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Le Musée des beaux-arts du Canada renonce à vendre le Chagall

Agence QMI

Musée des beaux-arts du Canada

Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) renonce finalement à vendre le tableau «La tour Eiffel» de Marc Chagall à la suite de sa récente décision de s'en départir qui avait soulevé un tollé à travers le pays.

Dans une lettre diffusée en soirée jeudi, le MBAC indique accueillir «favorablement les mesures prises par le gouvernement du Québec visant à conserver le tableau "Saint Jérôme entendant la trompette du Jugement dernier" de Jacques-Louis David au Canada».

Rappelons que le MBAC voulait se départir du tableau de Chagall, évalué à plusieurs millions de dollars américains, pour faire l’acquisition du tableau de Jacques-Louis David, ce qui a provoqué une véritable controverse.

Lundi dernier, la ministre québécoise de la Culture, Marie Montpetit, avait décidé d’émettre un avis d’intention de classement pour le tableau du peintre David, détenu par la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Québec, à l’invitation du Musée de la civilisation de Québec et du Musée des beaux-arts de Montréal.

«La décision d’aliéner et de vendre "La tour Eiffel" de Marc Chagall n’a pas été prise à la légère. Elle a fait l’objet d’un examen fondé sur des recherches sérieuses et approfondies réalisées par les conservateurs du Musée, le conseil et ses conseillers externes», a écrit le MBAC, en ajoutant que «puisque le "Saint Jérôme" de David ne risque plus de quitter le pays, le conseil d’administration en est venu à la conclusion qu’il n’est plus nécessaire de vendre "La tour Eiffel" le 15 mai 2018, comme il avait été prévu» chez Christie’s, à New York.

La direction du MBAC affirme enfin: «Nous avons été sensibles aux débats passionnés des derniers jours et nous nous réjouissons de l’attachement du public pour la collection nationale.»

Le retrait de «La tour Eiffel» de la vente de Christie’s ne coûtera pas une fortune au MBAC

La pénalité que le Musée des beaux-arts du Canada pourrait avoir à payer pour retirer son tableau «La tour Eiffel» de la vente de la maison Christie’s à New York le 15 mai, pourrait être relativement peu élevée, ou moins élevée que ce qui a été avancé jusqu’à maintenant.

La pratique chez certaines maisons de vente aux enchères est de réclamer une pénalité de 20 % du montant supérieur de l'évaluation. Dans le cas présent, avec une évaluation prévente de 6 à 9 millions $ US, la pénalité représenterait une somme de 1,8 million $ US.

Mais, il semble que dans les hautes sphères du marché, lorsqu'il est question d'oeuvres de cette valeur et de bons clients – un musée comme celui d’Ottawa pouvant être considéré comme un client privilégié -, les frais d'annulation chutent drastiquement.

Trois experts consultés par l’Agence QMI s’entendent pour dire que le Musée des beaux-arts du Canada pourrait n’avoir à rembourser que les frais de mise en vente du tableau, ceux associés à son transport entre différents pays où il a été montré à des acheteurs potentiels, aux assurances, au dédouanement ou au catalogue.

L’expert et consultant en art, Alain Lacoursière, est d’avis que, pour les tableaux de cette valeur, il peut n’y avoir aucun frais d’annulation, ou alors on ne parle que du remboursement des frais accessoires. «Les grandes maisons de vente aux enchères sont très, très délicates avec les bons clients.»

Un autre consultant en art joint par l’Agence QMI, Stéphane Cauchies, qui œuvre entre Montréal et Bruxelles, va dans le même sens, ajoutant que «ce ne sont que des broutilles par rapport à l’incidence que ça a sur la réputation du Canada en matière de protection d’œuvres d’art».

L’avocate française de renommée internationale, Corinne Hershkovitch, spécialisée dans le marché de l’art, les biens culturels et le patrimoine, sans se prononcer sur un montant de pénalité précis, puisque chaque contrat est négocié à la pièce, a quand même donné une idée de ce dont il pourrait être question. Serait-ce 5000 $, 50 000 $? lui a-t-on demandé au téléphone. «C’est quelque chose entre les deux, [...] ou peut-être pas, c’est à Ottawa d’être diligent dans sa négociation», a répondu l’experte.

Contactée à ce sujet, la maison Christie's a indiqué qu'elle ne commenterait «aucune spéculation de ce genre».

- avec la collaboration de Michel Bellemare

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