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Nos artistes craquent pour Nashville

Cédric Bélanger | Journal de Montréal

gracieuseté

La première fois que Guylaine Tanguay a mis les pieds à Nashville, elle a eu le très vif sentiment qu’elle débarquait chez elle. «Je ne sais pas si les vies antérieures existent, mais si c’est le cas, je me plais à dire que j’ai probablement vécu là.»

La chanteuse country du Lac-Saint-Jean est loin d’être la seule qui a eu un tel coup de foudre pour la capitale du country. Depuis une dizaine d’années, la liste des artistes d’ici qui ont choisi Nashville pour écrire des chansons, enregistrer un album ou carrément tenter leur chance de percer le très hermétique milieu de la musique country américaine ne cesse de s’allonger.

Isabelle Boulay, Annie Villeneuve, Brigitte Boisjoli et Bobby Bazini ne sont que quelques-uns de ces Québécois qui ont voulu vivre l’expérience Nashville.

Les deux Nashville de Guylaine

Pour Guylaine Tanguay, nouvelle star du country au Québec, Nashville est devenue une seconde maison. Elle y est allée une quinzaine de fois. C’est même là qu’elle a déniché son producteur, Steve Mandile, qui l’héberge lors de ses séjours au pays de Garth Brooks.

«À Nashville, il y a la partie touristique et la partie vraie vie. Les deux me plaisent. Quand j’y vais, je passe autant de temps dans le secteur où tout le monde se promène en civil que dans celui où les filles se prennent pour des cowgirls et les gars pour des cowboys. C’est full typique et j’adore ça.»

On connaît bien l’histoire de Robby Johnson. Ce Beauceron, représentant sur la route, a tout quitté pour vivre son rêve quand un producteur de Nashville a entendu une chanson qu’il avait enregistrée pour le plaisir à Montréal.

«Pour la musique, c’est là que ça se passe. Et pas juste le country. Pour le rock ou la pop aussi. C’est mythique», lance Johnson.

Un enregistrement magique

Quand Brigitte Boisjoli a décidé de reprendre des chansons de Patsy Cline, en 2015, son producteur n’avait qu’une idée en tête: enregistrer l’album à Nashville.

«Je parlais à mon réalisateur au téléphone et il avait un accent gigantesque. J’étais certaine que je ne serais jamais capable, je le comprenais à peine.»

Elle a néanmoins fait ses valises et elle s’est retrouvée au RCA Studio A, l’un des studios mythiques de Nashville. «Les musiciens ont enregistré ensemble dans la même pièce, comme ça se faisait dans le temps. Ce sont des passionnés qui arrivent en jogging avec leur Budweiser. Ils s’assoient pis ça se fait. Ils sont nés avec cette musique. Ce furent des journées magiques.»

Une vedette au coin de la rue

À Nashville, les plus grands noms de la musique sont omniprésents. Ouvrez l’œil, vous pourriez en croiser un au coin de la rue.

«Un jour, je suis allé au cinéma avec mes enfants et c’est Brad Paisley qui m’a ouvert la porte», se plaît à raconter Robby Johnson, qui côtoie les vedettes au quotidien depuis qu’il est installé à Nashville.

«Il m’arrive régulièrement de passer par le Starstruck Studio pour dire bonjour à mon producteur Jimmy Nichols, et Luke Bryan ou Carrie Underwood sont là.»

Snobée par les paparazzi, Nashville est un havre de paix et de liberté pour les stars. Elles peuvent se balader en paix sans crainte de se faire achaler.

Belle rencontre

Guylaine Tanguay se souvient avec des étincelles dans les yeux d’avoir pu rencontrer Vince Gill. «C’est Dieu le père là-bas. Et moi, c’est mon chanteur favori. J’ai même déjeuné avec lui.»

Quand elles ne sont pas là physiquement, c’est l’ombre des vedettes qui hante la ville. Yoan a pu le constater quand il est allé enregistrer un démo chez Elisha Hoffman, le guitariste de Steven Tyler, d’Aerosmith.

«Il m’a dit: “Le dernier qui s’est assis là où tu es, c’est Billy Gibbons (ZZ Top)”», raconte-t-il.

Le rêve américain dans la capitale du country

Il n’y a pas seulement les vedettes québécoises établies qui lorgnent Nashville. De jeunes artistes en quête de gloire sont aussi attirés par la Mecque de la musique.

Sam Rhoads, le nom d’artiste du chanteur country Samuel Rodrigue, a tout plaqué au début 2016 pour aller passer deux mois à Nashville dans l’espoir de se faire connaître. Depuis, il rêve d’y retourner.

«Là-bas, tu apprends beaucoup sur le métier, comment réussir, quoi ne pas faire. Je me souviens que j’allais dans un bar que fréquentait le changeur Chris Young. Un jour que c’était tranquille, je suis allé lui parler. On a jasé presque une demi-heure. Il me posait des questions sur moi et m’a parlé de la business», raconte l’artiste originaire de Shawinigan, qui a lancé le mois dernier un single enregistré... à Nashville.

Chez les jeunes

Jim Corcoran comprend l’attrait que la ville exerce sur les jeunes, lui qui a travaillé à Nashville à maintes reprises dans les années 1980 et 1990.

«J’étais attiré par la possibilité de travailler avec des gens qui ne me connaissaient pas. Au Québec, quand j’ai commencé ma carrière solo, les bons musiciens essayaient de me ramener dans le passé. On ne voulait pas que je quitte la sonorité de Jim et Bertrand. Moi, je voulais évoluer, prendre des risques.»

Méfiance

Mais attention, les vautours rôdent à Nashville. Selon Robby Johnson, il faut rapidement apprendre à se méfier des charlatans qui profitent de la naïveté des jeunes artistes qui débarquent le cœur rempli d’espoir. À Nashville, on peut payer cher les promesses non tenues.

«Quand tu rencontres des gens de l’industrie, la première chose qu’on te dit, c’est de te trouver un avocat. Ça démontre qu’il y a beaucoup de requins.»