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Elle fuit la guerre et meurt noyée

Alex Drouin | Agence QMI

Une famille qui a fui la guerre en Syrie pour se réfugier en Turquie avant d’aboutir à Sherbrooke vit un véritable cauchemar depuis qu’une fillette de 8 ans s’est noyée dans les eaux de la rivière Magog dimanche à Sherbrooke.

Rahaf Sana Aidy, 8 ans, s’était rendue sur le bord de la rivière Magog avec deux de ses quatre frères et des amis. À un moment donné, elle a glissé sur une roche et est tombée dans l’eau avec une de ses amies qui les accompagnait.

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Son frère de 15 ans, Bachar, a alors sauté à l’eau pour tenter de secourir les deux fillettes. Il a réussi à sortir l’amie de sa sœur de l’eau. Il a agrippé la main de sa sœur, mais il a reçu une vague derrière la tête en même temps et sa main a glissé.

«Il a tout tenté pour la sauver», a raconté hier soir après la prière Abdelsalam, l’aîné de la famille, âgé de 18 ans.

Fuir la guerre

Le corps de la fillette a été retrouvé deux heures plus tard. Des manœuvres de réanimation ont été tentées, mais sans succès.

Abdelilah Hamdache, de la coopérative funéraire musulmane du sud-est du Québec, s’est rendu à l’hôpital l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke dimanche soir et a parlé longuement avec Bachar qui était sur place.

«Il m’a dit qu’il a été surpris d’avoir sauté à l’eau, car il n’était pas un bon nageur», a raconté M. Hamdache.

La famille Aidy a fui la guerre en Syrie pour se réfugier dans un camp en Turquie. La famille a été sélectionnée par le Canada pour faire partie des 25 000 réfugiés accueillis par le pays. Elle est arrivée à Sherbrooke il y a deux ans. Les quatre frères n’ont pas voulu parler longuement hier de la guerre et de leur fuite. Ils ont cependant confirmé que leur père est décédé en Syrie.

Sentier interdit

La noyade est survenue à un peu moins d’un kilomètre où se trouve l’appartement familial. L’accès à la rivière est interdit. Les enfants se sont aventurés à l’extérieur des sentiers balisés.

Une clôture et des affiches ont été installées hier après le drame. Plusieurs se questionnaient hier sur la sécurité autour de la rivière Magog.

Gimmy Mustafa habite dans le même immeuble que la famille et voyait souvent l’enfant jouer dehors avec ses trois frères.

«Ils faisaient de la bicyclette ensemble et elle était toujours souriante. Elle avait toujours un grand sourire», a mentionné M. Mustafa.

À Sherbrooke, la communauté musulmane est ébranlée par la mort de l’enfant de 8 ans.

«Ça bouleverse tout le monde, a déploré un des membres de l’Association culturelle islamique de l’Estrie, Mohamed Golli. Ce n’est jamais le bon moment pour de tels événements. Cette famille est partie d’un pays complètement déchiré par la guerre civile et essayait de s’intégrer comme tous les autres réfugiés.»

Rahaf Sana Aidy a été enterrée hier dans un cimetière musulman à Laval.

Une communauté tissée serrée

À peine quelques heures après avoir enterré leur petite sœur de 8 ans qui s’est noyée la veille, les quatre frères Aidy ont reçu les sympathies de la communauté musulmane hier soir lors de la prière du Maghreb.

Ils étaient tous là, Abdelsalam (18 ans), Jameel (17 ans), Bachar (15 ans) et Ahmed (11 ans) lors de la prière au Centre culturel islamique de l’Estrie.

La mère, Amal Sabbooh, se trouvait un étage plus bas, avec les autres femmes tandis que ses quatre fils étaient un étage plus haut.

Une leçon

Une fois la prière de quelques minutes terminées, l’imam Mohamend Salah a prononcé un discours pendant une trentaine de minutes sur les événements tragiques qui venaient de se produire.

Il a rappelé à la communauté comment ils devaient vivre cette situation et d’en tirer une leçon.

Puis, la vingtaine de personnes s’est levée pour se diriger vers les quatre frères en deuil.

Une fille dynamique

Certains ont jasé quelques minutes avec les frangins qui regardaient souvent vers le sol, encore tristes de la perte de leur petite sœur de 8 ans.

«C’était une petite fille très dynamique qui apprenait rapidement les autres langues», a raconté un ami de la famille, Mohamed Sultan Kidaymati.

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