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Semaine du don d'organes

«J'étais prête à mourir pour sauver la vie de mon fils»

Harold Gagné | TVA Nouvelles

On dit souvent que le lien maternel qui unit une mère à son enfant est ce qu'il y a de plus fort au monde.

Sarah Tessier peut en témoigner en cette semaine du don d'organes. Elle était prête à mourir s'il le fallait pour sauver son fils de 18 mois qui avait absolument besoin d'une greffe. La mère de famille de 30 ans lui a donné une partie de son foie le 15 février dernier.

Voyez l'entrevue de la mère avec Denis Lévesque dans la vidéo ci-dessous:

À voir Jack se promener avec sa mère et s'amuser dans un parc en cette journée ensoleillée, il est difficile de croire qu'il y a deux mois et demi, son état de santé nécessitait une urgente intervention chirurgicale. Le petit bonhomme avait un grave problème depuis sa naissance.

«Ses voies biliaires, les tuyaux qui apportent la bile du foie à l'intestin, se fermaient progressivement, explique son hépatologue du CHU Ste-Justine», le docteur Massimiliano Paganelli.

Il avait seulement cinq semaines lorsque les médecins du CHU Ste-Justine ont tenté de corriger la situation en l'opérant.

Mais cela n'a pas été suffisant et il a été placé sur une liste d'attente pendant 10 mois afin de recevoir le foie d'un donneur décédé, ce qui tardait. Alors ses parents ont décidé qu'un des deux donnerait une partie de son foie pour sauver Jack. C'est Sarah qui a choisi de poser le geste après une longue discussion avec son époux et sa famille.

Gracieuseté de Marie-Christine Genero

«On a pris la décision que ce serait moi quand l'hépatologue nous a dit que plus la personne est petite, plus il y a de chances que le foie soit de la bonne grandeur.»

Mais le foie de Sarah, dont une partie seulement devait être prélevée, était encore trop gros. Les médecins ont dû attendre quelques mois, le temps que Jack grandisse et que son abdomen prenne du volume.

«J'avais le même groupe sanguin que Jack. On s'est dit que ça lui donnerait de meilleures chances de survie», explique Sarah.

Le 15 février dernier, le Dr André Roy du CHUM et son collègue Michel Lallier du CHU Ste-Justine ont d'abord prélevé une partie du foie de la mère au CHUM, avant de le transporter au CHU Ste-Justine où Jack attendait la greffe après s'être fait retirer son foie malade. Le prélèvement a duré environ quatre heures.

Gracieuseté du CHU Ste-Justine

«On essaie de tout synchroniser pour qu'une fois le prélèvement complété, l'organe soit transporté rapidement par le docteur Lallier et la police jusqu'à Ste-Justine», précise le docteur Roy.

L'intervention chirurgicale doit être habituellement complétée dans une période maximale de 12 heures pour que l'organe ne soit pas altéré.

Seulement 25 % de la partie gauche du foie de la maman a été retirée pour être implantée à son fils. On a même dû en couper une petite partie. Cet organe a la propriété de se régénérer rapidement.

La greffe sur Jack s'est poursuivie durant huit heures.

Il y avait des risques de mortalité de 0,03 %. C'est très faible, mais les parents sont mis au courant avant de faire leur choix.

Autant la mère que l'enfant pouvaient aussi avoir des saignements, des infections ou des fuites au niveau des voies biliaires.

«J'ai eu un problème avec mes voies biliaires et une jaunisse, raconte Sarah Tessier, mais ce n'est rien.»

Tout est revenu à la normale rapidement. Elle est demeurée hospitalisée durant sept jours au CHUM et Jack pendant un mois au CHU Ste-Justine. Le petit garçon devra prendre des antirejets toute sa vie, mais son nouveau foie pourrait le faire vivre très, très longtemps.

«Pour notre équipe, c'est le quatrième donneur vivant depuis le début du programme de transplantation en 1983, le seul qui existe en pédiatrie au Québec», précise le docteur Lallier.

«On m'aurait dit il faut que tu te jettes dans le feu pour sauver ton fils et je l'aurais fait, s'exclame Sarah Tessier. Pour moi, c'était une décision facile à prendre et je l'aurais aussi fait pour ma fille Alicia qui a 4 ans, si elle en avait eu besoin.»

Gracieuseté de Marie-Christine Genero

En chiffres

Personnes transplantées au Québec en 2017 : 528 grâce à 182 donneurs.

117 foies transplantés, dont 6 provenaient de l'extérieur du Québec.

Au 31 décembre 2017, 786 malades attendaient une greffe, dont 109 un nouveau foie.

Temps d'attente moyen pour une greffe de foie : 184 jours.

Source: Transplant Québec.

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