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Sa passion pour l’alimentation et son désir d’aider les autres

Sœur Angèle: «Je suis contente d’être encore là»

François Hamel | Agence QMI

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TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Soeur Angèle, née Angiola Rizzardo, a vraiment un parcours unique. La dame, qui s’est créé une belle place dans le coeur des Québécois, a su allier sa foi, sa passion pour l’alimentation et son désir d’aider les autres.

Elle a donné des cours de cuisine un peu partout dans le monde et a rencontré en personne non pas un, mais sept papes. Elle a aussi vécu la dernière guerre mondiale de très près. Même si elle deviendra bientôt octogénaire, Sœur Angèle déborde d’énergie. Encore aujourd’hui, rien ne semble pouvoir l’arrêter dans les missions de vie qu’elle s’est données.

Soeur Angèle, vous aurez 80 ans le 11 août. Comment vous portez-vous?
Mieux que jamais! Parce que, maintenant, j’ai moins de pression qu’à l’époque où, par exemple, je coanimais l’émission «La fourchette d’or», avec Guy Boucher. Il fallait tout préparer, partir tôt, faire les présentations, penser à tout. Parfois, je me demande comment j’ai pu le faire. Après, entre autres choses, j’ai animé «Les 7 jours de Soeur Angèle». J’enregistrais sept émissions au cours de la même journée, à Ottawa. C’était de la folie pure! Aujourd’hui, je ne participe qu’à «La victoire de l’amour», qui est diffusée à TVA.

Vous vous sentez en forme?
Oui, surtout après tout ce que j’ai traversé, avec la maladie «C».

Vous faites référence au cancer dont vous avez été atteinte au début de 2012. C’est un nom de maladie que vous n’aimez pas prononcer...
Non. Aujourd’hui, je suis correcte. Je prépare ma cuisine, je fais mes petites affaires.

Qu’est-ce qui vous occupe?
J’ai démarré plusieurs projets pour la Fondation Sœur Angèle, étant donné que nous manquons de cuisiniers au Québec.

Comment expliquez-vous cela?
Les jeunes ne veulent plus étudier dans ce domaine-là. Moi, je veux valoriser ceux qui le font. J’ai récemment participé à une tournée dans les cinq écoles d’hôtellerie québécoises.
Aussi, pour chaque kilogramme vendu du fromage Le Sœur Angèle, offert un peu partout, un dollar est remis à ma fondation. (Celle-ci vient en aide aux jeunes d’âge scolaire qui vivent des difficultés de développement et d’intégration, en leur permettant de s’engager dans un programme d’apprentissage culinaire pour développer un sentiment de fierté.)

La Fondation Soeur Angèle, était-ce votre idée?
Oui. Je me suis dit que, lorsque je mourrai, tout ce qui m’anime pourrait tomber. Pour moi, il faut toujours donner quelque chose. Ma fondation, je sais qu’elle va rester. Je voulais qu’on puisse continuer à donner aux gens, mais pas par l’intermédiaire de bourses individuelles. Par exemple, donner à des écoles qui connaissent leurs étudiants dans le besoin ou à des élèves en cuisine, parce que c’est ma profession. Moi, j’ai concocté des milliers et des milliers de recettes depuis que je suis au Québec.

Depuis combien d’années êtes-vous ici?
Depuis 63 ans. D’ailleurs, j’ai fêté mon 60e anniversaire de vie religieuse l’an dernier. Encore aujourd’hui, je fais différentes rencontres et je donne des conférences. J’ai reçu un mot d’une jeune oeuvrant en pâtisserie. Elle m’a écrit que le message que je lui avais livré l’avait aidée à poursuivre ses études. Juste ça, pour moi, c’est parfait.

Vous mettez en pratique le vieil adage «Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson».
Je veux intéresser les jeunes à faire quelque chose. Rien n’est sans importance ni commun. Quelqu’un qui passe la moppe, je dis qu’il est «moppologiste». Ce qui manque au Québec, c’est la valorisation du travail manuel. Puis préparer des repas, ça fait partie des gestes à poser pour être en santé. Je continue à donner des trucs culinaires, notamment pour éviter de perdre les aliments et bien les conserver. Au Québec, on en jette tellement!

Le faites-vous dans le cadre de conférences?
Oui, j’en donne un peu partout. Récemment, j’étais dans un centre communautaire. Certaines semaines, je suis à l’extérieur sept jours sur sept. J’ai à coeur de donner aux gens des valeurs de base. Le bonheur selon Sœur Angèle, c’est commencer par soi. J’ai d’ailleurs écrit un livre à ce sujet, avec Rosette Pipar: «Le bonheur d’être soi... selon Soeur Angèle». Ce projet s’est inspiré de toutes les questions que les gens m’ont posées à travers les années. On me demandait souvent comment j’avais fait pour passer à travers... — je vais dire le mot — le cancer. Eh bien, grâce à la volonté.

Et vous restez très active!
Oui. L’an dernier, j’ai lancé «Merci Mamma!», que j’ai écrit une fois de plus avec Rosette Pipar, un livre qui met en valeur les attraits touristiques de la Vénétie, région où je suis née, et qui renferme toutes les recettes de ma mère. Alors, en réalité, je travaille encore sept jours sur sept et je dors environ quatre heures par nuit. J’ai aussi fondé une chorale.

Qu’en est-il de ce projet?
La cuisine en chansons existe depuis 2013. J’ai regroupé autour de moi des cuisiniers qui chantent et nous allons notamment dans les résidences pour personnes âgées, toujours dans le but d’amasser des fonds pour ma fondation, afin d’aider les plus démunis.

Quel bilan faites-vous de votre vie?
Tout d’abord, je suis contente d’être encore là. Moi, tout ce que je veux, c’est de continuer à semer des petites graines d’amour, ici et un peu partout dans le monde. Au mois de juillet, je me rendrai d’ailleurs à Cuba, encore une fois pour y donner des cours. Moi, je me suis dit et je me dis encore: «Semons de l’amour.» Pour moi, l’important, ce n’est pas «Dis-moi ce que tu fais», c’est «Dis-moi qui tu es».

Alors, qui est Soeur Angèle?
Soeur Angèle, c’est la petite soeur de tout le monde, des petits comme des grands. Je n’ai jamais vu quelqu’un devenir triste à mon contact.

Donner de la joie, est-ce votre mission?
Je pense que oui. Donner de la joie et donner le goût de faire des choses. Moi, j’aime cuisiner parce que je suis une créative. En plus, la cuisine, c’est la santé. Les hommes? Ils devraient s’y adonner davantage. Parce que ça détend! Puis ça nettoie le cerveau.

Nourrissez-vous de nouveaux projets?
Oui. De nouveau avec Rosette Pipar, je veux écrire à propos de mes 10 dernières années. J’ai connu la maladie «C», oui, mais par la suite, j’ai aussi été nommée membre de l’Ordre du Canada et chevalière de l’Ordre du Québec. À bien y penser, c’est comme si tout le monde s’attendait à ce que je meure!

Son livre «Merci Mamma!: Recettes, anecdotes et attraits touristiques de la Vénétie», paru en 2017, est en librairie. Elle est de l’émission «La victoire de l’amour», le dimanche, à 5 h 30 et 12 h 30, à TVA. Pour connaître les activités de Soeur Angèle, suivez-la sur sa page Facebook.