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Un hôpital construit sur de riches terres agricoles

Éric Yvan Lemay | Agence QMI

Cette vieille grange se trouve sur un des lots visés par l’expropriation en vue de la construction du nouvel hôpital. Le promoteur qui détient la majeure partie du terrain souhaite profiter du projet pour construire à proximité des résidences et des commerces.

Pierre-Paul Poulin

Cette vieille grange se trouve sur un des lots visés par l’expropriation en vue de la construction du nouvel hôpital. Le promoteur qui détient la majeure partie du terrain souhaite profiter du projet pour construire à proximité des résidences et des commerces.

Québec va construire le futur hôpital de Vaudreuil-Soulanges parmi les plus belles terres agricoles du Québec, malgré l’opposition de la Commission de protection du territoire agricole du Québec.

Le chantier du centre hospitalier de 1,5 milliard $ doit permettre d’ajouter 404 lits dans cette région de l’ouest de la Montérégie, qui connaît l’une des plus grosses explosions démographiques au Québec.

Le choix de construire l’hôpital en plein milieu d’un champ situé à l’ouest de l’autoroute 30 est toutefois loin de passer comme une lettre à la poste. La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) vient de répondre négativement au ministre qui avait sollicité son avis en mars.

Gaspillage et spéculation

Dans le document de 75 pages, on dénonce le fait que l’hôpital sera construit sur des terres parmi les meilleures au Québec, qu’il risque de créer encore plus de spéculation dans ce secteur et surtout qu’il a déjà été rejeté dans le passé parce qu’il se trouvait en zone agricole.

L’avis indique également que le site envisagé va à l’encontre des orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire et de protection des zones agricoles. Les auteurs se questionnent même à savoir si la décision de construire sur une terre agricole ne vise pas à réduire les coûts d’une éventuelle expropriation.

«Collectivement, devons-nous sacrifier la zone agricole parce que les coûts d’implantation hors de la zone agricole seraient trop élevés ?», se questionnent les membres du comité.

La valeur moyenne des espaces disponibles hors de la zone agricole est de 390 211 $ l’hectare, soit 27 fois plus que le site actuellement privilégié.

La CPTAQ se questionne aussi sur les besoins réels du ministère. Ce dernier réclamait 14 hectares dans un premier temps, puis 25 hectares pour la construction de l’hôpital et d’autres institutions autour. Les membres de la Commission estiment qu’à partir des demandes du ministère, il ne faut qu’entre 9 et 12 hectares pour le futur hôpital.

Ils ont identifié six autres sites situés hors de la zone agricole qui pourraient servir à la construction, dont cinq situés à Vaudreuil-Dorion et un autre à Saint-Lazare.

Parmi les sites suggérés, on trouve un terrain à l’est de la tour du Complexe Future et un autre situé tout près de l’actuel CLSC.

Pas question de reculerAu bureau du ministre, on rejette ces hypothèses, notamment en raison des difficultés d’accès en voiture. L’hôpital sera construit sur le site prévu. Une autorisation d’usage à des fins non agricoles a été annoncée à la suite d’un conseil des ministres téléphonique qui s’est tenu plus tôt cette semaine, au moment même où Le Journal posait des questions.

«Aucun autre site n’est envisagé», a indiqué la directrice Marie-Ève Morneau. Le bureau du ministre Gaétan Barrette indique que ce n’est pas le coût des expropriations qui a guidé le choix du terrain, mais plutôt sa superficie.

«Il fallait éviter le scénario vécu dans d’autres régions en forte croissance démographique qui se sont retrouvées avec des hôpitaux enclavés, et par conséquent difficiles à agrandir», précise-t-on.

Le terrain visé appartient presque entièrement à Montoni Groupe Pacific depuis 2006. Les promoteurs ont tenté en vain de changer le zonage pour qu’il soit industriel. Depuis, certains lots ont été laissés en friche.

L'UPA veut interpeller les députés

L’Union des producteurs agricoles dénonce la décision du gouvernement de construire le futur hôpital en pleine zone agricole et promet d’interpeller les députés sur le sujet.

«On va faire savoir au gouvernement qu’on ne veut pas se faire imposer un décret», prévient Christian St-Jacques, président de la Fédération de l’UPA de la Montérégie. Même s’il est d’accord avec le projet d’hôpital, il déplore qu’on projette de le construire en zone agricole.

«Le prix des terres autour va augmenter. Ça va créer une pression énorme. D’ici quelques années, on ne parlera pas de 12 hectares, mais peut-être de 40 ou 50 hectares autour qui vont être perdus», dit-il.

Le président déplore que le gouvernement ait accepté de protéger des terres agricoles près de la future station du REM sur la Rive-Sud, tandis qu’il en sacrifie d’autres.

«C’est inacceptable»

Pour Steven Guilbeault, de l’organisme Équiterre, le gouvernement ne respecte pas ses propres institutions en allant à l’encontre des suggestions de la Commission de protection du territoire agricole du Québec.

«C’est inacceptable qu’ils ne prennent pas la peine de considérer les autres sites», dit-il. Selon lui, il serait possible de contester une éventuelle expropriation devant les tribunaux pour faire respecter l’avis de la CPTAQ.

Dans une perspective plus large des changements climatiques, il se questionne aussi sur le fait qu’on sacrifie des terres agricoles qui couvrent seulement 4,7 % du territoire québécois.

«Dans 30 ans, si la Californie ne nous fournit plus autant de fruits et légumes, on va faire quoi si on n’a plus de terres agricoles parce qu’on y a construit des hôpitaux et des condos ?»

Futur hôpital Vaudreuil-Soulages

404 lits

41 civières à l’urgence

10 salles d’opération

2010 : Le ministre Yves Bolduc promet l’ouverture de l’hôpital pour 2018.

2016 : Annonce du site pour le futur hôpital. On prévoyait alors 250 lits.

2018 : Le projet passe de 250 à 404 lits. Ouverture prévue en 2026.

Coût 1,5 milliard $

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