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Accès à l'information: ça va de mal en pis à Québec

 - Agence QMI

Philippe Couillard

Simon Clark/Agence QMI

Philippe Couillard avait promis le gouvernement « le plus transparent » de l’histoire du Québec. Il s’est plutôt couvert d’un voile d’opacité qui prive le public d’informations, en s’inspirant des stratégies de Stephen Harper.

«À nos yeux, il y a eu dégradation de la transparence gouvernementale au cours des quatre dernières années. Le gouvernement a échoué à remplir sa promesse», a lancé Stéphane Giroux, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Il n’est pas le seul à faire ce constat. «Le Journal de Québec» recense des dizaines de cas d’obstruction, de lenteur du système d’accès à l’information, et même d’ingérence dans les demandes des médias.

«Ce que les libéraux ont fait, ça s’apparente totalement à ce que le Parti conservateur du Canada a réalisé à son arrivée au pouvoir, mais avec davantage d’accès aux ministres», a affirmé Thierry Giasson, professeur en science politique à l’Université Laval.

Transferts

Dans une opération de centralisation sans précédent, à l’automne 2014, plus de 500 fonctionnaires des services de communication de tous les ministères ont été transférés au ministère du Conseil exécutif (MCE), celui du premier ministre. Ils relèvent de Christian Lessard, qui était son directeur de campagne à l’élection l’ayant mené au pouvoir.

Professeur en science politique à l’Université Laval, Éric Montigny estime que cette centralisation affaiblit les digues entre le PLQ et l’État québécois, et cause des retards en raison de nombreuses approbations nécessaires avant de répondre aux médias.

En principe, le lien entre les fonctionnaires et le personnel politique devrait être le sous-ministre, plus neutre, note-t-il. Mais comme le rapporte «Le Journal», les employés de cabinet ont accès au travail des fonctionnaires.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement tire la sonnette d’alarme. Les employés des services de communication des ministères se retrouvent au service du PLQ, selon le président, Richard Perron. Il dénonce le fait que ses membres «doivent carrément aider le PLQ à se faire réélire».

«On peut voir qu’ils ont été mis à profit pour travailler fort sur la campagne de publicité gouvernementale qui utilise le même logo dont s’est servi le PLQ lors de la dernière campagne», a-t-il déploré.

Éric Montigny signale aussi son malaise. «Moi, je n’ai jamais vu une confusion des genres entre le gouvernement et le parti politique aussi affirmée et décomplexée dans l’histoire récente», a-t-il laissé tomber.

Derrière ces réformes se cache une nouvelle stratégie politique: la campagne permanente, où le parti au pouvoir politise la communication gouvernementale à des fins de réélections, a expliqué le professeur Giasson. Il croit aussi que le gouvernement Couillard a «intégré dans ses rapports avec les médias une crainte perpétuelle de se faire attaquer sur la place publique». «Pour eux, toute demande des médias est perçue comme étant potentiellement dangereuse», a-t-il noté.

Le gouvernement Couillard promettait une réforme de la loi d’accès à l’information, il a plutôt adopté une loi anti-transparence avec l’appui du PQ et de la CAQ. La loi 164 bloque l’accès aux analyses soumises au conseil des ministres pour leur prise de décision. Pour connaître les alternatives à un projet, ses effets positifs et négatifs, son impact sur la population et les coûts qui y sont reliés, il faudra désormais attendre 25 ans.

Premier de classe

Malgré tout, la ministre responsable des institutions démocratiques Kathleen Weil estime que le Québec est un « premier de classe » en transparence gouvernementale, grâce à l’agenda public, qui recense les rencontres publiques des ministres du gouvernement du Québec.

Mais Québec ne s’engage plus à adopter une réforme de l’accès à l’information avant les élections. «Ma volonté, c’est de déposer la loi d’ici la fin de la session. On va déclencher un débat intéressant [...] la prochaine législature va poursuivre dans ces orientations», a-t-elle affirmé.

La ministre reconnaît que le Québec a pris du retard. Lorsqu’on lui explique que les médias font face à plusieurs obstacles pour obtenir des informations de nature publique, elle dit qu’elle n’en était pas consciente. «Il y a un changement de culture qui doit s’opérer», a-t-elle indiqué. Elle ne croit pas toutefois que la centralisation des communications soit un obstacle à la transparence.

Le Québec parmi les derniers

Autrefois un leader, le Québec fait piètre figure parmi les législations canadiennes en matière d’accès à l’information, selon le Global Right to information Rating. Le programme de surveillance créé par les organisations Centre for law and democracy et Access info Europe dresse un classement selon un système de pointage.

1. Terre-Neuve-et-Labrador

2. Colombie-Britannique

3. Manitoba

4. Yukon

5. Canada (fédéral)

6. Île-du-Prince-Édouard

7. Ontario

8. Nouvelle-Écosse

9. Territoires du Nord-Ouest

10. Nunavut

11. Québec

12. Saskatchewan

13. Alberta

14. Nouveau-Brunswick

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