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Entreprise Nectar

L’intelligence artificielle au service des abeilles

Sylvie Lemieux | Le Journal de Montréal

La start-up montréalaise Nectar a mis au point une technologie qui permet de surveiller à distance le comportement des abeilles directement dans la ruche.

Grâce à des capteurs qui recueillent différentes données, l’apiculteur sait si la reine pond assez d’œufs, si la population grandit ou, au contraire, si elle décline. Il peut ainsi appliquer les bons soins au bon moment pour prévenir les pertes.

Une solution qui arrive à point nommé, alors que les apiculteurs voient leurs colonies être décimées depuis des années.

L’intelligence artificielle au service des abeilles

gracieuseté, Carl Atiyeh

«En Amérique du Nord, les producteurs perdent jusqu’à 40% de leurs abeilles», explique Marc-André Roberge, cofondateur de Nectar.

Crise agroalimentaire

Plusieurs facteurs expliquent la mort des abeilles: l’utilisation répandue d’insecticides et de pesticides, la monoculture qui prive les abeilles de plantes à polliniser, les maladies, les parasites, etc. Le phénomène est mondial et inquiète, puisque les abeilles jouent un rôle essentiel dans l’agriculture. Le tiers des aliments que nous mangeons dépend en effet de la pollinisation.

Avec sa technologie, Nectar a séduit les participants du récent FoodBytes! Montréal, une compétition de start-ups du domaine agroalimentaire. Sa plateforme de gestion de ruches a notamment remporté le prix du public.

La mise au point de la technologie a nécessité 18 mois de travail à Marc-André Roberge et ses coassociés, Xavier de Briey et Evan Henry.

Marc-André Roberge était bénévole au Santropol roulant, un centre alimentaire communautaire, quand l’idée d’améliorer la gestion des ruches lui est venue. L’organisme qui offre entre autres un service de popote roulante exploite également quelques ruches. C’est là que le jeune diplômé en design industriel a constaté qu’il était de plus en plus difficile pour les apiculteurs de prendre soin des abeilles.

Une gestion moins réactive

«Ils doivent visiter leurs ruches une à une pour vérifier le comportement des abeilles, explique-t-il. La tâche devient ardue quand elles se trouvent sur différents sites.»

Avec sa plateforme de gestion des ruches, Nectar rend l’opération plus efficiente et, surtout, permet aux apiculteurs d’agir à temps en cas de problème.

Le capteur enregistre différentes données: la température et le poids de la ruche, son taux d’humidité, la fréquence sonore émise par les abeilles et même la position géographique, utile pour prévenir les vols.

Les données sont ensuite analysées par Nectar au moyen de sa technologie d’intelligence artificielle et peuvent être consultées en tout temps sur la plateforme.

Phase de précommercialisation

Nectar teste actuellement sa technologie auprès de producteurs de la région de Montréal, en plus de mener un projet pilote avec des centres de recherche.

La mise en marché est prévue en 2019. Elle vise d’abord le Québec et les autres provinces, dont l’Alberta. Cette province regroupe le tiers de l’industrie canadienne de la production de miel.

Nectar se lancera ensuite à la conquête de nouveaux territoires, à l’étranger cette fois.

Nectar, qui a été appuyée dans son développement par le programme Founder Fuel, cherche activement de nouveaux investisseurs pour financer sa commercialisation.

Il y a déjà des intéressés, selon M. Roberge. Sa participation à FoodBytes! Montréal lui a permis «d’établir de bons contacts pour l’avenir».

Le prix du public que la start-up a remporté lui donne aussi une passe gratuite pour participer à un sommet international du domaine agroalimentaire dans les prochains mois, une autre belle occasion d’accroître sa visibilité.