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De plus en plus d'aînés victimes des opioïdes

Hugo Duchaine | Agence QMI

Le nombre d’aînés qui consomment de la méthadone à cause d’une dépendance aux opioïdes continue d’augmenter à un rythme alarmant au Québec. Et cela ne risque pas de diminuer, car ces médicaments restent trop prescrits, déplorent des experts.

De 2016 à 2017, les prescriptions de méthadone ont bondi de 32 % chez les personnes de 65 ans et plus, selon des données de la RAMQ, obtenues par «Le Journal de Montréal».

C’est 10 fois plus que pour la population totale, où les prescriptions sont en hausse de 3 % pour la même période.

Il s’agit d’une conséquence directe des prescriptions d’opioïdes qui ne cessent de croître chez les aînés, craint la Dre Marie-Ève Goyer, spécialisée auprès des narcomanes.

«Les toxicomanes vieillissent, mais on a aussi rajouté une nouvelle population devenue toxicomane après des années de prescriptions», dit-elle.

Épidémies de surdoses mortelles

Les prescriptions d’opioïdes contre la douleur ont continué d’augmenter chez les aînés de 3,6 % en 2017 par rapport à l’année précédente. Ces quatre dernières années, les services auprès des aînés se sont accrus de 34 %.

«Ça monte encore. Pourtant, on est en plein contexte d’épidémie de surdoses mortelles», s’inquiète la Dre Goyer. On tue une fourmi avec un bazooka», remarque la médecin au sujet de la puissance des opioïdes.

Par contre, elle reconnaît que les médecins ont bien peu d’autres options.

Prescrit par leur médecin

Les personnes de 65 ans et plus ont le plus haut taux d’empoisonnement accidentel causé par les opioïdes au pays.

De plus, le quart des aînés hospitalisés à la suite d’une surdose d’opioïdes suivaient pourtant l’ordonnance qui leur était prescrite par un médecin.

«Des médicaments en vente libre, pour aider à dormir ou contre les allergies, peuvent interférer et aggraver les effets secondaires», souligne la Dre Clara Tenenbaum, directrice du Réseau canadien pour la déprescription.

Déprescription

La Dre Goyer ajoute que les effets secondaires des opioïdes, comme les chutes, la confusion ou la constipation, sont les raisons principales des hospitalisations chez les aînés. «On déprescrit à l’urgence, c’est ça notre traitement», dit-elle.

La Dre Tenenbaum suggère aux proches aidants de ne pas hésiter à se renseigner sur les médicaments pris. Car la dépendance, prévient-elle, peut s’installer en moins d’une semaine.

La porte-parole de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Julie Villeneuve, soutient que la hausse du nombre de prescriptions peut s’expliquer par des doses plus fréquentes pour éviter les abus.

L’été dernier, «Le Journal de Montréal» rapportait que les prescriptions de méthadone chez les aînés avaient augmenté de 122 % de 2013 à 2016.

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