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Le héros a eu «le courage de faire ce que tout le monde devrait faire»

***Revoyez le sauvetage spectaculaire dans la vidéo ci-dessus.****

Mamoudou Gassama, le Malien sans-papiers qui a sauvé la vie d'un enfant, est considéré comme un héros, «quelqu'un qui a le courage de faire ce que tout le monde devrait faire, mais que la plupart n'ose pas faire», analyse la philosophe Adèle Van Reeth.

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«Le courage s'apprend. Et peut s'apprendre par des modèles littéraires ou de la vie réelle. D'où l'importance de parler des actes héroïques comme celui de Mamoudou Gassama», explique la productrice et animatrice sur France Culture de l'émission «Les Chemins de la philosophie».

Q : La qualité de héros est-elle indissociable de l'idée de courage?

R: «La notion même de héros implique celle de courage. Peut-être même qu'elle n'a pas d'autre sens. Ce qu'on appelle un héros c'est quelqu'un qui a le courage de faire ce que tout le monde devrait faire, mais que la plupart n'osent pas faire.

C'est ce qu'on peut se dire à propos de l'acte de Mamoudou Gassama.

On en fait un héros parce qu'il est le seul à l'avoir fait. C'est ce qui distingue le héros des autres. Ce n'est pas tant ses aptitudes physiques, même si bien sûr il faut de l'agilité pour escalader un balcon.

Le courage, c'est oser passer de l'idée à l'action, un accord entre les idées, les intuitions, les envies – ‘’tiens je devrais aller le sauver’’ - et le passage à l'acte. Il y a aussi de l'aveuglement. Le courage, c'est oser affronter une situation dont on ne connaît pas l'issue. Il y a une part d'inconscience. S'il s'était trop posé la question, il ne l'aurait peut-être pas fait.»

Q: A-t-on besoin de héros aujourd'hui plus que dans le passé ?

R: «Je ne crois pas. Depuis l'histoire de l'humanité, les hommes et les femmes se sont construits sur la figure du héros. Les premiers écrits de fiction sont l'Illiade et l'Odyssée, dernier récit où le héros Ulysse surmonte des épreuves.

Le héros est nécessaire à la société et à l'individu parce que c'est celui qui nous fait tendre vers un but. Puisque le héros l'a fait, alors peut-être pouvons-nous le faire. Mais les héros ne sont pas des super-héros, ils n'ont pas de supers-pouvoirs. Le héros est quelqu'un comme nous qui a réussi a faire ce qu'il devait faire. Donc on peut s'identifier à lui».

Q: Que faut-il pour avoir du courage ?

R: «Une part d'inconscience. Ou de croyance. Dans le cas d'Arnaud Beltrame. C'est peut-être sa foi qui lui a permis de prendre la place d'un otage. Pour M. Gassama, c'est peut-être l'instinct de survie. Il a vu cet enfant, cela lui était insoutenable, il n'a pas hésité. En tout cas ce n'est pas la conclusion d'un raisonnement, ni la connaissance qui permettent d'agir.

C'est ce petit quelque chose qui fait qu'on passe à l'action. Ensuite, les expériences de la vie peuvent nous inciter à agir. M. Gassama, qui est sans-papiers, a peut-être traversé des moments difficiles pour arriver en France.

Personne n'est courageux de naissance. Le courage s'apprend. Et il peut précisément s'apprendre par les modèles littéraires ou de la vie réelle, d'où l'importance de parler des actes héroïques comme celui-là. On ne peut pas dire que certains sont des héros et d'autres pas, sinon c'est condamner ceux qui ne le sont pas à ne jamais l'être.»

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