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Femme enceinte tuée: la famille considère qu’il a commis un double meurtre

Claudia Berthiaume | Le Journal de Montréal

La famille d’une femme enceinte de cinq mois, assassinée par son conjoint alcoolique, considère que le tueur a commis un double meurtre «impardonnable et d’une cruauté gratuite».

«Nous sommes conscients que, selon la loi, une grossesse de 20 semaines n’est pas reconnue. Cependant, pour la famille, c’était un être à part entière qui aurait eu sa chance dans la vie si Cheryl n’avait pas subi ces atrocités», a insisté hier Josée Bau, la tante de Cheryl Bau-Tremblay.

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Il voulait s’éviter du trouble avec le bébé

La dame s’adressait au juge de la Cour supérieure Daniel Royer par visioconférence, au nom de la famille élargie de la femme de 29 ans.

Cette dernière a été étranglée à mort par son conjoint Alexandre Gendron, le 1er août 2015, dans la résidence du couple à Belœil, en Montérégie.

Son corps a été retrouvé cinq jours plus tard, dans un sac de couchage sous le lit conjugal.

Un jury a déclaré l’homme de 38 ans coupable de meurtre non prémédité le mois dernier au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Il est automatiquement condamné à la prison à vie.

Le juge Daniel Royer n’a plus qu’à déterminer le nombre d’années que Gendron purgera avant d’être admissible à une libération conditionnelle.

12 ans minimum

Hier, les avocats de la Couronne et de la défense ont suggéré conjointement un délai minimal de 12 ans de détention - le maximum étant de 25 ans.

«[L’accusé] avait un problème d’alcoolisme qu’il a laissé déraper. C’était à sa connaissance et il ne l’a pas contrôlé», a mentionné Me Sandra Bilodeau, de la Couronne, précisant qu’il s’agissait d’un facteur aggravant dont le magistrat devait tenir compte.

C’est d’ailleurs la consommation excessive d’alcool de Gendron qui a amené la victime à lui poser un ultimatum. Cheryl Bau-Tremblay lui avait clairement signifié qu’elle le quitterait s’il ne cessait pas de boire.

N’acceptant pas la rupture, Gendron a tué la mère de son enfant à naître dès qu’elle est rentrée à la maison après une semaine de réflexion.

Le fait que la victime était enceinte de cinq mois doit aussi être considéré comme un facteur aggravant, ont affirmé la Couronne et la défense.

«Les conséquences découlant du geste sont décuplées pour la famille», a noté Me Bilodeau.

Les proches de Cheryl Bau-Tremblay n’ont pas hésité à qualifier le crime de «double meurtre».

«Je t’ai perdue, mon unique sœur, mais j’ai aussi perdu mon petit filleul. Même s’il n’avait pas de papiers légaux, sache que pour moi, c’est, et ce sera un double meurtre d’une cruauté gratuite», a déclaré la sœur de la victime, Cydji Bau-Trembay, en larmes.

«Tous les droits fondamentaux [du fœtus] lui ont été enlevés, refusés, et, de surcroît, par son père. Cet acte est impardonnable», a poursuivi Josée Bau.

Excuses

Lorsque le juge Royer a invité Alexandre Gendron à s’exprimer hier, le meurtrier a indiqué que la situation était aussi difficile pour sa propre famille. «Mon côté [de l’histoire] n’a pas été cru par le jury, mais ça ne veut pas dire que ce n’était pas vrai. Je m’excuse auprès de la famille, sincèrement», a-t-il affirmé.

«La société et une famille sont toutes deux privées d’une personne qui croyait que chacun a une bonté et un potentiel caché, une personne qui voulait aider les autres à être meilleurs.» - Nicole Bau, mère de Cheryl Bau-Tremblay

«Ce qui me fait le plus mal dans toute cette histoire, c’est quand je pense aux dernières secondes avant que tu fermes les yeux à jamais [...] où tu réalises qu’il ne te lâchera pas, qu’il est en train de t’enlever la vie à toi et ton bébé.» - Cydji Bau-Tremblay, sœur de la victime

«Peu importe la sentence, jamais Cheryl ne pourra être remplacée. [...] Pour nous, la vie, telle que nous la connaissions, s’est arrêtée le jour où elle est disparue. Nous ne serons plus jamais les mêmes.» - Josée Bau, tante de la victime.

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