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La Couronne réclame 150 ans de prison

Kathleen Frenette | Journal de Québec

Le «carnage» commis par Alexandre Bissonnette le soir du 29 janvier 2017 est d’une gravité «sans précédent» et le «châtiment» qui sera imposé par le Tribunal «se doit d’être à la hauteur de la réprobation sociale face à de tel comportement ignoble».

C’est par cette prémisse que le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Thomas Jacques, a débuté ses plaidoiries où il a réclamé, d’entrée de jeu, que les peines «à vie» imposées par le juge François Huot soient consécutives et sans possibilité de libération conditionnelle avant 150 ans.

Une peine qui, selon Me Jacques, serait à la hauteur de cette «barbarie» qui a fait six décès, de multiples blessés, six veuves et dix-sept orphelins.

Un «plan odieux, un geste abject» qui a également blessé profondément «une communauté, la communauté musulmane de Québec, une ville, une province et un pays» qui vont conserver à jamais une immense cicatrice.

«Ces gestes constituent en une fracture du tissu social, du vivre ensemble. Ce déferlement de haine à causé des dommages dont nous ne sommes pas encore en mesure d’évaluer la pleine portée», a-t-il plaidé.

L'espérance de vie en prison, un facteur à considérer selon la défense

Plus tôt mardi matin, la défense a conclu ses plaidoiries dans le dossier d’Alexandre Bissonnette en invitant le juge à «imposer des peines de détention concurrentes pour un total de 25 ans» pour ensuite laisser «les services correctionnels faire leur travail».

Dans 25 ans, Alexandre Bissonnette, qui a reconnu avoir pris la vie de 6 hommes fréquentant la Grande Mosquée de Québec et a attenté à la vie de 40 autres, aura 53 ans.

Si le juge François Huot imposait une peine consécutive de 50 ans, Bissonnette pourrait espérer revoir la lumière du jour à 77 ans.

Comme soulevé en défense, l’espérance de vie est de 79 ans et en prison, cette espérance diminue et les avocats de la défense espèrent que cet aspect ne sera pas minimisé par le juge François Huot.

«Imposer des peines consécutives annihilerait complètement les chances de réhabilitation de M. Bissonnette puisque les détenus sans espoir deviennent source de danger pour les codétenus, les agents correctionnels et les autres», a plaidé Me Jean-Claude Gingras.

Selon les décisions déposées, «avoir une perspective de remise en liberté encourage le détenu à tenter de s’amender et à travailler sur ses comportements pour pouvoir regagner un jour la société».

L’avocat a également rappelé au magistrat que l’article 754.51 lui mettait en quelque sorte «des menottes» en l’obligeant à ne cumuler que des peines de 25 ans dans le cas de peines consécutives.

Il a également déposé au juge un imposant dossier contenant 17 cas pouvant s’apparenter sur certains aspects à celui de Bissonnette et où les juges ont choisi d’imposer des peines concurrentes.

«Les peines qui dépassent la durée de vie prévisible d'une personne ne servent à rien; ils sont purement symboliques. Une sentence qui éteint tout espoir de libération pour un délinquant est une sentence écrasante», avait d’ailleurs souligné le juge Eric Macklin de la Cour de l’Ontario.

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