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Le cofondateur de la mosquée s'adresse directement à Bissonnette

Kathleen Frenette | Agence QMI

 - Agence QMI

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

Bien que les murs de la mosquée aient été lavés du sang dont ils avaient été éclaboussés, bien qu'on les ait replâtrés pour faire disparaître les trous que les balles y avaient faits, le souvenir «des corps allongés, inertes ou qui se tordent de douleur» va rester dans la mémoire du cofondateur du Centre islamique de Québec.

«Cela fera bientôt 50 ans que je suis dans cette ville, cette belle province. Cinquante ans que je vis avec mes concitoyens», a témoigné Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) au palais de justice de Québec, jeudi, lors d'audiences pour fixer la peine d'Alexandre Bissonnette, qui a plaidé coupable pour cette tuerie.

Difficilement, la voix chargée d’émotion, l’homme de 70 ans s’est adressé directement au tueur dans une lettre lue en cour.

«Le jour de l’attentat, vous avez tué six de mes frères et vous en avez blessé cinq autres. Vous avez terrorisé 35 personnes, dont quatre enfants qui, aujourd’hui, appellent leur père en se blottissant sur leurs mamans», a prononcé l’homme en étouffant un sanglot.

Dans la salle d’audience, les reniflements discrets trahissaient la peine et la douleur.

«Le 29 janvier 2017, vous avez tué des moments précieux d’amitié et de fraternité. Et je vous pose la question: à ces enfants qui couraient, insouciants, et qui ont vu les gens tomber sous les balles... Ces enfants qui ont vu, ne sachant que faire dans ce jeu d’adultes vécu à découvert... Comment ces enfants vont-ils oublier?» a ajouté M. Benabdallah.

L’ancien président du CCIQ, Mohamed Labidi, a joint sa voix à celles de la douzaine d’autres témoins qui, depuis le début des observations sur la peine, ont pris la parole.

«Les mosquées sont des lieux volontairement simples pour permettre des élans de spiritualité. Les mosquées sont des lieux pour apaiser les cœurs, mais cette tragédie a brisé notre quiétude», a souligné M. Labidi.

«Le choix de Bissonnette, qui souhaitait la gloire au détriment de vies humaines, a été dicté par l’ignorance de l’autre, les préjugés et une fausse interprétation des gestes posés à l’international qui n’ont rien à voir avec notre communauté musulmane de Québec», a-t-il ajouté.

«L’accusé a dit que son attaque aurait pu être faite envers n’importe qui. Ses recherches démontrent le contraire. L’islamophobie et le racisme sont les principaux mobiles de l’attentat commis par Bissonnette. Pour cette raison, je vous demande donc d’imposer une peine exemplaire, à la hauteur de la souffrance infligée aux victimes, à une communauté et à la société tout entière», a-t-il conclu.

«C’est la haine qui tue»

De ceux qui ont été tués à la mosquée le 29 janvier 2017, la communauté musulmane gardera le souvenir de gens «souriants et dévoués». Cependant, pour les témoins directs de la tragédie, ce souvenir sera à jamais «souillé et brouillé par cette affreuse photo que nous a léguée Alexandre Bissonnette».

Cette phrase, lourde de sens, c’est Youssef Kaddour, 42 ans, qui l’a prononcée au nom de l’ensemble des victimes de la tuerie qui a fait six morts, cinq blessés, dix-sept orphelins et des centaines de victimes collatérales.

«Dans son témoignage, Alexandre Bissonnette a dit être une personne emportée par la peur. La peur ne tue pas. C’est la haine qui tue», a ajouté l’homme qui a vu ses amis tomber sous les balles le soir de la tuerie.

Questionné par le juge François Huot sur la peine qui devrait être imposée à l’accusé, l’homme a répondu franchement. Une réponse sensible qui provenait du cœur.

«La seule image que j’ai, ce sont les bébés aujourd’hui orphelins qui, un jour, vont avoir 27 ans... Ce jour-là, ils auront en face d’eux la personne qui a tué leur père. Pour moi, pour nous, c’est quelque chose d’inimaginable», a-t-il ajouté.

Les conséquences de l'attaque de Bissonnette sur la mosquée, en chiffres

- L’activité mensuelle des enfants de 6 à 13 ans a été suspendue pendant quatre mois à la suite de la tuerie. Les élèves et les animatrices n’étaient pas rassurés. «Tout le monde était terrorisé.»

- L’activité hebdomadaire des femmes a été suspendue pour un mois et demi.

- Les activités de l’école coranique ont été suspendues trois semaines, pour renforcer la sécurité et former les enseignants à accueillir les élèves à la suite du drame.

- Le nombre des fidèles fréquentant la mosquée pour différentes activités a diminué du tiers.

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