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Jagmeet Singh admet avoir un examen de conscience à faire

Maxime Huard | Agence QMI

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Au lendemain d’une performance désastreuse à l’élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a admis que le courant ne passe pas avec les Québécois.

«On est déçus. C’est clair que ces résultats montrent qu’on a beaucoup de travail à faire et c’est une priorité pour moi», a reconnu Jagmeet Singh en point de presse mardi.

La veille, son candidat Éric Dubois a récolté un maigre 8,7 % d’appuis, un important recul par rapport au résultat de 29,7 % obtenu par le NPD dans la circonscription en 2015. Le parti détenait d’ailleurs Chicoutimi-Le Fjord de 2011 à 2015.

«Clairement, on ne connecte pas avec les gens», a concédé le chef néodémocrate. Bien qu’il se soit rendu à quelques reprises dans la région avant la partielle, le bon contact qu’il dit avoir senti sur le terrain ne s’est pas traduit par des votes.

Jagmeet Singh, un sikh pratiquant qui porte le turban, a nié catégoriquement que son identité ait pu lui nuire. «Pas du tout», a-t-il répété à maintes reprises, sans élaborer.

«Ce n’est pas son identité le problème, c’est sa notoriété», a observé le lieutenant québécois du NPD, Alexandre Boulerice. Il a parlé d’un résultat «extrêmement décevant», qui «fait mal» et qui n’a «rien de rassurant».

Le chef a rencontré ses élus québécois mardi matin. Il assure réfléchir à toutes les options «pour montrer à quel point le Québec est important», qu’il s’agisse de réviser les positions du parti, d’améliorer le recrutement ou d’être plus présent sur le terrain.

«Tout est sur la table. On va regarder l’ensemble de l’organisation du NPD au Québec et ce qu’on doit faire pour améliorer notre message, être plus punchés, mieux connecter avec les Québécois», a énuméré de son côté M. Boulerice.

Jagmeet Singh sera à Montréal dimanche pour la Saint-Jean-Baptiste. Il n’exclut pas de se prêter à des activités d’immersion culturelle au sein de familles québécoises.

Le résultat de l’élection témoigne d’une tendance inquiétante pour le NPD, selon le chargé de cours en politique à l’Université de Sherbrooke, Emmanuel Choquette. «Depuis la vague orange, le parti ne fait que perdre du terrain. Le NPD a eu beaucoup de difficulté à se reconstruire avec son nouveau chef et à diffuser son message», a-t-il analysé.

Parti libéral

Les libéraux questionnés au Parlement mardi ont minimisé l’importance de la défaite de leur candidate, Lina Boivin, qui a récolté 29,5 % du vote, loin derrière le conservateur Richard Martel. Le premier ministre Justin Trudeau a refusé d’y voir un désaveu, malgré le fait qu’il se soit rendu à plusieurs reprises dans la circonscription avant l’élection.

Certains ministres ont rappelé le statut de vedette locale de M. Martel, un ex-entraîneur de hockey pour expliquer sa victoire.

«Publiquement, l’organisation va chercher à diminuer l’impact de cette défaite, mais elle ne peut pas prendre le résultat à la légère. Les libéraux doivent considérer sérieusement ce qui s’est passé», a commenté le spécialiste Emmanuel Choquette.

Parti conservateur

Avec la session parlementaire qui se termine et la saison estivale qui commence, la victoire dans Chicoutimi-Le Fjord survient au moment opportun pour les conservateurs. Le chef Andrew Scheer avait donc beau jeu, mardi, de mettre le résultat de 52,7 % de Richard Martel sur le compte «d’un an de travail» de son équipe, qui a mené une longue campagne de séduction au Québec.

«C’est une occasion extraordinaire. Ils vont pouvoir partir sur la route cet été et vendre l’idée qu’il y a un vent de changement au Québec», a expliqué M. Choquette.

Ce dernier rappelle toutefois que beaucoup de travail reste à faire pour convaincre une majorité de Québécois. Les enjeux locaux prennent beaucoup de place dans les partielles, ce qui a indéniablement aidé l’ex-coach des Saguenéens de Chicoutimi, d’après le chargé de cours.

Bloc québécois

Pour le chef intérimaire du Bloc québécois, Mario Beaulieu, c’est la crise au sein du parti qui explique son piètre résultat dans cet ancien château fort. «Le message des électeurs a été clair : ''réglez vos chicanes et ensuite on verra''. On a bien compris», a-t-il déclaré, précisant que le travail de réunification du parti était toujours en cours.

En pleine déroute depuis l’éclatement de son caucus en février, le Bloc québécois n’a pas pu recueillir plus de 5,6 % des voix. M. Beaulieu estime que le «vernis nationaliste» des conservateurs s’effritera à mesure que les Québécois connaîtront mieux leurs positions.

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