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Les pédophiles s’invitent dans un jeu vidéo

Dominique Lelièvre | Agence QMI

Une mère met en garde les parents contre le jeu Fortnite avec lequel un prédateur sexuel a approché son fils de dix ans pour ensuite le convaincre de se dénuder devant la caméra.

Le 8 juillet dernier, c’est le choc pour cette mère de Lanaudière quand elle trouve des photos de son garçon complètement dénudé sur sa tablette.

Elle remarque que les images proviennent d’une conversation que son fils entretient secrètement depuis trois mois avec un homme qu’elle ne connaît pas sur l’application Messenger de Facebook.

Les photos montrent son garçon dans «des positions très érotiques pour un enfant de cet âge-là», confie la mère, dont nous taisons le nom pour ne pas révéler l’identité de la jeune victime.

«Il y avait un peu de dialogue du genre: tu es gentil, tu es fin, tu es beau», raconte-t-elle.

Porte d’entrée

La mère tente une première discussion avec son fils sur le sujet et découvre que c’est par le biais du jeu Fortnite, ce jeu de survie et de tir multijoueur dont tout le monde parle depuis le début de l’année, qu’il a rencontré l’homme en question.

Celui-ci se serait fait passer pour un garçon de 13 ans. «Ils faisaient des missions ensemble. Il a fini par lui dire de l’ajouter sur Messenger», dit-elle.

La surprise est totale, admet celle qui est intervenante psychosociale et qui pensait exercer un contrôle suffisant sur les activités numériques de son fils.

«[Les prédateurs sexuels] vont utiliser tout ce qu’ils peuvent pour arriver à leurs fins, alors comme c’est un jeu très populaire auprès des enfants, je pense que c’est une porte [d’entrée] pour eux», souligne la maman, qui invite les parents à la prudence.

Irréel

Une fois la confiance du garçon gagnée, il était plus aisé de le convaincre de poursuivre la conversation hors du jeu, sur Messenger.

« Ils ont fait des appels par vidéoconférence. C’est là qu’il a réussi à faire déshabiller mon fils. Et il a fait des photos, des captures d’écran, probablement », poursuit la maman.

«Il n’y a pas de mots. J’étais en état de choc. De voir des photos de ton fils comme ça, c’est comme un peu irréel. Encore aujourd’hui, je ne suis pas certaine que je réalise pleinement tout ça encore», confie-t-elle.

Ce n’est pas tout. Elle affirme que le prédateur de son garçon lui a aussi envoyé les photos d’un autre enfant. «Il avait envoyé les photos d’une petite fille», dit-elle, horrifiée.

Trois semaines après sa découverte, elle ignore toujours l’âge ou même l’origine de celui qui a convaincu son fils de se dévêtir devant la caméra. L’affaire est entre les mains de la Sûreté du Québec, indique-t-elle, en souhaitant que l’on puisse retrouver cet individu.

«Je suis convaincu que mon fils n’est pas la seule victime de cette personne-là. Ils ont rarement une seule victime», conclut-elle.

«Le Journal de Québec» a contacté l’éditeur de Fortnite, Epic Games, sans obtenir de réponse.

Fortnite, le phénomène de l’année

Sorti en 2017

Accessible sur toutes les plateformes de jeux modernes

Plus de 45 millions de joueurs actifs

Un mode «Battle Royale» ultra-populaire dans lequel s’affrontent 100 joueurs et où le dernier survivant l’emporte

Plus de 1 milliard $ US générés en revenus par la version gratuite (en achats dans l’application)

Un terrain de jeu pour les pédophiles

Les jeux vidéo multijoueurs sont un environnement de choix pour les pédophiles qui peuvent y traquer leurs victimes plus aisément, selon les organismes de lutte contre les crimes sexuels.

Contrairement à un réseau social traditionnel comme Facebook, où l’on accepte ou pas chaque amitié, les joueurs en ligne ont peu de contrôle sur les inconnus qu’ils rencontrent, explique René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l’enfance.

«Les jeux sont souvent conçus de manière à mettre en contact de façon aléatoire des joueurs qui peuvent être situés un peu partout, donc vous allez vous retrouver à partager quand même un bon moment avec des individus que vous ne connaissez pas», souligne-t-il.

C’est notamment le cas sur Fortnite, où l’on encourage les joueurs à mener leurs conquêtes en duo ou à quatre, en se parlant au micro.

À l’affût

Compte tenu de l’immense popularité de Fortnite, notamment auprès des jeunes, il ne faut pas s’étonner que des pédophiles s’y intéressent, ajoute la directrice générale du Centre Cyber-aide, Cathy Tétreault.

«Les adultes avec des déviances vont se renseigner auprès des jeunes pour savoir ce qui est le fun, ce qui est cool et de quelle façon on peut faire pour se parler sans que les adultes le voient», indique-t-elle.

Sorti en 2017, Fortnite a construit sa renommée rapidement grâce au mode de jeu «Battle Royale», où 100 participants s’affrontent sur une île jusqu’à ce qu’il n’y ait qu’un seul survivant.

Ce mode est en plus offert gratuitement, «donc il y a beaucoup de jeunes qui peuvent convaincre leurs parents» d’y jouer, remarque Karine Charbonneau, collaboratrice de la section «Pèse sur start» du «Journal de Québec».

Des inquiétudes

L’attrait des pédophiles pour ce jeu suscite d’ailleurs des inquiétudes outre-mer. En avril, la National Crime Agency, l’agence britannique de lutte contre le crime, publiait un avis mettant en garde les parents contre la présence de personnes malveillantes sur cette plateforme.

Le mois précédent, l’histoire d’un garçon de 12 ans ayant été approché par un homme sur Fortnite pour effectuer des «actes sexuels» en échange d’argent avait fait les manchettes en Angleterre

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