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Bissonnette ne s'en est pas pris à la communauté musulmane par «racisme»

Kathleen Frenette | Journal de Québec

Si Alexandre Bissonnette s’en est pris à la communauté musulmane, ce n’est pas par «racisme ou xénophobie», mais bien en raison de «la couleur du temps» estime l’un des psychiatres qui l’a expertisé.

«À une autre époque, cela aurait pu être les Juifs. Monsieur Bissonnette obtenait par ce qui est colporté sur les musulmans, une justification pour atteindre l’objectif de sa quête, ce que ne fournissaient pas suffisamment les collègues à l’Université ou les inconnus d’un centre commercial», a fait savoir le psychiatre légiste Sylvain Faucher, appelé à témoigner pour la défense.

Selon lui, la tuerie perpétrée par Alexandre Bissonnette relevait «d’une quête de pouvoir» ayant pour objectif «d’exprimer tous les ressentiments accumulés des gestes d’ostracisme et d’intimidation qu’il a subis».

En tout, le Dr Faucher a rencontré le meurtrier à six occasions pour une durée totale de huit heures trente.

Lors de ces rencontres, il a eu à évaluer l’état mental de Bissonnette, sa responsabilité criminelle, son aptitude à comprendre son plaidoyer de culpabilité et sa dangerosité.

Pour le psychiatre, il est clair que Bissonnette possède une «personnalité fragile» qu’il associe au «syndrome du bon gars».

«Les bons gars cherchent à plaire et leurs plus grandes craintes sont de se faire reprocher des choses. Qu’on identifie leurs défauts. Ils ont de la difficulté à reconnaître leur côté négatif. De façon générale, ces gens-là travaillent très fort pour qu’on voie leur côté positif et lorsque ça ne fonctionne pas, la rage et la colère arrivent», a expliqué le médecin.

«Un besoin de réparation»

Chez les tueurs de masses, Bissonnette reconnaît «sa propre souffrance» selon l’expert et il éprouve, comme eux, «un besoin de réparation».

«De là également sa succession de projets de s’en prendre à des groupes. D’abord à son école secondaire puis à l’université et ensuite, à des inconnus dans un centre commercial. Pour lui, tous les individus de notre société ont, à au moins une reprise dans leur parcours, exercé de l’intimidation envers autrui», a analysé le psychiatre.

Selon lui, la quête de Bissonnette a été nourrie par différentes sources comme «les idées de l’actuel président américain sur l’immigration» ou encore les prises de «position des médias de droite et d’extrême droite».

Malgré cela, le psychiatre note que Bissonnette «ne s’est pas investi dans des mouvements xénophobes ou encore adopté des actions à visée raciste».

«Il agit sur des individus dont certains auraient des torts suffisants pour qu’on excuse qu’ils soient assaillis. De plus, leurs fautes seraient suffisamment grandes pour compenser les dommages collatéraux», a-t-il ajouté.

Finalement, la mosquée permettait de regrouper un nombre significatif d’individus au même endroit et à la même heure, une situation impossible à réaliser avec les réels intimidateurs du passé.

Pour le médecin, le délit de Bissonnette s’inscrit aussi dans le concept «homicide-suicide» quoique la deuxième partie du plan soit plus difficile à réaliser.

«La tension interne s’atténuant après le passage à l’acte, la raison de se suicider en est souvent altérée», a-t-il expliqué.

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