rencontré Le Journal, dans son patelin, à Québec, au début de mars.

« Un week-end comme je viens de faire équivaut à près d’un mois de salaire dans une équipe professionnelle, précise-t-elle. J’en fais plusieurs par année. »

Sa réputation et sa vaste expérience lui permettent de signer de juteux contrats, en plus de voyager à travers le monde, tous frais payés. C’est sans compter lorsqu’elle est la tête d’affiche d’une entreprise lors d’une diffusion en continu sur le web. Ces apparitions valent leur pesant d’or, car elle obtient une part des profits des ventes. Sa rémunération peut atteindre jusqu’à 1000 $ de l’heure.

Entrepreneure

Avec ses mille et un projets en tête, Harvey est en quelque sorte une femme d’affaires. Bien qu’elle se dise mauvaise dans ce rôle, elle se débrouille avec succès. Elle souhaiterait développer des entreprises en parallèle aux sports électroniques, mais elle ne peut tout faire seule. Elle veut s’entourer des bonnes personnes. D’ailleurs, son agent, basé à Los Angeles, ne fournit plus à la demande.

« Je crois que je suis pourrie en affaires et ça me frustre. Mes projets sont lents, car je suis trop occupée. Il me faudrait une équipe autour de moi, mais je ne peux pas encore me le permettre financièrement, explique-t-elle.

Et pour me vendre, je ne suis pas très bonne. Je n’ai pas le sens des négociations. Mon agent peut facilement avoir le double ou le triple du montant au contrat que je signerais. Donc, je ne négocie plus rien !

Je m’assure par contre de livrer la marchandise sur la scène. Mes plus grandes qualités sont mes connaissances et mes expériences. »

À travers tout ça, elle ne perd jamais son objectif principal : jouer et gagner des tournois. C’est ce qui la fait vibrer. Elle revient justement des Jeux mondiaux de sports électroniques (WESG) qui avaient lieu à Hainan, une île au sud de la Chine. Elle y représentait le Canada avec quatre coéquipières, dont la

Québécoise Catherine Leroux. Elles ont terminé au troisième rang. Harvey rentre au Québec avec une bonne nouvelle, puisque son équipe représentera dorénavant SpaceStation Gaming.

Contre vents et marées

« MissHarvey » n’a jamais oublié ses racines québécoises. Passionnée par les sports électroniques depuis son enfance, elle a suivi les traces de Guillaume « Grrrr... » Patry, qui a connu un succès retentissant à StarCraft au tournant des années 2000. Celui-ci a toutefois fait sa fortune durant sa carrière en Asie, sans rentrer au bercail. Il s’est ensuite établi en Corée du Sud.

Elle estime que l’animateur Denis Talbot a également joué un important rôle dans le domaine des sports électroniques.

« Je suis loin d’être la pionnière, car il y a eu deux super stars avant que j’arrive dans l’arène. Denis et Guillaume sont énormes et occupent chacun une place différente. Pour ma part, j’ai brisé les barrières des médias traditionnels. Les gens me reconnaissent. »

« Stéphanie s’est battue contre vents et marées. Elle a réussi à faire connaître davantage les e-sports dès qu’elle a commencé à gagner. On pouvait mettre un visage sur la discipline, soutient Denis Talbot. Elle a une belle gueule, elle est intelligente, pleine de détermination et d’idées. Elle a développé son expertise en grandissant dans son domaine. Elle serait folle de ne pas s’en servir. »

Avec son expérience et son pouvoir de persuasion, elle a justement motivé quatre filles à l’accompagner dans sa nouvelle aventure au fil de la dernière année. Sans commanditaire et revenus majeurs, l’équipe a redoublé d’ardeur et n’a jamais lâché en entretenant l’espoir.

Cette ténacité a porté ses fruits puisqu’elles ont récemment signé le contrat majeur qu’elles attendaient impatiemment. Avec ses nombreux chapeaux, « MissHarvey » a encore su se démarquer alors qu’une nouvelle équipe internationale lui a fait confiance.

Les plus riches de la planète

47 joueurs millionnaires en gains dans les tournois, dont 46 sont des joueurs de Dota 2.

4 Canadiens dans le top 100 mondial.

« KuroKy » Kuro Takhasomi

Allemagne | Dota 2

3 549 000 $

« Miracle » Amer Barqawi

Jordanie | Dota 2

3 128 000 $

« UNIVersE » Saahil Arora

États-Unis | Dota 2

2 954 000 $

« MinD_ContRoL » Ivan Ivanov

Russie | Dota 2

2 889 500 $

« Matumbaman » Lasse Urpalainen

Finlande | Dota 2

2 889 200 $

« Aui_2000 » Kurtis Ling

Canada | Dota 2

1 971 500 $

(*Gains en dollars américains dans les tournois uniquement, selon le site esportsearnings.com)

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