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Ottawa préoccupé par l’absence de grutiers au pont Champlain

Hugo Joncas | Agence QMI

Infrastructure Canada s’inquiète du risque de voir le chantier du nouveau pont Champlain paralysé par l’absence des grutiers et dit surveiller la situation de près avec le constructeur.

«Quelque action sujette à affecter les travaux nous préoccupe et à cet effet nous sommes en discussion constante avec le consortium Signature sur le Saint-Laurent», écrit le directeur des affaires parlementaires du ministère responsable des travaux, Brook Simpson.

Il rappelle que le constructeur «a la responsabilité de la construction et des relations de travail sur le chantier».

Nos sources confirment qu’aucun grutier n’est sur place pour poursuivre les travaux. La Commission de la construction du Québec (CCQ) enquête sur une possible grève illégale, alors que Signature sur le Saint-Laurent (SSL) tente tant bien que mal de rattraper son retard sur l’échéancier.

«Notre partenaire cherche tout de même à faire avancer les travaux selon la planification prévue», écrit Brook Simpson. L’objectif est toujours de terminer le pont pour le 21 décembre prochain.

Infrastructure Canada croit qu’il est trop tôt pour mesurer l’impact de l’absence des grutiers.

Les conséquences sur le déroulement des travaux sont graves, assure de son côté un cadre qui se trouve sur place. «Moi, j’ai peut-être pour deux jours d’ouvrage et, après, plus rien, dit le contremaître, qui désire rester anonyme parce qu’il n’a pas l’autorisation de parler. Ça peut paralyser le chantier, carrément, d’ici quelques jours.»

Selon nos informations, la situation est particulièrement critique dans la section du pylône central, autour du grand mât qui domine le futur segment à haubans, au-dessus de la voie maritime du Saint-Laurent.

Les travailleurs devaient commencer hier à installer la quatrième des 15 sections du pont suspendu, mais l’absence des grutiers les en a empêchés.

Le constructeur du pont, Signature sur le Saint-Laurent (SSL), n’a pas voulu commenter la situation.

Enquête en cours

«L’enquête de la CCQ se poursuit», dit Mélanie Malenfant, chef des relations publiques de l’organisme qui supervise l’industrie de la construction au Québec.

De son côté, le syndicat FTQ-Construction des grutiers assurait hier dans un communiqué «qu’il n’y a aucune grève illégale» de ses travailleurs sur les chantiers du Québec.

«Cependant, depuis plusieurs semaines, des inspecteurs de la CCQ surveillent en permanence les faits et gestes des grutiers, allant même jusqu’à chronométrer leurs allées et venues», est-il affirmé dans le communiqué qu’a rédigé la firme de relations publiques Tesla.

«La surveillance intensive par la CCQ s’apparente plus à une opération de harcèlement qu’à une mesure visant à assurer le respect de la convention collective», ajoute-t-on.

Le local 791G de la FTQ-Construction affirme aussi que le constructeur du nouveau pont, SSL, a décrété jeudi «l’arrêt des opérations, en raison des intempéries, sans respecter la convention collective, laquelle prévoit que les grutiers doivent être payés un minimum de cinq heures lorsque les opérations sont arrêtées en raison des intempéries».

Aujourd’hui, vendredi, un soleil radieux domine le chantier, mais les grutiers sont toujours absents.

Selon nos informations, les travailleurs affiliés à l’autre syndicat de grutiers présent au nouveau pont Champlain, le local 905 de l’Union internationale des opérateurs-ingénieurs, sont également absents.

Les dirigeants soutiennent cependant qu’ils n’encouragent pas leurs membres à faire la grève, même s’ils appuient les revendications de la FTQ, qui s’oppose aux nouvelles règles touchant les grutiers.

«Nous comprenons et partageons l’opposition des grutiers au nouveau règlement sur la formation, lit-on dans un communiqué transmis à notre Bureau d’enquête jeudi soir. Cependant, nous ne recommandons ni n’appuyons aucun geste illégal de la part des travailleurs.»

Nouvelles règles contestées

Le 7 juin, notre Bureau d’enquête rapportait que le local 791G déclencherait deux jours plus tard une grève des heures supplémentaires, qui s’est concrétisée sur le terrain. Un mot d’ordre de grève complète a également circulé pour le lundi 18 juin, mais les grutiers étaient déjà absents le 14 et aujourd’hui.

Les grutiers de la FTQ veulent ainsi protester contre les récents changements des règles concernant leur métier, entrées en vigueur le 14 mai. Elles permettent notamment aux travailleurs qui ne sont pas des grutiers de manœuvrer de petits camions-flèches (boom trucks).

Les nouvelles règles élargissent aussi le recours à des travailleurs qui n’ont pas obtenu de diplôme d’études professionnelles de grutier.

La CCQ rappelle que la loi «interdit formellement à quiconque d’ordonner, d’encourager ou d’appuyer une grève, un ralentissement de travail ou un lock-out, ou d’y prendre part, pendant la durée des conventions collectives».

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