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L'Université Laval se tourne vers le «français neutre»

Daphnée Dion-Vine | Agence QMI

Archives Daniel Mallard

Afin de favoriser «l’équité et l’inclusion», la nouvelle administration de l’Université Laval veut privilégier un français «plus neutre», moins axé sur le genre.

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Depuis l’arrivée de la rectrice Sophie D’Amours, l’Université Laval «privilégie» désormais la rédaction épicène pour ses documents institutionnels. Selon sa porte-parole, Andrée-Anne Stewart, ce mode d’écriture vise l’utilisation de formules plus neutres, «non genrées». Plutôt que d’écrire «les étudiants et les étudiantes», on écrira par exemple «la communauté étudiante».

«On est rendu là, en termes de société. On veut inclure tous les membres de notre communauté et les mettre sur le même pied», affirme Mme Stewart.

Cette volonté s’inscrit dans la foulée de la réflexion en cours sur l’intégration des personnes transsexuelles ou non binaires, qui ne s’identifient à aucun des deux sexes, indique-t-elle. La rédaction épicène sera utilisée lors de la mise à jour à venir de tous les documents institutionnels.

Il n’est toutefois pas question pour l’Université Laval d’opter pour des néologismes, précise Mme Stewart. La Presse rapportait récemment qu’un groupe de militants de l’UQAM tente de convaincre des professeurs d’opter pour de nouvelles formules «dégenrées».

Rien de nouveau

Selon la lexicographe Marie-Éva de Villers, auteure du Multidictionnaire, l’administration universitaire semble vouloir franchir une «étape de plus» en souhaitant avoir recours à des «périphrases».

Mme de Villers précise toutefois que la rédaction épicène, qui est loin d’être nouvelle, n’est pas non genrée ou asexuée. «À la base, ce n’est pas tout à fait ça. Rendre la langue totalement neutre, c’est impossible en français», affirme-t-elle.

La rédaction épicène est utilisée au Québec depuis au moins deux décennies, indique Mme de Villers. Ce mode d’écriture vise à offrir une égale représentation des femmes et des hommes dans un texte, selon la définition de l’Office québécois de la langue française, qui en fait la promotion.

Les politiciens qui s’adressent depuis des années aux «Québécois et Québécoises» utilisent une formule associée à l’écriture épicène, dans un souci de respect de l’égalité des sexes.

Or, le débat en cours sur l’intégration au niveau de la langue des personnes trans ou non binaires est un «deuxième débat» qui «devient vraiment poussé», estime Mme de Villers.

«Dans le cas des femmes et des hommes, ça concernait quand même 50 % de la population. Dans le cas des communautés LGBT, ça concerne une fraction minime de la population», souligne-t-elle.

«Pas vers l’avant»

Sur le campus, la Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL) se réjouit de ce «pas vers l’avant» fait par l’administration universitaire. «On croit que l’inclusivité est importante», affirme son président, Mathieu Montégiani.

De son côté, le Groupe gai de l’Université Laval, qui comprend un comité Action Trans, a refusé de commenter, préférant ne pas «s’immiscer dans cette réflexion».

Au syndicat des professeurs de l’Université Laval, une réflexion est aussi en cours à ce sujet, indique son président, John Kingma.

«Est-ce qu’on va essayer de suivre cette volonté dans nos conventions collectives? On réfléchit là-dessus. On n’a pas le choix, c’est un débat sociétal».

60 toilettes non genrées sur le campus

Une soixantaine de toilettes «non genrées» seront accessibles sur le campus de l’Université Laval ce printemps, afin de favoriser l’inclusion des personnes transgenres ou «non binaires».

Cet automne, à la suite d’une demande du Groupe gai de l’Université Laval, l’Université a procédé à une «analyse de l’inventaire de ses toilettes» afin de faire un portrait de la situation et de déterminer lesquelles pouvaient être «converties» rapidement en toilettes neutres, accessibles à tous, peu importe le genre, indique la porte-parole, Andrée-Anne Stewart.

Conversion en cours

Résultat: 39 toilettes étaient déjà accessibles à tous et 21 toilettes peuvent être rapidement converties en toilettes universelles.

«Cette conversion est en cours», indique Mme Stewart. Au cours des prochaines semaines, un total de 60 toilettes neutres situées dans les 14 pavillons les plus fréquentés du campus seront accessibles, précise-t-elle.

L’identification des toilettes existantes sera par ailleurs modifiée. Plutôt que d’être identifiées par des pictogrammes «homme» et «femme», seul le mot «toilette» sera tout simplement inscrit sur la porte. Par la suite, l’administration universitaire tentera d’identifier d’autres toilettes qui peuvent être converties à moyen terme dans d’autres pavillons, afin que ce type d’installation soit encore plus répandu sur le campus.

Ce projet a été mené en collaboration avec le Groupe gai de l’Université Laval, qui a toutefois refusé de répondre à nos questions à ce sujet.

«Le respect des diversités et l’inclusion sont des valeurs très importantes pour la direction de l’Université Laval», indique de son côté Mme Stewart.

L’accessibilité à des toilettes neutres fait partie des mesures à mettre en place pour soutenir les élèves et les étudiants transgenres, selon un guide conçu pour les établissements d’enseignement publié en janvier.

Rédigé par une vingtaine de partenaires, dont le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ce guide rappelle aux écoles, cégeps et universités qu’ils ont la responsabilité d’assurer le bien-être de tous leurs élèves, alors que plusieurs transgenres sont victimes d’intimidation et de violence.

Un langage plus neutre à l’UL

4 exemples de formules neutres utilisées dans le plan stratégique

«Communauté étudiante»

«Générations étudiantes»

«Personnel enseignant»

«Figures de proue de la recherche internationale»

À la CADEUL, l’association qui représente les étudiants de premier cycle, la politique de féminisation adoptée il y a trois ans met plutôt de l’avant la formule «un-e étudiant-e» dans la rédaction de ses documents.

Proposition venue de l’UQAM

Néologismes présentés à des professeurs de l’UQAM par un groupe d’étudiants militants

Noms «contributeurices»

Adjectifs «heureuxe», «nombreuxes»

Pronoms «ille», «iel», «celleux et ceuzes»

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