/regional/quebec/quebec

Commission des champs de bataille

Un fondeur paralympique ne peut plus s’entraîner sur les Plaines

Sophie Côté | Journal de Québec

Un athlète paralympique de Québec qui s’entraîne plusieurs fois par semaine depuis des années sans soucis sur l’anneau asphalté des Plaines dénonce le «zèle» de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN), qui lui interdit désormais de s’y entraîner. Cette dernière réplique qu’elle ne fait qu’appliquer les règlements à la suite de plaintes.

«Depuis une dizaine de jours, les policiers [de la CCBN] ont commencé à m’avertir que je n’avais plus droit d’utiliser l’anneau asphalté. Je les croise régulièrement depuis des années et je n’ai jamais, jamais eu de problèmes. Je ne comprends pas pourquoi c’est drastique comme ça», déplore Sébastien Fortier, un fondeur paralympique de 32 ans.

«Facile à spotter»

Celui qui n’a plus l’usage de ses jambes est déménagé à Québec en 2009 en grande partie pour se rapprocher des plaines d’Abraham, l’endroit le plus adapté et le plus sécuritaire qu’il a trouvé pour s’entraîner avec son équipement adapté de skis à roulettes et des bâtons.

«On me dit que mes bâtons peuvent endommager l’asphalte», rapporte l’athlète, qui se voit perdre du jour au lendemain son principal lieu d’entraînement, parfait pour ses besoins.

Sébastien Fortier soutient ne pas avoir obtenu d’explications claires des agents qui l’ont averti encore jeudi. «J’ai l’impression qu’il y a un peu d’abus envers moi parce que je suis facile à spotter», avance-t-il.

«Maintenant, soit je dois m’entraîner sur les Plaines au travers des véhicules dans un parcours qui est vraiment pas adapté et dangereux, soit sur l’anneau de poussière de pierre au travers des piétons», se désole le fondeur, qui s’expose à une amende s’il n’obtempère pas.

 

La Commission serre la vis

Vérifications faites, les règlements et les panneaux affichés sur le site des Champs-de-Bataille indiquent que la piste asphaltée est réservée – depuis son existence, selon la CCBN – uniquement aux adeptes de patins à roues alignées. Les bâtons y sont notamment interdits, indique un pictogramme.

La CCBN explique avoir mis en place une opération de surveillance pour faire respecter à la lettre les règlements, après avoir reçu «de nombreuses plaintes».

«Des patineurs à roues alignées nous disaient que c’était devenu un danger de faire du patin sur les Plaines et qu’il manquait de surveillance. Que les gens marchaient, couraient, apprenaient à leur enfant à faire du vélo et que ça pouvait causer des accidents», mentionne la directrice générale, Michèle Gagné.

Pas de passe-droit

Depuis deux semaines, en 22 heures d’opération, 93 avertissements ont été remis, précise-t-elle. C’est dans ce contexte que Sébastien Fortier a lui aussi été averti, souligne Mme Gagné, qui estime qu’il serait de la responsabilité du comité paralympique de trouver un lieu d’entraînement adapté pour lui.

Cette dernière se dit toutefois ouverte à discuter avec M. Fortier pour envisager une solution, comme des heures dédiées lors de périodes moins achalandées, comme c’est le cas l’hiver avec les patineurs de vitesse.

Ce qu'ils ont dit...

«Je trouve ça aberrant, ça fait 9 ans qu’il s’entraîne ici! Il n’est pas capable de marcher, pis ils lui mettent des bâtons dans les roues en l’empêchant de s’entraîner. C’est une injustice totale.» - Paulo Paquet, un marcheur habitué des plaines d’Abraham

«Ça ne me dérange pas que lui il fasse son exercice comme nous on le fait. Il va en ligne droite et ce n’est pas dangereux. Ce qui dérange, ce sont les vélos et les piétons.» - Jeannot Richard, qui fait du patin à roues alignées sur les Plaines depuis des années

«Je trouve ça triste. Je l'ai souvent croisé et il ne nuit pas du tout.» - Un adepte de patins à roues alignées croisé sur l’anneau des Plaines, qui préférait ne pas se nommer

Règlements sur le Parc des champs de bataille nationaux

-La piste asphaltée est strictement réservée aux adeptes de patins à roues alignées

-Les piétons et les coureurs utilisent la piste en poussière de pierre

-Les cyclistes utilisent les routes carrossables du parc

-Les contrevenants à tout règlement dans le parc s’exposent à des amendes pouvant aller de 75 $ à 200 $