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Timide relance du cinéma québécois

 - Agence QMI

ART-CINEMA-BEAUBIEN

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Malgré une année 2017 au-delà des espérances, grâce au succès remporté par les suites des comédies «Bon Cop Bad Cop» et «De père en flic», la majorité des films québécois qui ont pris l’affiche sur grand écran au cours des quatre dernières années n’ont pas réussi à trouver leur public.

Tel est le constat d’une compilation effectuée par «Le Journal de Montréal» à partir des informations publiques contenues dans les rapports de la SODEC et Téléfilm Canada ainsi que sur le site de l’Observatoire de la culture et des communications.

Sauf exception, les films tournés au Québec sont financés en bonne partie par vos impôts. Les sommes transitent principalement par la SODEC et Téléfilm Canada, des organismes dont le travail est d’évaluer quels longs métrages obtiendront du financement parmi les dizaines de projets qui leur sont soumis chaque année.

Les Québécois en ont-ils pour leur argent? C’est ce que «Le Journal» a voulu examiner.

De 2014 à aujourd’hui, les deux organismes subventionnaires ont versé 212 millions $ pour la production et la mise en marché de films, qui ont amassé des recettes de 52 millions $.

Même si la part de marché a réussi à se maintenir au-dessus­­­ des 5 %, avec une pointe à 7,2 % en 2015, les années 2014 à 2016 ont été difficiles en matière de fréquentation si l’on compare les résultats avec la somme des investissements publics.

Comme c’est le cas partout dans le monde, le cinéma d’auteur québécois reste largement snobé par le grand public.

«Qu’est-ce qui marche vraiment en salles aujourd’hui? Ce sont les blockbusters américains et les films de super­héros de Marvel. Sauf exception, c’est ce genre de films là qui remplit les salles de cinéma. Les films d’auteur indépendants font leur vie autrement», observe l’ex-présidente de la SODEC, Monique Simard.

Des hauts et des bas

Le portrait est moins sombre depuis un an. Avec une part de marché de 13,3 %, le cinéma québécois a connu, en 2017, sa meilleure année en 10 ans. Ce regain de vie est attribuable au triomphe d’une poignée de films populaires qui ont eu un effet d’entraînement, dit le producteur Christian Larouche.

«Bien sûr, les suites de films comme "De père en flic 2", et "Bon Cop Bad Cop 2" ont bien marché, mais il y a aussi eu des films d’auteur qui ont trouvé leur public.»

Malgré ces rares succès, beaucoup de films ne trouvent pas leur public. Dans notre analyse de 70 films subventionnés, on retrouve une dizaine de films qui ont reçu une aide de plus de 1,5 millions $ et qui ont attiré moins de 10 000 spectateurs.

Le coloré Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de cinémas du même nom, croit qu’on doit revoir la distribution des subventions.

«Qu’un film fasse 500 000 $, c’est quand même 50 000 Québécois qui l’ont vu. Mais il y a des films qui font du 50 000 $. Il faut se demander à quoi pensait la personne qui a dit qu’on leur donne de l’argent. Et quand le même cinéaste est financé une deuxième ou une troisième fois pis que ses films ne font pas mieux, c’est quoi la joke?»

Le succès de «La Bolduc»

Ce sera intéressant d’observer si «La Bolduc», qui connaît un beau succès ce printemps avec des recettes dépassant les 2 millions de dollars, profitera aux autres films québécois qui sortiront en 2018.

Quelques titres annoncés pour l’été pourraient faire courir les foules, dont la comédie «1991», de Ricardo Trogi, et le nouveau film de Denys Arcand, avec Maripier Morin dans son premier rôle au cinéma. Dans les premiers mois de 2018, notre cinéma maintient une part de marché respectable de plus de 8 %.

– Avec la collaboration de Maxime Demers

Financement public du cinéma

Subventions accordées par la SODEC et Téléfilm Canada

2017-2018: à déterminer

2016-2017: 54 millions $

2015-2016: 53,6 millions $

2014-2015: 44,7 millions$

2013-2014: 59,3 millions $

Total: 211,7 millions $

Source: Observatoire de la culture et des communications du Québec

Box-office des films québécois de 2014 à 2018

2018

Entrées: 412 407 (au 29 mars)

Part de marché: 8,5 % (au 29 mars)

Revenus 3,2 millions $ (au 22 mars)

2017

Entrées: 2 591 355

Part de marché: 13,3 %

Revenus: 19,6 millions $

2016

Entrées: 1 169 459

Part de marché: 6,3 %

Revenus: 8,7 millions $

2015

Entrées: 1 564 839

Part de marché: 7,8 %

Revenus: 11,5 millions $

2014

Entrées: 1 268 792

Part de marché: 6,7 %

Revenus: 9,2 millions $

Total

Entrées: 7 006 852

Revenus: 52,3 millions $

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