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Les images de la tuerie ne seront pas rendues publiques

Kathleen Frenette | Agence QMI

 - Agence QMI

Les images captées lors de la tuerie perpétrée par Alexandre Bissonnette à la Grande mosquée de Québec le soir du 29 janvier 2017 ne pourront jamais être diffusées.

La décision a été rendue mercredi par le juge François Huot, qui s’est rangé du côté de la preuve et des arguments présentés par les procureurs de la Couronne, Me Thomas Jacques et Me François Godin et ceux de la défense, Me Charles-Olivier Gosselin et Me Jean-Claude Gingras.

Le traumatisme que de telles images pourraient causer aux familles des victimes ou encore à la communauté musulmane a été pris en compte par le juge.

Il a également retenu que d’autres personnes désespérées pourraient un jour consulter ces vidéos et s’en inspirer pour commettre des tueries de masse.

 

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La preuve a démontré que, dans le mois qui a précédé le massacre de la mosquée, Bissonnette avait consulté à quelque trois cents reprises des sites internet en lien avec différentes tueries de masse survenues en Caroline du Sud, à Moncton au Nouveau-Brunswick, en Allemagne et en Californie.

Il a également consulté à plus de 50 reprises des sites web relativement à l’utilisation d’armes à feu.

«La diffusion de telles images compromettrait gravement la bonne administration de la justice», a rappelé le juge.

Cependant, l’ordonnance de non-diffusion ne va pas empêcher l’information de se rendre au public puisque, comme l’a rappelé le juge, «non-diffusion ne veut pas dire non-publication».

Ainsi, lorsque les différentes vidéos seront présentées en cour dans le cadre des représentations sur la peine, les journalistes pourront décrire dans leur entièreté l’attitude du tueur ou encore la réaction des victimes.

Représentations sur la peine

Rappelons que les représentations sur la peine doivent s’étendre minimalement sur trois semaines. En poursuite, les procureurs ont déjà annoncé que leur preuve pourrait prendre deux semaines.

En défense, trois experts devraient être entendus. Les avocats veulent également contester l’inconstitutionnalité des peines qui, depuis décembre 2011, peuvent être imposées de manière consécutive dans le cas de meurtre.

Ce faisant, Bissonnette pourrait être condamné à une peine de 150 ans de détention ce qui, selon Me Gosselin et Gingras, équivaudrait à imposer au tueur «une peine de mort par incarcération».

Le 28 mars dernier, 14 mois après les événements, Alexandre Bissonnette a plaidé coupable à six accusations de meurtre au 1er degré et à six accusations de tentative de meurtre à l’égard de quarante personnes.

Dans une lettre lue devant le tribunal, Bissonnette avait mentionné avoir «honte de ce qu’il avait fait» et ne toujours pas savoir «pourquoi il avait posé un geste insensé comme ça».

«Parfois, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’un affreux rêve, un long cauchemar. J’aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait, mais je sais que mon geste est impardonnable», avait-il dit en regardant les gens de la communauté musulmane rassemblée dans la salle.

Images présentées devant le tribunal

Les vidéos captées à la suite de la tuerie de la Mosquée seront présentées dans les prochaines heures devant le tribunal, mais, avant de se faire, de façon exceptionnelle, chaque personne présente dans la salle doit repasser le point de fouille pour laisser son cellulaire ou tout appareil permettant d'enregistrer. Du jamais vu au palais de justice de Québec.

Une décision qui fait suite à l’ordonnance de non-diffusion prononcée, mercredi matin, par le juge François Huot de la Cour supérieure.

De cette façon, le magistrat veut s’assurer que personne ne pourra, à l’insu des constables, filmer les images qui seront présentées.

D’ailleurs, concernant la diffusion des vidéos, le juge Huot a rappelé aux membres de la communauté musulmane présents dans la salle qu’il s’agissait d’images «difficiles et brutales» qui, à son humble avis, «apporteront bien peu à leur peine».

«En tant qu’homme, mon humble conseil serait de vous éviter bien de la peine en choisissant de ne pas voir ses images.»

Malgré cet avertissement, bien peu de gens dans la salle ont choisi de quitter.

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