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Finis les professeurs devant la classe

Thomas Fafard et Émmanuel Duval installés sur une banquette durant un cours au Collège Saint-Bernard.

collaboration spéciale caroline lepage

Thomas Fafard et Émmanuel Duval installés sur une banquette durant un cours au Collège Saint-Bernard.

Un collège privé du Centre-du-Québec réinvente l’école en remplaçant les pupitres, les tableaux et les cours magistraux par des espaces modernes où les élèves apprennent à leur rythme, encadrés par des «coachs».

Depuis septembre, le Collège Saint-Bernard de Drummondville a entrepris une révolution en éducation, si bien que des chercheurs se pencheront bientôt sur ce modèle.

Le Collège a détruit sept classes pour créer trois grands espaces qu’il appelle «zones innovantes».

Des tables, des banquettes et des coussins remplacent les pupitres, alors que les vitres et les portes servent de tableaux pour écrire.

Quelque 180 élèves de 1re, 2e et 3e secondaire circulent librement, consultent leur téléphone, peuvent écouter leur musique et travaillent à leur rythme sur leur ordinateur.

D’ici trois ans, tous les élèves des niveaux primaire et secondaire de l’école fonctionneront de cette façon. La transformation des classes se réalisera sans aucune subvention gouvernementale, grâce aux entreprises privées qui investiront 2,1 millions $.

«Coaching» personnalisé

Cette année, six enseignants ont accepté de jouer le rôle de «coach» pour les élèves qu’ils suivront pendant trois ans. Plutôt que de faire leur «one man show» devant la classe, ils répondent à leurs questions et les orientent.

Le modèle s’inspire des écoles alternatives, avec un encadrement plus rigoureux. Chaque semaine, les jeunes organisent leur horaire selon leurs activités sportives ou artistiques.

«Ils ont des objectifs à atteindre comme au travail», souligne le directeur du Collège Saint-Bernard, Dominic Guévin.

Ils ont régulièrement des comptes à rendre à leurs coachs, qui s’assurent que les acquis sont consolidés.

Les jeunes sont soumis à des examens périodiques pour s’assurer que leur apprentissage répond aux exigences du ministère de l’Éducation.

À son rythme

D’après M. Guévin, ce modèle est plus exigeant pour les étudiants, qui sont plus engagés dans leur réussite.

«Avant, le prof était l’encyclopédie qui transmettait les connaissances. Ce n’est plus ça notre rôle. Maintenant, l’information est disponible partout», exprime Julie-Michèle Dauphinais, enseignante en anglais.

Ce modèle permet à chacun de progresser selon ses capacités, alors que les cours magistraux forcent les profs à enseigner au rythme de l’étudiant moyen.

«Je peux faire mes affaires seule, au lieu d’attendre après un prof qui explique ce que je comprends déjà», partage Florence Richard, étudiante en 1re secondaire.Surtout bon pour les hyperactifs

Huit mois après avoir été implanté, le modèle des «zones innovantes» a beaucoup de succès auprès des élèves hyperactifs, qui réussissent mieux.

Le directeur général du Collège Saint-Bernard, Dominic Guévin, constate que les élèves qui excellaient avec les cours magistraux sont demeurés aussi performants.

Mais l’impact positif est surtout observé chez les élèves qui ont de la difficulté à écouter un enseignant durant de longues heures.

Depuis l’arrivée de cette méthode, le collège privé accueille régulièrement des «touristes scolaires» qui viennent explorer le modèle.

Des pourparlers sont en cours avec un centre de recherche universitaire afin d’évaluer la réussite éducative de cette technique unique au Québec.

Récompense

M. Guévin assure que ces «zones innovantes» n’ont rien à voir avec les cours aux adultes pour les jeunes, qui seraient une «version fade» de l’apprentissage autonome.

Le nouveau modèle d’éducation du Collège Saint-Bernard a reçu le prix «Innovation Projet éducatif - secondaire», le 2 mai dernier, lors du gala de la Fédération des établissements d’enseignement privés.

Selon Geneviève Beauvais, directrice des communications de la Fédération, cette catégorie était prisée par plusieurs collèges très réputés de Montréal.

Le Collège Saint-Bernard voit cette récompense comme la confirmation que sa décision d’éliminer les cours magistraux pour tous ses élèves du primaire et du secondaire d’ici trois ans est la bonne.

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