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«J'ai peur de vivre dans un CHSLD»

Andrée Ducharme | TVA Nouvelles

Des résidents disent craindre les conséquences du manque de personnel dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée.

Atteint de dystrophie musculaire, Daniel Pilote a d'ailleurs lancé un cri d'alarme sur les réseaux sociaux en début de semaine.

«Chers résidents et résidentes, à votre place j'aurais peur de résider dans un CHSLD. J'ai peur de certaines erreurs ou manque de soins,» lance le résident de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Selon M. Pilote, le personnel fait de son mieux dans les conditions actuelles, mais il dit avoir constaté une dégradation des soins.

La nuit, par exemple, une seule infirmière est responsable de 111 résidents: «Imaginez-vous s'il arrive quoi que ce soit.»

M. Pilote rapporte que le 1er mai, un résident souffrant de troubles respiratoires est décédé, deux jours après s'être plaint de soins inadéquats et d'avoir manqué d'air.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre assure ne pas avoir coupé de postes, mais dit devoir faire face à une pénurie de main-d'oeuvre, plus spécifiquement pour les préposés aux bénéficiaires et les infirmières.

Mais ce ne serait pas un cas isolé, selon Paul Brunet du Conseil pour la protection des malades. «Il y a du monde lourdement handicapé qui craint pour sa vie, littéralement, parce que les soins ne sont pas au rendez-vous. Et il arrive des décès à cause du manque de soins, justement.»

«On a coupé un milliard dans le réseau de la santé, d'ajouter M. Brunet, les soins de longue durée y ont aussi goûté et on entend des plaintes de partout sur le manque de personnel et le manque dans la façon d'accueillir et de soigner les gens.»

Trente-sept mille Québécois vivent en CHSLD. Et, la semaine dernière, le tribunal d'arbitrage ordonnait à un établissement de Montréal d'embaucher une dizaine d'employés additionnels, des infirmières et des préposés, pour offrir des soins adéquats.

«Le niveau de soins dispensés aux résidents souffrait de carences difficilement acceptables,» explique l'avocat Richard Bertrand dans sa décision.

Plusieurs groupes de pression, des syndicats du réseau de la santé et les partis d'opposition à Québec dénoncent les lacunes dans les centres d'hébergement depuis des années. L'automne dernier, la pression populaire a forcé le gouvernement à autoriser un deuxième bain par semaine.

«C'est bien beau donner deux bains, dit Daniel Pilote. Mais s'il n'y a pas plus de ressources pour les donner... Je sens une pression additionnelle.»

Pour assurer la protection des personnes hébergées, M. Pilote et le Conseil pour la protection des malades sont convaincus que Québec devrait s'inspirer de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.

Ces provinces ont légiféré pour définir les milieux de vie et établir les normes minimales que tous les établissements doivent respecter, à défaut de quoi ils s'exposent à des sanctions.

«Il faut que nos dirigeants soient à l'écoute et puis qu'ils exécutent», conclut M. Pilote.

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