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L’intimidation, plus difficile à surmonter qu’un séisme

Thara Louis-Jeune, âgée de 18 ans, sourit aujourd’hui à la vie malgré les nombreux obstacles rencontrés sur son chemin.

PHOTO AGENCE QMI, DARIO AYALA

Thara Louis-Jeune, âgée de 18 ans, sourit aujourd’hui à la vie malgré les nombreux obstacles rencontrés sur son chemin.

Miraculée du tremblement de terre d’Haïti, une Montréalaise d’adoption se dit plus marquée par l’intimidation qu’elle a vécue au secondaire à son arrivée ici. Elle aimerait maintenant que son parcours inspire d’autres jeunes à ne pas abandonner malgré les difficultés.

Thara Louis-Jeune recevra dimanche une bourse de 200 $ des mains du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, pour sa persévérance scolaire.

Persévérante certes, mais Thara se décrit avant tout comme une survivante et pas seulement parce qu’elle a failli y passer quand la terre s’est mise à trembler à Port-au-Prince le 12 janvier 2010.

«Ce soir-là, le toit de mon école s’est effondré. J’étais supposée être là, mais ma professeure était malade», raconte la jeune femme aujourd’hui âgée de 18 ans, étonnamment détachée lorsqu’elle parle de la catastrophe naturelle qui a pourtant mis sa famille à la rue.

Pour Thara, le véritable séisme commence quand elle met le pied à Montréal, un an plus tard.

«Je n’ai même pas eu le temps de dire au revoir à mes amis. Le 19 mars, mon père m’apprenait que je déménageais et deux jours plus tard, un de mes oncles, que je n’avais jamais vu de ma vie, venait nous chercher à l’aéroport», se souvient celle qui n’a connu le froid et la neige qu’en sortant de l’avion en espadrilles et en coton ouaté.

Accueil glacial

À sa nouvelle école, l’accueil sera encore plus glacial.

«J’étais nouvelle et j’étais très vulnérable. J’ai tout de suite été prise pour cible par les autres élèves», regrette Thara, la voix soudainement éraillée et le regard baissé.

Durant sa première année de secondaire, elle a vécu «l’enfer». Tellement qu’elle mangeait dans les couloirs pour éviter les moqueries. Un midi, on l’aspergera d’urine. Un autre, elle sera rouée de coups jusqu’à en faire une commotion cérébrale.

«J’avais honte. Je ne voulais pas embarrasser mon père. On venait d’arriver ici et je me disais qu’il avait des problèmes plus graves», s’entêtait à penser Thara dont les bras portent encore les cicatrices de ses nombreuses tentatives de suicide.

Aujourd’hui, elle a repris goût à la vie, grâce notamment à son engagement avec les cadets. Il y a toujours de la lumière au bout du tunnel, assure-t-elle aux jeunes en difficulté. Aux intimidateurs, elle a également un message à passer.

«Pourquoi vous faites ça? On reste marqué à vie. Peut-être qu’un jour, c’est vous qui allez avoir besoin de nous. La roue tourne», médite celle qui ambitionne de devenir inhalothérapeute.

Nouvel obstacle

Pour y arriver, elle doit mettre les bouchées doubles. Chaque matin, Thara se lève à 5 h pour se rendre à l’école pour adultes où elle termine ses cours de maths fortes et de chimie. Puis, le soir, elle se rend au cégep à l’autre bout de la ville pour suivre ses cours de base.

Mais voilà qu’il y a une nouvelle ombre au tableau. Depuis octobre, elle est gravement malade et accumule les aller-retour à l’hôpital, toujours en attente d’un diagnostic.

«Des fois, j’ai le goût de tout lâcher, mais je ne peux pas avoir fait tout ça pour rien», lance Thara Louis-Jeune, qui ne rêve que d’avoir «une année scolaire normale».

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