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Mort de Rosalie : cri du cœur d'un centre d'hébergement d'urgence

TVA Nouvelles

Les drames familiaux comme celui survenu à Québec cette semaine avec le décès de la petite Rosalie peuvent être évités, affirme Josée Fortin, qui est derrière la Maison Kangourou, le premier centre d'hébergement d'urgence pour enfants au Québec. Sauf que faute de financement de Québec, l’organisme pourrait ne plus être en mesure d’agir.

Mme Fortin a publié, samedi, une lettre ouverte intitulée Les infanticides, drames familiaux... on s'en fout! dans laquelle elle lance un cri du cœur ou gouvernement du Québec afin que le financement suive les paroles des politiciens devant les caméras.

Lisez la lettre ouverte de Josée Fortin

«Encore un autre enfant qui malheureusement fera la une des journaux, et sur lesquels les instances gouvernementales feront des sorties publiques, la gorge serrée, le trémolo dans la voix, un mouchoir dans la main et la larme à l’œil s’écriant haut et fort devant les caméras que c’est horrible et qu’il faut faire quelque chose! On proposera alors des études... Oui des études, comme celle du Rapport du comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux, commandés par le ministre de la Santé et des Services sociaux en 2012, suite au cas de Guy Turcotte... Cette super étude, qui ne va pas sans dire, a coûté des milliers de dollars aux contribuables et qui, à ce jour, dort toujours sur une tablette à Québec», déplore-t-elle d’entrée de jeu dans sa lettre.

En 2011, Mme Fortin a lancé un centre d’urgence de première ligne au Québec, ouvert 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, qui vient en aide aux familles en détresse. En moyenne, ce sont près de 700 appels qui sont reçus par année.

«J’ai un homme qui m’a appelé pour me dire qu’il était sur le pont avec ses deux enfants et qu’ils allaient se jeter en bas», a révélé Mme Fortin entrevue à LCN. Grâce à la ligne téléphonique d’urgence, la petite famille a été épargnée d’un drame qui aurait fait la une des journaux, mentionne-t-elle.

Quatre ans plus tard, le centre d’urgence de la Maison Kangourou ouvrait ses portes rue Sherbrooke Est, à Montréal. On y accueille des enfants de parents en détresse, qui peuvent y être hébergés pour une durée de 15 jours. Le but est simple : prévenir l’irréparable.

De graves problèmes financiers

Or, l’organisme ne fonctionne qu’à l’aide de dons et de bénévoles. Déjà en situation financière précaire, un récent dégât d’eau survenu dans le bâtiment de la rue Sherbrooke Est a forcé la fermeture temporaire du centre d’hébergement en janvier. Mme Fortin explique que les assurances rembourseront une partie des dégâts, mais la fondation est touchée et l’organisme n’a pas, au moment actuel, les ressources pour effectuer les travaux nécessaires. La Maison Kangourou pourrait donc être condamnée à ne plus jamais ouvrir ses portes si elle ne reçoit pas de subventions gouvernementales.

Mme Fortin a pourtant entamé de nombreuses démarches auprès de Québec pour recevoir des fonds. Tout ce qu’elle a reçu de Québec, c’est un chèque de 500 $.

«Comment se fait-il qu’une ressource aussi ESSENTIELLE et IMPORTANTE comme la nôtre soit complètement ignorée, non subventionnée, par les différentes instances? Maintenant, dites-moi : combien vaut la vie d’un enfant? Apparemment, 500 $», déplore-t-elle dans sa lettre ouverte.

En entrevue à LCN plus tard dans la journée, la ministre Lucie Charlebois a dit ne pas vouloir «se lancer dans une guerre» contre l'organisme à travers les médias, mais elle a tout de même invité Mme Fortin à refaire une demande de subvention.

«Selon les chiffres que j’ai, la dernière demande date de 2016. Ce que je souhaite, c’est qu’elle retourne voir son Centre intégré de santé et de services sociaux et qu’elle dépose une demande», a indiqué la ministre.

Des centaines d’histoires

Le principe derrière la Maison Kangourou oblige évidemment un anonymat le plus total, ce qui fait en sorte que les drames évités ne se retrouvent pas à faire les manchettes, souligne Mme Fortin, qui compte les sauvetages par centaines.

«Une femme m’a confié qu’elle avait un plan de suicide pour elle et son fils de 2 ans et demi, et que si nous n’avions pas été là, elle aurait commis un geste irréparable. Son plan était déjà établi, elle allait mettre fin à ses jours et celle de son fils. Elle nous a contactés, nous avons réussi à la sauver», fait-elle valoir.

Dans le cadre de l’émission «J.E.», le journaliste Jean-François Guérin avait justement recueilli le témoignage d’une mère qui avait acheté une bouteille de propane pour s’enlever la vie et celle de ses trois enfants.

«Par chance, une travailleuse sociale lui avait parlé de nous, ayant lu sur notre organisme dans les journaux. Grâce aux médias, cette femme en détresse s’est présentée chez moi tard le soir avec ses enfants. Nous l’avons, elle aussi, sauvée», écrit Mme Fortin.

Elle et sa Maison Kangourou sont toujours dans l’attente d’un dénouement heureux pour l’avenir de l’organisme. Elle espère que la tragédie survenue à Québec fera réaliser au gouvernement l’importance de son centre d’urgence.

«On ne peut pas sauver toutes les familles, mais si on peut en sauver seulement une...»

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