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Une première clinique pour les victimes du «trauma complexe»

 - Agence QMI

DIDIER DESBUSSCHÈRE - AGENCE QMI

Une première clinique de psychologie se consacrera à partir de l’été, à Québec, aux personnes souffrant d’un «trauma complexe», un mal invisible qui ronge les victimes de sévices sexuels ou d’autres formes de maltraitance.

Les instigateurs du projet, deux jeunes diplômés de l’Université Laval, expliquent de quelle manière les agressions sexuelles, mais aussi le harcèlement, la négligence durant l’enfance, l’intimidation ou encore la violence conjugale peuvent plonger, des années plus tard, les victimes dans de lourdes difficultés relationnelles.

«Il se passe des choses qui ne vont pas dans leur relation et par rapport à leur estime d’eux-mêmes. Ils n’arrivent pas à garder un emploi à long terme, à garder une relation de couple à long terme, ou ils ont toujours les mêmes difficultés en relation», énumère Thomas Lapointe.

Appelé «trauma complexe» ou «trauma relationnel», ce trouble qui serait encore plus fréquent que le choc post-traumatique, mais pourtant moins connu, a fait son apparition dans la littérature scientifique il y a une dizaine d’années. Un trouble pour lequel les diagnostics risquent de se multiplier alors que les langues se délient en matière d’agression sexuelle.

«C’est comme si dans la dernière année et demie, il y a un tabou qui se lève tranquillement», observe M. Lapointe au sujet du mouvement #MoiAussi. Toutefois, les abus sexuels ne sont qu’un type de maltraitance pouvant mener au trauma complexe, précise-t-il.

Un centre d’expertise

Malgré la diversité des services psychologiques offerts dans la région de Québec, aucun établissement n’en avait fait à ce jour sa spécialité. Ce à quoi M. Lapointe et son acolyte, Sarah Blais-Lecours, espèrent remédier avec l’ouverture imminente du Centre de psychologie de la Cité, sur l’avenue Belvédère.

«C’est une pathologie où le traitement s’inscrit quand même sur un nombre de séances peut-être plus élevé que ce qu’il est possible d’avoir au CLSC ou dans d’autres milieux publics. Le nom le dit, c’est un trauma qui est complexe», souligne Mme Blais-Lecours.

Les cofondateurs, épaulés par les professeures titulaires de l’Université Laval Karin Ensink et Lina Normandin, espèrent faire de leur clinique un «centre d’expertise» qui pourra faciliter l’identification des personnes souffrant d’un «trauma complexe». Ils imaginent aussi un lieu où les professionnels pourront partager leurs connaissances et peaufiner les protocoles d’intervention.

«En pratique privée, souvent, les gens travaillent en silo. Là, ce qu’on souhaite, c’est de rassembler une équipe qui va pouvoir soutenir la demande et accompagner diverses clientèles», indique Mme Blais-Lecours.

Le projet s’est déjà illustré dans le cadre du Défi OSEntreprendre 2018, où les entrepreneurs ont reçu un prix dans la catégorie Services aux individus.

Ouverture en juin

La clinique commencera graduellement ses activités en juin, en vue d’un lancement officiel au début de l’automne.

En plus de sa spécialité, on y trouvera des services généraux d’évaluation psychologique et de psychothérapie, ainsi qu’un volet de services dédié aux enfants en contexte de divorce.

Des chiffres alarmants

5806: Nombre d’agressions sexuelles et autres infractions d’ordre sexuel rapportées aux corps de police en 2015.

10,4 %: Augmentation des infractions déclarées de 2014 à 2015.

49,8 %: Près de la moitié des victimes d’agressions sexuelles sont mineures.

- Source: Ministère de la Sécurité publique du Québec