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Jacques Daoust hanté jusqu’à sa mort par l’affaire Rona

Jean-François Cloutier | Bureau d'enquête

L’ancien ministre de l’Économie du Québec Jacques Daoust est resté hanté jusqu’à sa mort par l’affaire de la vente des actions de Rona parce qu’il estimait avoir été piégé par son propre gouvernement pour son refus de «mentir».

Jacques Daoust était furieux qu’on lui demande de dire publiquement qu’il était d’accord avec cette vente d'actions par Investissement Québec, alors qu’il ne l’était absolument pas. Les actions ont éventuellement abouti dans les mains d'intérêts américains.

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Décédé soudainement l’été dernier, l’ex-ministre Daoust a longuement mûri l’affaire Rona après son départ de la politique, au point de miner sa santé. 

L’ancien ministre libéral était tellement frustré par cette transaction controversée qu’il a mis ses souvenirs par écrit dans un document qu’il a laissé à des conseillers politiques, un peu en guise de testament, quelques mois avant sa mort. Notre Bureau d’enquête a pu le consulter.

M. Daoust ne s’en cache pas : il n’a jamais été favorable à la vente des actions de Rona par Investissement Québec (IQ). Il ne voulait d’ailleurs pas autoriser cette transaction. 

C’est pourquoi il estime s’être fait carrément jouer dans le dos par son personnel politique, en particulier son chef de cabinet qui a autorisé la vente sans lui en parler.

Pas question de mentir

Dans son document, Jacques Daoust écrit s’être ensuite senti sous forte pression pour qu’il assume cette « mauvaise décision » prise dans son dos. 

Il aurait été beaucoup plus facile de « mentir », écrit-il, et de dire qu’il avait approuvé la vente.

L’affaire Rona lui a fait perdre le sommeil pour la première fois de sa vie. Il était persuadé que cela aurait aussi provoqué chez lui une première attaque de cœur, alors qu’il était toujours en politique, soit un an avant son décès.

Profondément déçu, il était même convaincu qu’il serait resté ministre s’il avait accepté de mentir et de prendre le blâme pour cette transaction.

«Jacques Daoust ne ment pas, peu importe le prix à payer», écrit-il.

L’ex-banquier devenu politicien se nomme en effet par son propre nom dans ce document qui emprunte la forme et le style officiels d’un procès verbal.

«C’est la véritable raison pour laquelle il a démissionné», ajoute-t-il, toujours en parlant de sa personne.

Ce document a pu être authentifié par notre Bureau d’enquête auprès de sources fiables. 

Contentieux majeur

Jacques Daoust estime qu’il n’était plus dans les bonnes grâces du cabinet du premier ministre Couillard.

«La présence de Jacques Daoust dérangeait au bureau du premier ministre, écrit-il, car il avait l’indépendance intellectuelle et financière pour leur tenir tête.»

Il ajoute que ses critiques sur le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) était aussi  «un contentieux majeur» étant donné le «penchant environnementaliste du PM» (le premier ministre Couillard). 

Il écrit aussi que le bureau du premier ministre le considérait depuis longtemps comme un « problème». Son refus d’accepter de prendre la responsabilité pour la transaction de Rona a été la goutte qui a fait déborder le vase.

«L’arrivée de Dominique Anglade, malgré son inexpérience [...] a donné un outil au bureau du PM pour tasser Jacques Daoust du ministère de l’Économie», écrit-il.

Promesses non tenues

Muté au ministère des Transports «malgré des assurances contraires dans les semaines qui ont précédé», écrit-il,  et «d’autres promesses qui lui ont été faites et qui n’ont pas été tenues», il dit ensuite avoir été bafoué par son gouvernement dans le dossier UBER. 

«Le bureau du premier ministre appuyait l’aile «jeunesse» du parti dans son support à UBER malgré le fait que cette entreprise se foutait de nos lois et opérait en toute illégalité», écrit-il.

L’ex-ministre des Transports Robert Poëti et lui partgeaient la même vision dans ce dossier, poursuit-il.

«Robert Poëti et Jacques Daoust étaient des problèmes qui menaçaient l’harmonie dans le parti et il fallait régler cela quel qu’en soit le prix à payer.»

L’Affaire Rona

Dans la saga Rona, Jacques Daoust dit s’être fait piéger par un jeu de coulisses entre son directeur de cabinet, Pierre Ouellet, et une personne ayant plus autorité qu’un ministre comme lui... «Jean-Louis Dufresne ?», se questionne-t-il, en pointant en direction du chef de cabinet de l’époque du premier ministre Philippe Couillard. 

Ce dernier a quitté dans la controverse en septembre, tandis que Ouellet est devenu conseiller au Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ).

C’est son directeur de cabinet, Pierre Ouellet (que le cabinet Couillard lui avait d’ailleurs imposé à sa nomination comme ministre de l’Économie) qui a communiqué directement cette autorisation de vendre Rona aux dirigeants d’Investissement Québec, et ce, en répondant un simple «OK» par courriel.

«Le ministre était [...] choqué de la décision [d’IQ] et a [...] affirmé qu’il n’était pas d’accord, que c’était une mauvaise décision», écrit-il. 

M. Daoust ajoute qu’il n’a jamais su avec certitude de qui son attaché Ouellet avait obtenu la permission de répondre «OK». 

«Qui donc avait plus d’autorité que son ministre et qui pouvait lui permettre de dire, malgré tout, un “OK” qui a tout déclenché ?», se demande Jacques Daoust dans son document.

Ce dernier ne répond pas à la question directement par écrit, mais une  source bien informées de l’existence de ce document a assurée à notre Bureau d’enquête que Jacques Daoust était convaincu que l’autorisation finale est venue du bureau du premier mnistre Couillard.

– Avec Alexandre Robillard

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