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Pas plus de 90 jours de prison, plaide son avocate

Michaël Nguyen | Agence QMI 

Un entrepreneur qui a causé la mort d’un employé sur un chantier ne mérite pas plus de 90 jours de prison, a plaidé son avocate, hier, sous le regard de la veuve qui a perdu celui qui l’a soutenue toute sa vie.

«Mes parents étaient une équipe, ma mère a perdu tout ce qu’elle a connu ; la seule fierté qui lui reste, c’est de travailler», a écrit dans une lettre à la cour Karine Gallant-Lévesque.

Mme Gallant-Lévesque est la fille de Gilles Lévesque, décédé en avril 2012 à Montréal alors qu’il travaillait dans une tranchée mal sécurisée par son patron Sylvain Fournier. Ce dernier, âgé de 57 ans, a été jugé coupable de négligence criminelle causant la mort et d’homicide involontaire.

Douleur

Le verdict avait fait grand bruit, puisqu’il s’agirait de la première fois qu’un entrepreneur est déclaré coupable d’un crime aussi grave en raison de sa négligence. Mais si le verdict a secoué le monde de la construction, l’impact a été encore plus fort pour les proches de la victime.

«Quand j’ai appris que mon père avait été enseveli vivant, le cauchemar a commencé, a expliqué la fille du défunt dans sa lettre lue au tribunal hier, au palais de justice de Montréal. Mon père était un bon Gaspésien avec le cœur à l’ouvrage, pas riche financièrement, mais riche de valeurs humaines.»

Le décès de M. Lévesque est d’autant plus tragique que dans les jours précédant le drame, le défunt avait prévenu sa fille qu’il allait arrêter de travailler dans des tranchées pour se consacrer à l’asphaltage, moins dangereux selon lui.

Prison

Tant la défense que la Couronne s’entendent pour dire que Fournier mérite d’être incarcéré pour son crime. Mais ils divergent complètement sur le temps que l’entrepreneur devrait passer derrière les barreaux.

Pour l’avocate de la défense Brigitte Martin, Fournier devrait écoper de 90 jours à purger les fins de semaine, suivi d’une probation de trois ans et de 240 heures de travaux communautaires. L’entrepreneur verserait aussi un don de 5000 $.

Pour justifier sa suggestion, l’avocate a fait entendre la sœur et la mère de l’accusé, qui ont expliqué à quel point Fournier avait été lui aussi bouleversé par le drame, au point de ne plus jamais retravailler dans l’excavation.

«Cette proposition est manifestement déraisonnable», a toutefois rétorqué la procureure Sarah Laporte, qui réclame pour sa part trois ans et demi de pénitencier.

Selon elle, le juge doit envoyer un message clair que le comportement de Fournier a été inacceptable, et dissuader quiconque serait tenté de reléguer la sécurité des travailleurs au second plan.

«Il a créé la situation qui a mis en danger la vie de M. Lévesque, sa responsabilité est totale», a-t-elle plaidé.

Après avoir entendu les arguments de part et d’autre, le juge Pierre Dupras a pris sa décision en délibéré, et devrait prochainement rendre sa sentence.

Ce qu’ils ont dit

«Le but de mon père était de travailler honnêtement pour subvenir aux besoins de sa famille. Il était un homme loyal, honnête, responsable et fiable.» – Karine Gallant-Lévesque, fille du défunt

«Sylvain était bouleversé, il m’a dit qu’il n’était plus capable de faire de l’excavation [après le drame].» – Suzanne Meloche, mère de Sylvain Fournier

«On peut inférer que M. Fournier a commis l’infraction pour sauver du temps et de l’argent.» – Me Sarah Laporte de la Couronne

«Si M. Fournier était condamné à une longue période d’incarcération, ça causerait des dommages collatéraux à son fils [encore mineur].» – Me Brigitte Martin de la défense.