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Tuerie de la Mosquée de Québec

Alexandre Bissonnette s'intéressait à Dylann Roof et Marc Lépine

Kathleen Frenette | Agence QMI

Alexandre Bissonnette a consulté à 201 reprises des sites internet au sujet du suprémaciste blanc Dylann Roof, qui a abattu neuf Noirs dans une église américaine en juin 2015, peu de temps avant la tuerie de la mosquée de Québec.

L'auteur du massacre a également pris des informations sur la fusillade de Columbine puis visionné, quelques jours avant le 29 janvier 2017, un montage du film Polytechnique qui regroupe certaines scènes où l’on voit Marc Lépine abattre des étudiantes.

Pour ces raisons, des experts ont témoigné en cour vendredi à Québec que les images vidéo captées lors de la tuerie de la mosquée ne devraient «jamais être diffusées» puisqu’elle pourrait un jour servir à commettre «d’autres actes terroristes».

Des experts entendus par le juge François Huot estiment que les images extraites des caméras de surveillance de la mosquée qui ont capté les gestes de Bissonnette le soir du drame ne devraient jamais être diffusées.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Thomas Jacques s’oppose farouchement à la diffusion «grand public» de ces vidéos. Les médias eux croient qu’il s’agit là «du droit du public à l’information» en respectant certaines balises. Le juge François Huot devra trancher le débat et a pris le tout en délibéré.

Familles s'opposent

Vendredi, Me Jacques a fait entendre la Dr Cécile Rousseau, psychiatre, qui se spécialise en psychiatrie transculturelle, radicalisation et polarisation sociale.

Pour elle, la diffusion de telles images comporte trois grands risques qui dépassent «de beaucoup les bénéfices qui, en terme de contenu, sont déjà présents».

«En diffusant ces images, on risque de traumatiser à nouveau les familles, les proches, mais également la communauté. Il pourrait y avoir également un effet de contagion et certains groupes pourraient, de façon malveillante, s’en servir pour faire de la propagande», a mentionné la psychiatre.

Même son de cloche du côté du criminologue Stéphane Leman-Langlois qui se spécialise en radicalisation et sécurité nationale.

Pour lui, de telles vidéos diffusées en masse dans les médias pourraient servir au «recrutement de gens radicaux» par des groupes extrémistes ou encore mettre «en péril la sécurité, par exemple, de Canadiens déployés en sol musulman».

«Le risque est aussi de glorifier le combattant. On le voit se rendre sur les lieux, on voit sa posture, son côté décisif, son mode préparatoire... Ce sont les choses qui sont le plus à risque», a mentionné M. Leman-Langlois.

Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah a également pris la parole au nom de sa communauté. Pour eux, rediffuser de telles images leur ferait «revivre les atrocités» et il s’agirait, ni plus ni moins d’une «deuxième mort».

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