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Début de la guerre commerciale

Guillaume St-Pierre et Émilie Bergeron | Agence QMI

La guerre commerciale avec les États-Unis est officiellement lancée. Dès dimanche, Ottawa imposera des tarifs sur une foule de produits américains pour pénaliser des régions qui comptent des États clés pour le président Trump.

Le whisky, le jus d’orange ou le yogourt des États-Unis coûteront bientôt plus cher aux Canadiens.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a annoncé que le Canada va imposer des tarifs de 10 % sur environ 80 produits de consommation faits aux États-Unis, comme la moutarde, la pizza et le café.

Le Canada réplique ainsi aux surtaxes américaines sur ses métaux en imposant en retour des tarifs de 25 % sur les entrées d’aluminium et d’acier. Au total, Ottawa prévoit taxer un montant de 16,5 milliards $ en biens américains.

Croc-en-jambe

«Nous ne provoquerons pas d’escalade, et nous ne reculerons pas», a déclaré la ministre Freeland en conférence de presse à l’aciérie Stelco, en Ontario. Elle a également annoncé un appui financier de deux milliards de dollars aux entreprises canadiennes touchées par les surtaxes américaines.

De l’avis du chercheur Gary Haufbauer, basé à Washington, le Canada s’est concentré sur des produits iconiques fabriqués dans des États qui appuient Trump.

Là où ça fait mal

«On espère ainsi que les membres du Congrès et les sénateurs républicains qui représentent ces États vont mettre de la pression sur le président Trump afin de le convaincre de mettre fin à cette bataille commerciale», précise le professeur au Peterson Institute for International Economics.

Dans ce combat commercial inégal qui oppose le Canada à son voisin, le mieux que le gouvernement Trudeau peut faire est d’envoyer cette jambette tarifaire, croit le directeur de l’Institut québécois des hautes études internationales, Louis Bélanger.

«Il faut viser des régions où le président Trump est plus fragile politiquement», explique-t-il.

Avec Christopher Nardi

Wisconsin

Produits visés par les tarifs canadiens: Yogourt, sauce soja, tondeuses à gazon, marinades et concombres

Pourquoi? Paul Ryan est le plus puissant républicain du Congrès américain. Pour le chercheur de l’Université McGill Krzysztof Pelc, il est clair que le Canada souhaite passer un message à Trump en visant les produits de cet État.

Ohio

Produits visés par les tarifs canadiens: Confiture de fraises, produits de rasage, pièces pour laveuses et sécheuses

Pourquoi? Le Canada représente 38 % des exportations de cet État qui a voté Trump en 2016 après avoir appuyé durant longtemps les démocrates. Ces tarifs peuvent avoir un impact sur les électeurs de l’Ohio rural.

Kentucky

Produits visés par les tarifs canadiens: Whisky, cartes à jouer

Pourquoi? Pilier du parti, Mitch McConnell est le sénateur du Kentucky depuis 1985. Il est les yeux et les oreilles du président Trump. «Ce n’est pas une coïncidence si le Canada taxe le bourbon du Kentucky», croit le politologue Raphaël Jacob.

Pennsylvanie

Produits visés par les tarifs canadiens: Électroménagers, ketchup, moutarde, stylos, barres de chocolat

Pourquoi? Cet État a basculé dans le camp républicain pour la première fois depuis 1992. Il fait partie de la «Rust Belt», une région chevauchant plusieurs États près des Grands Lacs dont les industries manufacturières se sont écroulées. Donald Trump a su tourner à son avantage le sentiment d’insatisfaction des travailleurs.

Floride

​Produits visés par les tarifs canadiens: Jus d’orange, bateaux gonflables, à moteur et à voile

Pourquoi? Un important État pivot, les républicains de Donald Trump ont remporté la Floride par à peine 1,2 % des voix en 2016. Or, le Canada est le deuxième pays d’exportation de la Floride, donc le président à tout intérêt à veiller aux bonnes relations avec Ottawa si son parti veut conserver l’appui des Floridiens.

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